Étape 17 – Chambéry / Voiron Crédit: A.S.O./Charly López
Une seule chose est certaine : l’histoire des tests nocturnes de l’anti-dopage effectués chez Jonas Vingegaard et Tadej Pogačar est du bonbon pour la presse.
Nous sommes au milieu d’un Tour de France déjà plié et emballé. La seule excitation qui reste est sans doute de voir où le jeune espoir français Paul Seixas terminera, et si ce sera sur le podium. L’abandon du Danois Vingegaard n’y nuira pas. Mais Seixas, pour reprendre la formule délavée (à force d’être utilisée 20 fois par jour), est en territoire inconnu, celui d’un grand Tour de trois semaines, sur l’épreuve la plus exigeante de la saison. Il a un disputé un bon contre-la-montre. Reste le dernier droit dans les Alpes. Comme disait Pat Burns : y’en n’aura pas de facile.
Bref, c’est tranquille, au rayon des nouvelles. Le Tour ne s’écrit pas, il semble déjà tout rédigé d’avance. Ce qui complique la vie des journalistes. Surtout les Français qui apprécient de moins en moins la domination outrageuse du Slovène sur leur course, qui n’a pas été remportée par un Français depuis Bernard Hinault.
Le soupçon de dopage est donc providentiel.
Est-ce que ça veut dire qu’il n’y a rien là-dessous?
Personne n’en sait rien, sinon ceux qui refusent de donner des détails, soit l’UCI et son bras indépendant de l’anti-dopage, l’ITA. Quels sont ces fameux soupçons qui ont poussé un juge à permettre les contrôles nocturnes? On l’ignore. À quel moment ledit juge a-t-il donné son accord pour une telle procédure? Pour ce qu’on en sait, ça pourrait être le mois dernier. Ou la veille. Aucune idée.
Rappelons que les contrôles sont monnaie courante, toute l’année et en particulier au Tour. Ils se font le matin, à l’arrivée, en soirée. Toutes les équipes ont été visitées lors de la journée de repos. Celle que les trublions dans mon genre appelaient autrefois « bloodbag Monday », soit le lundi du transfert sanguin, tel que le raconte Tyler Hamilton dans son ouvrage (The Secret Race) qui a mené à la fin d’une innocence de façade dans un monde que tout le monde savait pourri.
La grosse différence ici, c’est que, selon les médias français, TOUS les coureurs auraient été contrôlés entre lundi et mardi matin. Les 160. Qu’est-ce que ça veut dire? Je ne le sais pas plus que vous. L’ITA nous dit simplement qu’ils s’agit d’un contrôle de routine pour comparer les valeurs sanguines à celles prélevées avant le Tour, à Barcelone (dans le cadre du passeport biologique). Est-ce bien la raison? Ce jugement permettant les contrôles nocturnes a-t-il simplement été délivré afin de pouvoir contrôler tous les coureurs dans une fenêtre de 24h? Sais pas.
Théories du complot
Avec le passeport biologique, les tests très fréquents et la fin, semble-t-il, du dopage organisé au sein des équipes, le sport est sans doute beaucoup plus propre qu’il ne l’a jamais été.
Est-ce à dire qu’il est immaculé? Sûrement pas. Est-ce que je crois que Pogačar se dope?
Qu’est-ce que j’en sais, moi? J’ai l’air d’un mage, peut-être? Ou de Madame Minou?
Je n’entretiens plus beaucoup de certitudes sur le monde du sport et de l’humanité en général. Il ne me reste que la posture du doute, pour pouvoir encore profiter du vélo sans non plus tomber d’un nuage peuplé de licornes le jour où l’un d’entre eux se fera pincer.
Je n’ai pas la conviction qu’ils sont tous dopés. Ni celle qu’ils sont tous propres. Je l’ignore totalement et rien ne permet de croire autrement, à mon avis. Pas non plus les performances démentes du peloton des années post-Covid, puisqu’elles pourraient aussi s’expliquer autrement. Ou pas? Chose certaine, l’Oncle Marcel qui écluse les galopins de Kro, affalé sur le zinc du bar tabac du village, ne le sait pas non plus. Ses équivalents des internets, c’est pareil.
La seule chose que je sais, c’est que c’est une manne pour les journaux et les sites de nouvelles sportives et cyclistes. Tout le monde s’agite, tourne la question dans tous les sens. Moi y compris.
Entre ça et la course au maillot vert, il est assez facile de deviner ce qui génère le plus de réactions, donc d’attention. Cette dernière étant la ressource principale de notre époque, une bonne histoire de présomption de dopage pendant un Tour qui vire un peu dans le beurre est une bénédiction. Surtout après la fin de la Coupe du monde.
Mais je le sens, vous voulez que je me commette, que j’émette une opinion clivante, non? Ok d’abord. Je ne serais pas surpris si la source de ces fameux soupçons invoqués pour donner le droit de tester en pleine nuit était un média, tiens.