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Le blogue de David Desjardins

Message au gars à qui j’ai fait un doigt d’honneur hier

09-05-2019
Le doigt d'honneur est parfois le klaxon des cyclistes

Doigt d’honneur cycliste

Il m’arrive d’être impulsif dans le trafic. Je me soigne. Je réponds aux klaxons par un sourire, j’envoie gentiment la main. Mais d’autres fois, j’agis spontanément. Comme hier, quand je me suis fait couper par un dude qui a décidé que la route lui appartient. Une histoire qui va se répéter 50 fois pendant l’été.

Je revenais d’une petite sortie. 55km. Même pas rapide. Limoilou-Saint-Aug-Limoilou : un classique que je me tape au moins 30 fois par année. Une belle balade, sans histoire. J’ai même évité la partie achalandée de la 138, autour du parc industriel, pour ne pas faire suer mes concitoyens à moteur à l’heure du trafic, et suis passé par le sud du lac à la place. Je suis fin de même.

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Alors je revenais. Mollo. D’une sortie sans histoire, disais-je… Jusqu’à ce que j’arrive au coin de la rue tout près de chez moi. Intersection des Capucins et Canardière. Face au Cégep de Limoilou. À l’heure de pointe, c’est toujours un peu le bordel à cet endroit. Ça tourne en double -et surtout en cabochon- vers l’est en arrivant du centre-ville. Ça s’impatiente. Ça joue du coude. Notez qu’on trouve là quantité d’étudiants qui traversent la rue pour prendre l’autobus ou en descendent, des familles, des coureurs en masse, des piétons, des enfants.

Donc j’arrive de l’ouest, direction est, sur Canardière. Peinard. Pas l’ombre d’un couteau entre les dents. J’attends ma lumière à l’intersection. En face, ceux qui arrivent de l’est bénéficie d’une verte clignotante pour tourner à gauche, en direction du centre-ville. Donc dans ma face. Je passe là trois fois par jour. Au moins. Je sais bien qu’entre le moment où ce feu cesse de clignoter et celui où le feu vert en face s’allume pour autoriser le trafic dans les deux sens, il s’écoute 3 ou 4 bonnes secondes. Sinon plus. Bref, ça laisse du temps pour étirer sa luck un peu.

Voici mon feu qui s’allume. Donc, celui d’en face est fixe depuis AU MOINS 3 secondes, ce qui nous confère la priorité. Les voitures à mes côtés et moi-même avançons sans crainte alors qu’un VUS arrive en sens inverse, dans la voie destinée à tourner, donc à couper notre chemin, mais sans doute entendra-t-il le bon sens et attendra-t-il que nous passions pour enfin s’avancer lorsque ce sera son tour.

Ou pas.

Et le voilà donc qui nous coupe en sauvage. En nous regardant, puisque les autos à mes côtés qui viennent de piler sur le frein klaxonnent pour manifester leur mécontentement. Et moi, sans dispositif sonore, je lui donne à voir mon plus beau doigt majeur.

Même pas gêné, il prend le temps (de ne pas regarder devant lui) et se penche vers moi pour me le rendre en me regardant dans les yeux. En virant, il manque accrocher un autobus, mais prend à nouveau le temps d’ouvrir sa vitre pour m’injurier : estie de cycliste de marde.

Vraiment, c’était moi le problème?

Bon, mon doigt d’honneur était-il vraiment nécessaire? Non. Mais quand j’ai peur, que je dois enfoncer les freins pour ne pas me faire TUER par un imbécile qui enfreint le code de la sécurité routière (ce dont, a priori, je me fiche un peu, mais cela sous-entend qu’il n’était pas dans son bon droit), et met en danger l’intégrité des autres usagers de la route, alors là, je ne réfléchis plus beaucoup. Je réagis à chaud. Je sais, ce n’est pas génial.

Donc, dude. Toi qui étais si pressé que ça valait la peine de risquer ma vie, je m’excuse. Je m’excuse de t’avoir fait un finger que tu n’as pas compris parce que ton ego est si gonflé qu’il ne t’est pas venu à l’idée que tu étais dans le tort et qu’il aurait mieux valu rentrer les épaules et fuir les lieux dans la honte. Je m’excuse qu’à un quelconque moment, dans cette société, on ait pu te faire croire que tes droits individuels s’étendaient au privilège de faire comme bon te semble sur les voies publiques, au détriment de la sécurité des autres. Je suis désolé pour tes parents qui t’ont éduqué de la sorte ou ne t’ont pas assez aimé, pour ton manque d’amour propre, ton horaire de fou, ton manque de prévision, le trafic qui te ronge les nerfs. Je m’excuse que la clignotante ne fut pas d’assez longue durée à ton goût. Qu’un autobus t’ait ralenti. Que la lumière pour pétions à l’intersection précédente t’ait volé 30 secondes de ton précieux temps. Que tu sois en retard où que tu sois attendu.

Je sais que t’as pas compris mon finger. Tu n’as vu qu’un cycliste. Je me demande juste si, malgré toute cette aliénation dont tu es victime, le jour où tu vas tuer quelqu’un par imprudence, tu pourras encore le réduire à une étiquette (un piéton, un cycliste).

Parce que demeure que le sang qui coulera sur le bitume, ce sera celui d’un humain. Un humain qui ne prend pas toujours de bonnes décisions non plus. Comme de te faire un doigt d’honneur. Mais sur le moment, c’était la seule manière qu’il avait de te faire comprendre à quel point ce que tu venais de faire était stupide et dangereux. Et que cet humain a eu peur. De ta connerie et des quelques tonnes de métal qu’elle charriait à pleine vitesse.

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