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Le blogue de David Desjardins

À l’église des KOMs et des PRs du mercredi soir

08-06-2026

Photo: Dave Clément

Le concept des Wednesday Worlds fait des petits, jusque dans ma cour. C’est l’occasion de se rassembler, chaque semaine, pour communier à l’autel de la défonce cycliste.

Voyons qui est là cette semaine.

Il y a le pro, l’ancien fondeur de l’équipe canadienne, les deux frères qui se répondent dans une logique presque siamoise de l’optimisation des performances. Il y a deux jeunes descendeurs de 15 et 16 ans venus se faire des jambes et leur pote qui va bientôt signer pour une équipe de développement professionnelle de route en Europe. Il y a un olympien ou deux. Il y a les amis des amis et quelques curieux venus voir de quoi il retourne. Il y a les vieux loups, cinquantenaires, voire soixantenaires, même. Et de plus en plus souvent, aussi, un peloton féminin venu en découdre.

Bienvenue aux Wednesday Worlds du Mont Sainte-Anne. Là on l’on communie à l’autel de la défonce cycliste, l’écume et le sourire aux lèvres.

C’est pas une course, mais…

Le nom est une sorte d’écho sarcastique aux entraînements informels où chacun se désâme comme s’il participait aux Championnats du monde. Le principe est simple, établi ailleurs, un peu partout sur la planète. Gérone. Denver. Nice. Toronto. Sur un parcours donné, on a tracé des segments où l’on s’affronte sans pitié. L’idée, qui fonctionne à merveille : profiter de l’effet de groupe pour se défoncer comme on ne le ferait jamais seul. En termes d’effort, si j’en juge par les données que j’en tire, c’est l’équivalent d’une course.

Du lieu de rassemblement, le départ se fait à l’heure dite (tant pis pour les retardataires), toutes les semaines, le même jour (le mercredi, comme son nom l’indique). Le groupe rejoint l’entrée d’un premier segment dans la bonne humeur. La gouaille des sportifs qui parlent d’immobilier, de Vo2Max, de plans pour établir un parcours de cyclocross municipal à l’automne ou autres sujets de conversation où le sérieux se fait rare.

Nous y voilà. Premier segment. C’est parti. Les plus hardis attaquent les premiers. Les sélections se font. Ça l’envoie avec l’intensité souhaitée par chacun, l’objectif étant de tout laisser sur la route à chaque fois. Les plus énervés occupent l’avant de l’affrontement amical. Ça râle, ça relance. Des alliances momentanées se créent pour mieux se dissoudre aux premiers signes de faiblesse de l’un ou l’autre. Les premiers arrivés à l’arrivée du segment attendent jusqu’au dernier participant avant de procéder vers le prochain point de départ en groupe. Relax. Ça jase. Et ça recommence quelques kilomètres plus loin.

L’esprit du jeu

Photo: Dave Clément

Quand Mathieu Bélanger-Barrette a lancé l’initiative par chez nous, l’an dernier, l’effet a été instantané. Chaque semaine, nous étions entre 10 et 15 (peut-être plus, parfois) à nous élancer ensemble pour ce qui serait, dans mon cas, le plus gros entraînement de la semaine en matière d’intensité. Chaque fois, j’en reviens à la fois vidé et allumé, comme au temps où je participais aux critériums du mercredi à Saint-Augustin (ou les cyclocross à Lévis).

J’y retrouve aussi la même dynamique sociale que lors des courses. Les rivalités de l’époque en moins. Bien sûr que j’essaie de gagner sur tous les segments. Évidemment qu’il y a des tactiques qui entrent en jeu. Mais tout cela se fait dans une exceptionnelle bonhommie. Les râleurs ne sont pas bien vus, ni les bienvenus.

Il ne s’agit pas de ranger son ego au vestiaire. Plutôt d’ajouter une bonne dose de l’esprit du jeu à celui de la compétition.

Ce qui en résulte est une véritable expérience sociale compétitive où chacun et chacune est célébré pour sa présence et sa détermination à tout donner.

Ce n’est donc pas une surprise si ce format d’entraînement fait des petits. Les règles sont claires et entendues. La bonne humeur est une condition à la participation. Ce qu’on vient chercher ici, c’est l’occasion de livrer le meilleur de soi-même en étant tiré vers le haut par les plus performants du groupe. Et le sentiment, aussi, d’assister en direct à la création d’une tradition sportive locale.

C’est pas beau, ça?

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