Photo: Instagram de Visma-Lease a Bike
Disons que c’était… intéressant. Pas passionnant, mais rempli de beaux moments qu’il convient de souligner.
Sans surprise, Jonas Vingegaard s’est imposé comme une puissance dans une classe à part, assoyant son autorité avec l’indéfectible soutien d’une escouade (Visma-Lease a Bike) cousue main pour lui. Un classement général impérial (plus de 5 minutes d’écart avec Felix Gall au second rang, lui-même une minute devant un ancien champion du Giro, Jai Hindley). Des victoires d’étapes où le désormais détenteur du titre des trois grands tours n’avait même pas l’air à bloc. On avait tellement de lousse qu’on a permis au domestique de grand luxe, Sepp Kuss, d’aller chercher une très belle victoire d’étape.
Voici donc quelques observations utiles pour les mois à venir. Puisqu’à défaut d’être passionnant, ce Tour d’Italie s’est révélé riche en apprentissages.
Valgren et Bettiol sont de retour
Voilà deux coureurs appréciés qui semblent avoir amorcé un retour en force qu’on n’attendait plus. Ces deux spécialistes des classiques qui ont connu de beaux jours par le passé avaient déjà montré plusieurs signes indiquant qu’ils s’extrayaient d’années de léthargie (Valgren peinait à revenir depuis sa grave blessure) pour revenir sur le radar. Leurs victoires d’étapes sont un double soulagement : pour eux et leurs équipes, qui ressortent de ce Giro avec des victoires d’étapes. Il faut dire, toutefois, que Astana s’est montrée particulièrement active tout au long, contrairement à EF Education First qui paraissait nettement moins bien. Bref, je suis très heureux de voir ces deux coureurs puissants et stratégiquement brillants revenir à l’avant-scène.
UAE triomphe dans l’adversité
On dirait que c’était il y a mille ans : les premiers jours du Giro ont été un véritable carnage. Plusieurs coureurs sont tombés au combat lors de chutes épouvantables, y compris celui que UAE protégeait au classement général : Adam Yates. Le drame s’est finalement mué en bénédiction pour l’équipe qui, libérée de ses fonctions de soutien, est allée chercher de superbes victoires, dont trois pour l’Équatorien Jonathan Narváez.
Ciccone : si près si loin
L’Italien de chez Lidl-Trek s’est souvent essayé, sans parvenir à tenir jusqu’au bout de ses coups de bravoure à l’avant. Il termine avec le maillot du meilleur grimpeur, ce n’est pas rien, mais on devine qu’il espérait franchir la ligne d’arrivée le premier au moins une fois. Ça n’aurait pas été faute d’avoir essayé, mais il a chaque fois craqué, surtout lorsque les favoris du classement général se mettaient de la partie.
Magnier marchand de watts
Le Français a dominé le sprint, aidé par une équipe de premier plan (dont un Jasper Stuyven qui était de service au rayon des échappées, mais qui s’est aussi révélé brillant en bloquant les opposants, dont un Jonathan Milan frustré, après avoir amené son coéquipier à quelques centaines de mètres de l’arrivée). Magnier termine avec le maillot des points, brillamment obtenu. Trois victoires, ce n’est pas rien. Mais Milan ne repart pas les mains vides non plus après avoir devancé tous ses opposants lors de l’étape finale.
Eulàlio : une histoire d’un tour?
Je ne sais pas pour vous, mais je ne connaissais pas du tout ce jeune coureur portugais qui a revêtu la tunique rose pendant 9 étapes du Giro, parvenant même à éviter l’implosion pour terminer avec le maillot blanc du meilleur jeune sur les épaules. Reste à voir s’il était à la fois dans une forme inhabituelle et porté par l’élan du maillot rose, ou alors s’il s’agira d’un important acteur à surveiller pour les grands tours à venir. Comme disent les Italiens : time will tell.
La question du doublé pour Jonas
Maintenant, reste à voir si le sympathique danois pourra récupérer à temps pour briller au Tour de France. Tadej Pogačar a fait le coup du doublé victorieux déjà. Une rareté. Un grand tour, ça use. Et la préparation au Tour de France est généralement une affaire de précision millimétrique. On veut y arriver affûté, mais pas cuit à point pour ne pas fléchir en cours de route. Très hâte de voir ce que ça donnera dans quelques semaines.
Ô Canada
Derek Gee-West n’en menait pas large en début de Giro. Question « talents locaux », j’avais plus à l’œil le boulot de Nickolas Zukowsky qui faisait du très beau boulot dans les échappées et passait bien les difficultés lorsqu’il était dans le peloton des meneurs du classement général. Gee-West a cependant brillé par sa patience et sa durabilité, grapillant les secondes et les places au classement général dans la dernière semaine pour terminer cinquième au classement général, derrière un Thymen Arensman qui semblait à court de ressources en fin de parcours. C’est le troisième top 10 de Gee-West sur un grand tour. C’est pas rien ça non plus.