ÉLECTROSTIMULATION

Pour une récupération étincelante ?

Maxime Bilodeau - 25/04/2018

L’électrostimulation promet de faciliter la récupération et d’ainsi améliorer les performances cyclistes. Mais qu’en est-il vraiment?


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Electrostimulation 3

« C’est un brin étrange au début, mais on s’y habitue rapidement », m’avait-on prévenu. Sur mes cuisses, deux paires d’électrodes surmontées d’autant de modules clignotants reliés par un fil conducteur font danser mes quadriceps. Poum, poum, poum: le rythme régulier de cette singulière chorégraphie est assuré par une télécommande pas plus grande qu’un téléphone intelligent, que je tiens en main. Bien évaché sur un sofa, j’assiste à cette scène indépendante de ma volonté avec curiosité – mais une curiosité pas aussi vive que celle que je lis dans le regard de ma douce!

À l’écran, on m’informe de la progression de la séance de récupération post-entraînement que j’ai sélectionnée un peu plus tôt dans un menu. Au programme: environ vingt minutes d’impulsions électriques de basse fréquence qui, sans être assez soutenues pour provoquer de véritables contractions musculaires, impriment des secousses musculaires sensées restaurer mes qualités musculaires – c’est du moins ce que prétend Compex, le fabricant dudit gadget, un électrostimulateur sans fil SP 8.0.

Électrostimulation 1

Des cuisses de grenouille

Si vous ne savez pas ce qu’est l’électrostimulation, rassurez-vous, vous n’êtes pas le seul. Très populaires sur le Vieux Continent depuis une vingtaine d’années – on en vend même de différentes marques (Compex, Sport-Elec, etc.) dans les magasins Decathlon, l’équivalent français de nos Sports Experts, où ils sont regroupés en îlots bien visibles –, les appareils d’électrostimulation n’ont jamais vraiment fait le saut en Amérique du Nord et y sont donc méconnus du grand public. Au Québec, leur utilisation est répandue dans quelques cercles d’initiés, mais sans plus.

Pourtant, la technologie est bien loin d’être ré- volutionnaire. Il faut remonter à la fin du 18e siècle pour trouver les premières références à l’électrostimulation. À l’époque, le scientifique italien Luigi Galvani avait remarqué que les muscles des cuisses de grenouilles fraîchement disséquées sur lesquelles il travaillait se contractaient lorsque soumis à distance à un courant électrique. À partir de ces expériences dignes d’un film d’horreur, il émet alors l’hypothèse d’une «électricité animale» sécrétée par le cerveau et responsable de la contraction musculaire.

Avec le temps, sa théorie est confirmée par d’autres. Aujourd’hui, on sait que la contraction volontaire d’un muscle provient d’une commande envoyée par le cerveau (ou système nerveux central). Celui-ci transmet un signal électrique par l’entremise de longs fils conducteurs (ou motoneurones) jusqu’à l’interface du muscle, où se situe une sorte de centrale de distribution (ou plaque motrice) responsable de déclencher simultané- ment la contraction des fibres musculaires. Avec l’électrostimulation, on court-circuite cette cascade d’événements en remplaçant le cerveau par une télécommande qui, via des électrodes, ordonne la contraction non volontaire du muscle. En gros, c’est comme se brancher à un «deuxième cerveau» dont la seule et unique fonction est de faire valser les gambettes.

Électrostimulation 2 

Un outil de récupération

Comme c’est souvent le cas dans le milieu du cyclisme, ce sont les coureurs professionnels des grandes équipes européennes qui ont été les premiers à mettre à l’épreuve l’électrostimulation, pavant ainsi la voie à une horde d’aficionados de la petite reine prêts à délester leur portefeuille pour «faire comme les pros». Au fil des années, Compex a par exemple commandité des formations du World Tour comme Etixx-Quick Step et HTC Columbia. En 2011, on a même vu circuler une vidéo de Mark Cavendish pédalant sur un support d’entraînement avec aux cuisses de charmantes petites électrodes du fabricant. Très chic

Chic, mais peu représentatif de l’utilisation réelle qu’en font les cyclistes qui, pour des raisons logistiques (à l’exception des appareils haut de gamme, la majorité des électrostimulateurs sont dotés de fils encombrants), sont rares à y recourir dans le but de développer leur endurance musculaire, leur force maximale – bref, comme méthode d’entraînement à part entière. Comme moi, ils font plutôt appel à l’électrostimulation comme outil de récupération afin, entre autres, d’augmenter les dé- bits sanguin et lymphatique dans leurs muscles épuisés après une séance d’entraînement ou une compétition.

Cela leur sert, en théorie du moins, à éliminer plus vite les petits débris et les molé- cules circulantes qui les empêchent de retrouver leur état de fraîcheur initial. En pratique, toutefois, rien n’est moins sûr. Certes, il y a bien quelques études qui dé- montrent que l’électrostimulation aide à restaurer la performance sportive plus rapidement comparativement à la récupération active ou passive – François Bieuzen, physiologiste de l’exercice à l’Institut national du sport du Québec, est d’ailleurs l’auteur de plusieurs d’entre elles. 

Le verdict?

Cependant, la majorité s’accorde plutôt pour dire que ce n’est pas le cas, conclut une mé- ta-analyse sur le sujet publiée en 2014 dans le Journal of Strength and Conditioning Reseach. «La preuve n’est pas suffisamment convaincante», statuent les auteurs. Ce qui ne signifie pas que l’outil est dénué de mérites, poursuivent-ils. Selon eux, l’amélioration de la sensation de récupération et la diminution de celle de fatigue musculaire qui découlent de l’électrostimulation sont des aspects à ne pas négliger et qui peuvent, chez certains, en justifier l’usage.

À ce chapitre, mieux vaut peut-être miser sur d’autres modalités de récupération comme des manchons de compression, des bains glacés ou des séances de massothérapie. Comme l’électrostimulation, ces formules permettent de se sentir mieux dans sa peau et dans ses jambes. Or, elles ont l’avantage d’être considérablement moins onéreuses – les appareils Compex se détaillent tout de même de 250$ à 1400 $ pour le modèle sans fil. À ces prix, c’est un pensez-y-bien.
 

ATTENTION!

Même si l’électrostimulation est une méthode reconnue extrêmement sécuritaire, il existe tout de même quelques contre-indications. Ainsi, les gens qui souffrent d’épilepsie ou qui portent un stimulateur cardiaque (pacemaker) ne doivent pas utiliser l’appareil. De même, les femmes enceintes et les personnes qui présentent une hernie ne doivent pas appliquer de stimulation sur leur ventre. Dernier point: l’électrostimulation n’est pas compatible avec la tête...
 


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