Le blogue de David Desjardins

Le Québec est viré fat

David Desjardins - 18/01/2017

La fatbike prend d'assaut le Québec. Comment expliquer le phénomène? J'ai quelques pistes d'idées. Mais la principale commence la voyelle plai et de termine par sir.


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Il se passe quelque chose sur la planète vélo. Et cette chose a de très gros pneus.

Simple effet d’une mode passagère?

Impossible à dire pour le moment. Mais le coup de foudre entre Québécois et fatbike est d’une ampleur aussi improbable que remarquable.

Et si la popularité comme l’importante couverture médiatique entourant le récent événement Popcycle 47, au Lac Delage, dans la région de Québec, sont en quelque sorte venus confirmer l’engouement pour cette pratique, c’est la multiplication des petites initiatives locales qui atteste le plus efficacement de la popularité grandissante du vélo d’hiver à pneus surdimensionnés.

Le fatbike est même devenu, dans bien des cas, une sorte de produit d'appel et on interpelle le voyageur hivernal en vantant son réseau de sentiers. Des exemples ? Vous en trouverez à pleines mains en Estrie, dans la couronne de Montréal, au Saguenay, dans Charlevoix.

Et même dans des endroits inattendus, comme le village natal de ma blonde : St-Basile-de-Portneuf. Là bas, au Centre Nature, une modeste installation municipale de jeux et sports, on a carrément mis de côté le ski de fond au profit d’un réseau de fatbike. La ville s’est impliquée. Le club de vélo de montagne local qui travaille à l’exploitation d’un réseau de sentiers familial, en été, a lui aussi mis la main à la pâte. Le marchand de cycles du bout de la rue y loue d’excellents vélos à prix abordable.

Et ça marche ! Le centre fait le plein d’adeptes, organise des sorties nocturnes chaque semaine et travaille à la conversion des citoyens locaux. La plupart des propriétaires terriens aux alentours ont bien voulu accorder un droit de passage pour les pistes. « Il y a même un monsieur, retraité, qui entretenait son propre réseau chez lui et nous a invité à nous y connecter », nous raconte notre guide, Cédric Plamondon, le frère d’une amie d’enfance de ma fiancée, que nous avions aussi croisé avec sa famille au Bras-du-Nord, en octobre dernier.

Les sentiers sont dans un état impeccable, superbement manucurés, et le décor est magnifique: de la forêt, quelques chemins de bois, un mélange de voies plus larges pour emprunter des singletracks valloneux. Et nous ne sommes pas seuls. Dans ce petit hameau, nous croisons quantité d'autres adeptes. Comme nous, ils ont le visage fendu d'un large sourire.

Ici, le vélo de montagne se développe rapidement. On forme la cohorte de demain, on roule en famille, on travaille à élargir le buzz qui remue le comté, juste un peu au nord-est de là. Le fatbike, c'est une exension de cet effort.
 

Expliquer le phénomène

La proximité du populaire et emblématique réseau de vélo de montagne de St-Raymond n’est pas étrangère à cette initiative. St-Basile se trouve à quelques minutes en voiture du réseau « urbain » du Bras-du-Nord, situé sur les flancs et aux alentours du Mont Laura, montagnette où la plupart des locaux ont appris à skier.

Depuis que le "fun" a pris au Bras-du-Nord, il s'opère une sorte de contagion dans la région. Et comme le terrain se prête moins bien au fatbike à St-Raymond, St-Basile prend en quelque sorte le relais pour l'offre de proximité; les sentiers de la Vallée Bras-du-Nord offrent du fatbike au secteur Shanahan, cependant un peu plus loin au nord.

Mais on n’est pas ici dans l’anecdote locale. Plutôt dans l’illustration d’un phénomène très largement répandu.

Encore en fin de semaine, il y aura un événement à Stoneham. L’Hibernum de Bromont arrive quant à lui à grands pas. Le Fat Rendez-Vous aura lieu en février au Massif de Charlevoix. Et la liste des activités s'allonge chaque année. Ça, c'est en plus des réseaux plus ou moins confidentiels qui se développent, ici et là, au gré de la volonté des centres de vélo de montagne et de ski de fond (et souvent grâce à de bons samaritains qui s'occupent d'entretenir des sentiers, avec ou sans le consentement des autorités locales, mais bon...). Quant aux marchands, ils salivent en constatant qu’ils peuvent désormais attirer une clientèle grandissante dans leurs boutiques, même en plein hiver.

Mais comment expliquer ce soudain engouement ?

Il y a quelques pistes intéressantes à fouiller.

D’abord, c’est facile. Si on sait piloter un vélo, on peut faire du fatbike. Les sentiers ne sont pas aussi techniques qu’en vélo de montagne, et en cas de pépin, on tombe dans la neige, généralement à basse vitesse. Le ski de fond, lui, réclame un minimum de capacités techniques pour en retirer du plaisir. Les descentes sont parfois hasardeuses. Les montées aussi. Pas en fat. Et au pire, on marche à côté du vélo pendant un court moment.

Ensuite, c’est un sport inclusif et familial. Il y a bien un réseau de compétitions, des événements chronométrés, mais on retrouve dans le fatbike cette sorte d’esprit communautaire et vaguement baba qui présidait à la naissance du vélo de montagne il y a une trentaine d’années. Vous voulez faire le plein de sourires, allez rouler en fat.

Aussi, le vélo de montagne connaît une nouvelle effervescence, et le fatbike permet de prolonger le plaisir toute l'année. Le mot plaisir est important, ici : ce n’est pas tant la forme physique que les adeptes semblent chercher dans cette pratique que l’aventure qui consiste à aller jouer dehors et prendre l’air. Pour le fun. C’est tout.

Autrement ? Si on vit autour de Montréal, en Estrie, en Outaouais, par exemple, la couche de neige est souvent mince. Parfois trop pour le ski de fond, par exemple. Mais cela n’arrête pas le fatbike. D’ailleurs, quand les conditions de ski sont médiocres, elles sont le plus souvent excellentes en fatbike, ce qui en fait un sport complémentaire. De plus en plus, on voit des fat surgir sur le Mont Royal, défiant l’interdiction d’y rouler. Les adeptes s’y rendent sur leur bécane. Venus de Pointe-St-Charles, Rosemont ou NDG, ils s’amusent des congères qu’ils doivent traverser, se moquent des plaques de glace : on trouve difficilement plus stable adhérant que ces vélos. Puis ils dévalent à répétition les sentiers entretenus en secret, m’a-t-on expliqué.

Enfin, le coût d’un vélo n’a pas non plus à être stratosphérique, et les droits d’accès sont le plus souvent très accessibles eux aussi. Si on compare avec le prix d’une journée de ski alpin, devenu un sport de millionnaires, l’achat –voire la location- d’un fat est presque dérisoire.

Oh, on peut bien en profiter pour faire exploser sa carte de crédit si le désir de parader avec la plus rutilante machine nous saisit. Mais au delà, il y a quelque chose comme un grand désir de simplicité dans l’attrait pour ce sport.

Comme le décrit si parfaitement un ami : « T’es dehors, t’es dans le bois, à l’abris du vent, t’es sur ton bike. C’est juste du fun. »

Tandis que je m'apprête à descendre au sous-sol pour faire des intervalles sur le rouleau, je ne peux que lui donner raison. Pour éviter de perdre la mienne, d'ailleurs, j'irai "fatter" un peu plus souvent, tiens. 


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