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Le blogue de David Desjardins

Un Noël dans la boue

22-01-2024

Photo: Philippe Carrier

Le palmarès de Rafaelle Carrier dans la catégorie junior commande l’admiration.

Championne canadienne de gravel, championne panaméricaine de cyclocross, championne québécoise sur route, elle est aussi quadruple médaillée d’or aux jeux du Québec, championne canadienne et championne québécoise (U17) en vélo de montagne.

J’en passe, je résume. Le fait est que, partout où la jeune athlète de Lac-Beauport passe, la compétition n’a qu’à bien se ternir. La plupart du temps, dans son sillage.

Dans le ventre de la bête

Un début de saison en cyclocross à l’image de ses autres performances l’a propulsée sur la liste des athlètes invitées par Cyclisme Canada à participer au plus exigeant de tous les temps des fêtes (oui, pire que de travailler chez Sephora la semaine avant Noël): celui de la Coupe du monde et des nombreuses courses en marge du circuit belge de cyclocross.

Là, non seulement a-t-elle pris part aux plus prestigieux événements et côtoyé les plus imposantes pointures du sport, mais elle y a fait très bonne figure.

Je lui ai rapidement parlé à son retour afin de recueillir ses impressions.

Elle apparait d’abord sérieuse, un peu intimidée par l’attention qu’on lui porte. Puis, au fil de la conversation, son regard s’illumine. Comme si, en discutant de ce qu’elle venait de vivre, elle prenait non seulement la mesure de ses performances, mais aussi de sa chance d’avoir été là : lancée dans le cirque boueux, enfumé et parfumé au houblon du cyclocross européen qui, là-bas, est un sport dont il est difficile pour nous d’imaginer l’immense popularité.

Salut Rafaelle, bon retour au Québec! Dis-moi, je sais que tu fais à peu près tous les autres sports cyclistes, mais comment as-tu commencé le cyclocross?

Il y un circuit à Lévis, c’est le mercredi soir. J’ai donc pensé que c’était une excellente occasion de m’entraîner après l’école. Ça a commencé là, et puis j’ai continué avec des courses plus importantes, ailleurs au Québec et au Canada.

Et tu as fait le circuit américain plus tôt cette année aussi?

Oui, j’ai fait le circuit qui est comme celui des US Cups (NDLR : en vélo de montagne) qui me permettait d’aller chercher des points UCI : Rochester, Charm City, Really Rad Festival, Thunder Cross…

Et à part une fois, où tu as tu as terminé 2e, tu as tout gagné. Beau travail! Qu’est-ce qui fait que tu aimes assez ce sport pour aller passer le temps des fêtes dans le froid, la pluie, la boue, le sable, à souffrir ta vie pendant 45 minutes plus ou moins tous les deux jours?

Eh bien, je savais que l’Europe, c’est une expérience à vivre, surtout à cette période (ndrl : très chargée en événements) pendant les vacances, avec les milliers de spectateurs, c’est comme de grandes montagnes russes. Mais plus simplement, j’aime ça. Le cyclocross, ce n’est pas que pédaler, il y a aussi un petit côté technique, j’aime la partie où je dois descendre du vélo, monter les escaliers, arriver au sommet et sauter sur le vélo, et les barrières. J’adore ça.

À ta première course, tu termines 8e. C’est très fort. Mais tu as eu un mauvais de départ, je crois.

C’était ma première course mondiale junior, à Namur, sur un parcours techniquement très difficile que je n’avais roulé que deux fois avant. On venait d’arriver, je dormais mal à cause du décalage. En vélo de montagne (dans ma catégorie), on n’est pas très nombreuses d’habitude. Là, on était 70, j’étais sur la 3e ligne de départ. C’est parti vraiment vite. J’ai pas paniqué, j’ai repris des positions une à une. Top 10, sur la Coupe du Monde, je sais que c’est énorme. Mais en même temps, je sentais que j’avais la capacité de le faire.

La preuve, c’est que sur les parcours suivants, ça allait généralement de mieux en mieux. Tu as fini 6e à Antwerpen quelques jours plus tard. Tu as aussi couru chez les élites, à cause des points UCI que tu avais accumulés. Tu as très bien fait avec une 21e à Diegem et un 10e place au GranPrix Sven Nys. Ce ne sont pas des Coupes du monde, mais le calibre est très relevé quand même. Étais-tu intimidée? Impressionnée?

Eh bien, les élites, ce sont souvent les filles que je regarde à la télévision depuis que je suis petite. Et maintenant, je suis sur la même ligne de départ. Bien sûr, j’étais un peu nerveuse, mais c’est surtout l’excitation et la fierté d’être là qui dominaient. Après, sur le parcours, c’est vraiment agressif. Ce n’est même pas comparable à l’Amérique du Nord. Elles ne te donneront aucune chance de réussir. Il faut se battre pour chaque place.

Quand tu dis qu’elles ne te donneront aucune chance, qu’est-ce que ça veut dire ? Qu’elles vont te bloquer pour te fermer la porte au nez ? Que ça joue du coude ?

Les deux. C’est quand même impressionnant. Au début, j’étais moins habituée, mais sur les dernières courses, j’ai commencé à comprendre, et j’allais de mieux en mieux.

As-tu été surprise par l’ampleur de la fête autour des courses? Du party?  

Quand même un peu. Et bon, dans une course, tu ne veux pas sentir la nourriture ou la cigarette (ndlr : quand t’es à bloc!). Mais oui, c’était quelque chose. Il y en a beaucoup qui sont ivres, oui. Parfois il y avait 20 000 personnes, c’était quelque chose!

Ta passion première, c’est le vélo de montagne. Il y a des filles qui n’arrivent pas à conjuguer deux sports aussi exigeants. Tu penses retourner au cyclocross européen, vu tes bons résultats?

Oui, je retourne en Europe bientôt, entre autres pour les Championnats du monde à Tabor en République Tchèque. Courir en Europe, ça permet aussi de se faire remarquer par des équipes, plus qu’en Amérique du Nord. J’espère y aller encore l’année prochaine.

Et tu as eu des contacts avec certaines équipes qui semblaient intéressées?

Oui, deux ou trois ont dit qu’elles allaient continuer de suivre mon parcours. Mais bon, elles ne signent pas des contrats comme ça avec des juniors non plus. Par contre, j’ai joint l’équipe UCI Pivot-OTE depuis début janvier et j’en suis très fière. J’ai un excellent soutien de leur part, c’est génial.

Bon, allez, bonne chance pour les mondiaux. On va surveiller ça. Et le reste de ta carrière de coureuse qui est drôlement bien partie!

Merci!

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