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Le blogue de David Desjardins

Intolérance et savoir-vivre en montagne

12-08-2019

Photo par Stage 7 sur Unsplash

Il y a du monde dans les sentiers de vélo de montagne.

Beaucoup de monde.

Et c’est une excellente nouvelle.

Samedi dernier, à St-Raymond (Vallée Bras-du-Nord), il y avait un trafic ahurissant. En préparation à l’épreuve d’enduro du lendemain, des dizaines d’adeptes parcouraient les différents « stages », soit les descentes chronométrées lors de la compétition. Ajoutez à tous celles et ceux-là les autres usagers de tous les calibres, et vous obtenez une quantité d’utilisateurs comme je n’en avais jamais vu là.

Le lendemain, au Mont Sainte-Anne, c’était encore plus saisissant. Il y avait les clubs de jeunes. Les clubs de vieux. Les habitués. Les débarqués de partout et de nulle part venus passer leurs vacances là. Il y avait du monde partout, tout le temps, toute la journée.

Dans les deux cas, le phénomène a l’heur d’aiguiser, ou d’user la patience, c’est selon.

Entendons-nous, je ne m’attends pas à rouler à pleine allure la fin de semaine, où à quelque moment que ce soit, finalement. Seulement, il serait peut-être temps de revoir et d’uniformiser les règles des utilisateurs des sentiers afin d’améliorer l’expérience de tout le monde.

Car si certaines personnes s’échangent des politesses à n’en plus finir en se croisant ou pour s’offrir mutuellement la priorité à l’entrée des sentiers, un mélange de vieux grincheux, d’insouciants et d’impolis tendent à gâcher le plaisir des autres, et à créer une escalade acrimonieuse.

Je vous donne trois exemples de situations qui se sont produites récemment et qui résument la majorité des irritants vécus dans les sentiers.

L’insouciante + le vieux grincheux

Notre sortie à fiancée et moi-même s’achève. Ça s’est assez bien passé, tout le monde a été courtois en général, mais il y avait du cycliste qui s’agglomérait à l’entrée de plusieurs sentiers dans le réseau de St-Raymond, ainsi que dans les intersections, et qui parfois prenaient plus de place que nécessaire entre les singletracks (dans les « connecteurs », pourtant déjà très larges), nous obligeant à les contourner et rouler en dehors de la piste par moments.

Si bien qu’à la fin, une jeune femme dont le vélo était à l’arrêt, en travers de la piste, avec elle dessus, m’a fait sortir de mes gonds : ôte-toi donc de la piste, Chose. Elle m’a ensuite envoyé paître. Je lui ai rendu la politesse. « T’as été un peu bête », m’a dit Fiancée. Elle n’avait pas tort. Mais s’il m’arrive parfois d’être l’insouciant, je m’en excuse aussitôt. Je ne maugrée pas ni ne me défend en disant : « My God, c’est juste un sport, on est là pour s’amuser », comme l’a fait ma jeune interlocutrice.

C’est vrai, c’est juste un sport. Mais du moment où il y a d’autres personnes, on devrait peut-être leur faire attention, non?

Vieux grincheux, bis.

Dans la Boute-à-boute au Mont Sainte-Anne, il y a foule. Mais vraiment, là. Alors nous nous arrêtons souvent, tandis que nous « descendons » vers l’Adorila. J’ai mis le verbe entre guillemets car, à cette hauteur, bien que nous soyons dans la plus haute partie de la montagne et nous dirigions en pratique vers le bas, la piste vallonne. Ça monte, ça descend, bref.

Nous croisons un groupe, mené par un homme d’un certain âge, qui nous lance sèchement tandis que nous nous rangeons : « Priorité à ceux qui montent ». Passons sur l’infinie bêtise de ce règlement qui, loin d’être universel, est aussi loin de l’unanime plébiscite. Mais comment l’interpréter?

À l’endroit où nous étions, c’était relativement plat. Certes, si on prend la piste dans son ensemble, elle va de bas en haut de la montagne, mais dois-je donner la priorité à tous ceux qui viennent du bas, peu importe la situation, même si à un endroit précis du sentier, comme là, c’est plat, ou c’est moi qui monte?

Et tandis que nous sommes déjà rangés, tant bien que mal, était-il bien nécessaire de nous faire ainsi la morale?

Tasse-toi, papa

À Burke, au début l’été, je me lance dans Black Bear, une superbe et rapide descente d’un nouveau secteur des Kingdom Trails. Devant moi, une ado et son père.

Ils vont vite, mais moi pas mal plus, et j’ai beau leur avoir laissé du lousse, je les rattrape. Je signifie ma présence. Une fois. Deux fois. Je suis hyper poli. Ils traversent deux connecteurs où ils pourraient me laisser passer, mais s’entêtent. Alors je m’arrête, attends, puis repart quand je ne les vois plus.

Arrivé en bas, je leur signifie poliment mon mécontentement. Le père me fait comprendre que je suis, selon lui, un tata qui ne mérite pas qu’on s’en préoccupe.

Qui est dans le tort, ici? Qui a raison? J’avoue que je ne suis même pas certain.

Mais je suis sûr, par contre, que toutes ces prises de bec sont aussi inutiles qu’improductives.

Il fut un moment où nous avions le loisir de rouler plus ou moins seuls, peu importe la quantité de gens présents sur un site. Les accrochages comme ceux décrits plus hauts étaient anecdotiques. Ils sont devenus, avec la popularité croissante du sport, une affaire presque systématique.

Peut-être sommes-nous mûrs pour un code de conduite universel, et un petit laïus sur ses bases à l’achat d’un billet? Dans un monde où l’intolérance comme le savoir-vivre sont plutôt malmenés, quelques règles de base ne seraient pas de refus, me semble.

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