Le blogue de David Desjardins

Woods aux portes de l'Olympe

David Desjardins - 12/09/2017

Michael Woods nous a tenu en haleine pendant toute la Vuelta. Au cours des trois semaines de cet enlevant Tour d’Espagne, il s’est maintenu dans les dix premières places d’un classement général de première classe. Et pendant tout ce temps, son équipe menaçait de partir en fumée. Entrevue.




Au lendemain de l’arrivée à Madrid, le son de sa voix était pâle. Dans le train, entre Barcelone et Gérone, où il réside, Mike Woods récupérait de trois semaines brutales sur la Vuelta a Espana. Un deuxième grand tour à vie (après le Giro, ce printemps), au cours duquel il a caracolé dans le top 10 des meneurs au classement général pour s’arrêter à la 7e place. Un exploit, rien de moins.

La communication était pénible dans le train, ponctuée de plusieurs interruptions, au gré des tunnels, la conversation a donc été remise au lendemain. Vingt-quatre heures plus tard, à la maison, Woods paraissait déjà remplumé et alignait les appels avec les directeurs de son équipe afin de préparer la fin de la saison.

« Je m’en vais faire les classiques italiennes », dit-il, le regard déjà tourné vers l’avenir alors qu’il n’avait pas même digéré ce qui venait de se produire.

Non seulement le Canadien venait de partager ses jours de souffrance avec les Froome, Contador, Zakarin, Aru et consorts, mais il était aussi parvenu à conserver la tête froide tandis que son équipe, Cannondale-Drapac, menaçait de de dissoudre suite au désistement d’un commanditaire majeur pour la prochaine saison.

« Le seul moment où je me sentais en paix, confie Woods, c’était pendant la course. Ensuite, je sautais sur le téléphone, je parlais à mon agent, à des équipes… Et j’étais parmi les plus chanceux de ma gang, parce que je performais, et qu’on me faisait des offres. »

Son ami, Alex Howes, qui était aux Grands Prix de Québec et Montréal était nettement moins choyé. À la veille de l’épreuve de Québec, le moral des troupes était au plus bas. Lorsqu’on évoquait la question avec Howes, son regard s’éteignait. « Je devais être à Québec et Montréal aussi, mais Juan Manuel Garate, mon directeur sportif, m’avait convaincu que le parcours de la Vuelta était bon pour moi. Si je n’avais pas couru en Espagne, j’aurais été chez moi, à angoisser. »

Et il aurait raté, peut-être, la plus belle chance de sa vie.

Parce qu’au-delà du résultat, il y a cette filière mentale qui s’ouvre lorsque l’on parvient à côtoyer les plus grands et à s’y mesurer, jour après jour, sans y dilapider sa forme.

« À force de rouler avec eux, tu te rends compte que ces gens, que tu considérais comme des dieux, sont en fait des humains. » Même ceux de la Sky? «Oui, même eux! Alors au bout d’un moment, je suis devenu très calme, et je me suis même permis d’attaquer. Non pas depuis une échappée, mais du groupe des meneurs au classement général! » Woods avait atteint un certain degré de forme, mais aussi, un état de confiance qui donne des ailes.



« Le plan, au départ, c’était d’essayer de remporter des étapes, poursuit-il. Et c’était une bonne chose, parce que ça me retirait la pression d’avoir à être parfait chaque jour, à ne jamais perdre une seconde. Mais les choses se passaient bien, et jour après jour, je me sentais mieux », raconte le natif d’Ottawa.

Il y a bien eu quelques moments pénibles. « À la huitième étape, on venait d’apprendre que l’équipe allait peut-être disparaitre alors que je venais tout juste de me faire offrir un nouveau contrat. J’ai fait l’idiot, j’ai attaqué Contador, j’ai pris des risques inutiles. Et j’ai perdu du temps. »

Mais au final, Woods sort comme l’un des héros inattendus de cette Vuelta. On savait déjà sa forme. L’amélioration de ses performances comme pilote, et même en descente, où il peinait, les choses s’améliorent considérablement.

Juste avant la montée de l’Angliru, il avait failli disparaître du groupe Froome, victime, avec Fabio Aru et quelques autres, d’une cassure dans la descente précédente. Mais il a recollé, « en souffrant comme chien ». Puis on a pu l’apercevoir, dans le train des meneurs qui chassaient derrière un Contador qui écrasait les pédales dans l’harassante montée vers son dernier moment de gloire avant la retraite.

Et chaque fois que le vert de son maillot apparaissait à l’écran, l’espoir revenait. Pour lui. Pour nous aussi, les fans. Woods y arrivait. Il avait encore suivi les dieux du vélo jusqu’au sommet, cognant aux portes de l’olympe cycliste.


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