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Le blogue de David Desjardins

La route comme défouloir – partie 1

28-05-2022

Photo par Jack Delulio (Unsplash)

Détruire des choses, ça apaise la rage. Rouler, ça donne des ailes.

Au bout de ma rue, on a récemment ouvert un centre de défoulement.

C’est, en gros, un endroit où vous enfilez de l’équipement de protection, empoignez une masse, et détruisez des objets.

Si j’en juge par le tas de débris qui sort de là, les claviers et écrans d’ordinateurs sont très populaires.

Je vous mentirais si je prétendais que la démolition n’est pas satisfaisante pour moi aussi. J’ai eu quelques fois l’occasion de tâter du marteau-piqueur, récemment, pour des rénos. Ce mélange de puissance mécanique, de force physique et d’annihilation d’un matériau aussi dur que le béton me procure un sentiment de puissance. Détruire, ça me fait du bien.

Mais chaque fois que je croise ce défouloir en revenant de rouler, je ne peux m’empêcher de dire que je n’ai encore vu aucun client qui paraisse aussi heureux en sortant de là que moi lorsque je roule.

Pourtant, il m’arrive souvent de passer à un cheveu de ne pas sortir, de laisser mon vélo suspendu à son crochet et de m’ouvrir une bière.

Je suis souvent fatigué, lessivé par ma journée de travail, écoeuré par l’accumulation des irritants de l’existence, par la lecture des journaux et des commentaires dans les réseaux sociaux. En vieillissant, je trouve de plus en plus difficile d’accepter la bêtise, d’admettre qu’elle est parfois soluble dans la bonté de la majorité. Elle me heurte, m’épuise.

Je suis souvent enragé, découragé, épuisé, tout cela en même temps.

Des fois, c’est ma fiancée qui me convainc d’aller rouler. Elle connait trop bien les symptômes de mes névroses et connait la posologie, souvent détaillée dans ce blogue :  donnez-moi une ride de bike et je serai guéri.

Il suffit parfois de quelques coups de pédale pour que la magie opère. D’autres fois, c’est le temps qui fait son œuvre. J’entre en zone plus rurale, atteins les routes où l’on cultive, sur le vélo, le temps long du coup de pédale sans signalisation et donc sans rupture. J’entre dans la transe de l’effort qui apaise l’âme avec, en soutien, le paysage. La beauté me fait plus de bien que la destruction. L’effort me soulage.

Le vélo, cet engin de démolition

Au retour, je suis transfiguré. La fatigue a changé de lieu, de forme. Elle est devenue douce, agréable. Le plus souvent je rentre avec un vent de dos, les mains calées dans le ceintre, le dos plat, les jambes qui brûlent et le souffle qui pousse l’esprit vers l’oubli.

Pas besoin de payer pour prendre une masse et fracasser des trucs. Mon tracas quotidien est ainsi compacté dans un repli de mon esprit par le mouvement des jambes. Même lorsque ce n’est pas l’effort qui l’y écrase et l’y confine, le simple fait de changer de décor, de regarder la route se dérouler devant moi ou de rejoindre des amis pour parler de tout et de rien en roulant me guérit de tout.

Je rentre avec le soleil qui penche. Le sourire accroché au visage. La journée finit bien, finalement. Je redépose mon vélo-défouloir sur son crochet. Jusqu’à demain.

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