Québec

Un tricheur chez les "vétérans-espoirs"

David Desjardins - 13/06/2017

La suspension de Gérard-Louis Robert pour dopage illustre par l'absurde les dérives du sport amateur lorsque celui-ci devient si important dans nos vies que nous sommes prêts à tout risquer pour lui.


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Une étudiante à la maîtrise en Alberta vient de produire une gentille étude qui confirme ce que vous et moi savons tous : les cyclistes entretiennent de forts liens avec leurs machines.

Plusieurs facteurs expliquent la chose. Parmi ceux-ci : le vélo permet de nous définir, il trace les contours de notre personnalité et nous inscrit dans le panorama social.

Si vous préférez: il définit notre identité. La preuve, chaque fois que je rencontre quelqu’un, c’est le premier sujet qu’il ou elle aborde. « Pis, tu roules en masse ? »

La réponse est toujours oui. Parce que c’est vrai, je SUIS un cycliste. Je roule pour le plaisir, pour la compétition, pour garder la forme, pour la vitesse (sujet d’un prochain texte), pour les amitiés, pour la machine elle-même, pour les paysages. Je regarde les courses à la télé, m'abonne à des tonnes de magazines, lit sur la chose en ligne et en discute avec les amis. C'est mon hockey, mon football, mon soccer: toute ma culture sportive est là, sur deux roues.

Dans le monde de la course, il y en a qui ne vivent que pour cela. Je les comprends : comme moi, ils investissent de très nombreuses heures et autant d’argent dans leurs performances. Ils lisent sur l’entraînement, se payent un coach, écoutent des podcasts, calculent tout ce qu'ils mangent. Ils veulent gagner.

C’est cool. Moi aussi. C'est ben correct. Jusqu'à un certain point.

Bref, je lisais l’article de Canadian Cycling sur cette étude quand est sortie la nouvelle concernant Gérard-Louis Robert. 68 ans, enseveli sous les titres mondiaux et nationaux, mais pris avec tellement de testostérone dans le sang qu’on aurait pu le confondre avec Paolo Noël.

Et surprise, on apprenait en plus que c’était sa seconde offense, mais que l’UCI n’a pas cru bon de relayer l’information de la première suspension, en France, en 2009, comme l’écrivait Gabriel Béland dans La Presse.

Le cas de Robert est intéressant, parce qu’il met ici en lumière quelque chose d’absolument ahurissant : le dopage des amateurs.

Pas que je veille réduire la gravité de celui des pros. Mais c’est un dopage que je suis en mesure de comprendre, parce qu’il relève de la nécessité de briller pour gagner sa vie, et que des sommes faramineuses d’argent sont parfois en jeu. Ou, simplement, pour certains d’entre eux, il s’agit d’une porte de sortie d’un milieu populaire sans autre brillant avenir que de reprendre le commerce minable ou la ferme miteuse de maman et papa.

Cela vient avec des conséquences plus graves, aussi. Comme de priver des athlètes propres d’une place aux Jeux Olympiques, ou sur des équipes professionnelles.

Mais d’un point de vue personnel, je peux comprendre pourquoi le pro se dope.

L’amateur ? C’est autre chose. Je n’y vois qu’une grande et inconsolable tristesse.

Je suis un cycliste, je veux rouler plus vite et plus fort que mon prochain. Mais gagner à tout prix ? Non merci. D’abord, je veux mériter ma victoire (si jamais elle se présente). Et puis ma vie tient à autre chose qu’un titre, bien vite oublié, dans cette catégorie qu’un ami s’amuse à désigner du risible vocable de « vétérans-espoirs ».

Je veux bien que nous tissions de forts liens avec le vélo, mais il y a quelques personnes dont c’est l’unique refuge. Pour l'ego, s'entend. Et ça, c’est pas sain. Surtout quand tout s’arrête, et qu’ils obsèdent sur leurs gloires passées, comme si leur vie s’était arrêtée là. À 22 ans. Ou 34 ans. Ou 56 ans. Dernier podium. All downhill from there, comme il disent au Tadjikistan.

Je ne suis pas fâché contre Gérard-Louis Robert. Je laisse cela à tous ceux qui se demandent si ce vieux tapon les a battus propre ou dopé, toutes les fois d’avant ce championnat québécois sur piste où il s’est faire prendre.  Je le trouve simplement ridicule. Et un peu minable d’avoir demandé qu’on taise sa suspension, parce qu’il gagne sa vie grâce à la confiance que les gens placent en lui.

Eh ho, tata, raison de plus de tout déballer en public !

Pour le nécessaire déboulonnement de la statue que t’ont érigé les médias. Et ne serait-ce que pour donner un avant-goût de l’opprobre qui les attend à ceux qui, pour faire briller leur ego meurtri, seraient tentés de tricher pour un concours de bicycle à pédales chez les « vétérans-espoirs ».

 


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