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Le cycliste gris

24-04-2019
David maltais cyclocross

📸: GEOFFROY DUSSAULT

L’histoire de David Maltais est avant tout celle d’un cycliste qui manie la plume comme pas un. C’est également celle d’un athlète au talent modeste, mais au cœur gros comme ça. Portrait.

Depuis plus de dix ans, David Maltais rédige des textes sur son site web personnel Le livre gris (anciennement Sur deux roues). Au Québec, on compte sur les doigts d’une main les initiatives de ce genre dotées d’une telle longévité. Pourtant, à ses débuts en 2008, la plateforme était destinée à une existence éphémère. «J’y partageais mes expériences de jeune coureur cycliste au Tour de l’Abitibi, par exemple. C’était alors une manière de pratiquer ma plume», raconte celui qui étudiait en Art et technologie des médias (ATM) au Cégep de Jonquière, au Saguenay–LacSaint-Jean, la région qui l’a vu grandir.

david Maltais garneau

À son étonnement, ses récits connaissent du succès dans les cercles cyclistes du Québec. Assez, du moins, pour persévérer dans cette voie. «Contrairement à aujourd’hui, on trouvait peu de contenus qui nous amenaient dans les coulisses du sport comme le faisaient les défuntes capsules vidéo Backstage Pass de Orica-GreenEdge. Mes histoires de cycliste de l’ombre étaient donc inédites, à l’époque», explique celui qui est maintenant âgé de 29 ans. Des histoires inédites, certes, mais, surtout, universelles: être confiné à l’anonymat du peloton et ne jamais lever les bras au ciel en guise de victoire est le lot d’à peu près tous les cyclistes.

Au fil du temps, David Maltais aborde plusieurs thèmes sur son blogue. Ses participations aux critériums des Mardis cyclistes de Lachine marquent les esprits de plusieurs, dont l’auteur de ces lignes. Même chose concernant ses camps d’entraînement du pauvre et ses déconvenues sur le circuit provincial: des récits d’anthologie. Cela ne l’empêche cependant pas d’élargir ses horizons. À 20 ans, il traverse le Canada à vélo en compagnie de son frère. Puis il aligne les triathlons de longue distance, flirte avec le cyclocross et le Pentathlon des neiges avant de faire du partage de la route son cheval de bataille. Son texte Si je meurs frappé par une voiture a d’ailleurs fait couler beaucoup d’encre en 2018.

« Mes parents n’ont jamais voulu m’acheter de motocross ou de bébelles motorisées. Mon rush d’adrénaline, c’est donc sur deux roues que je l’ai satisfait. »

David Maltais
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Le plus crinqué

DAVID MALTAIS route

David grimpant une des nombreuses côtes dans Charlevoix.
Photo tirée de son blogue. davidmaltais.blogspot.com

L’histoire de David Maltais avec la petite reine débute très exactement au mois de mars 1998. Il s’en rappelle comme si c’était hier: il était tombé sur une course de formule 1 à la télévision. Grisé par la vitesse démente qu’atteignent les bolides, le préadolescent décide qu’il doit lui aussi expérimenter ces sensations fortes. Ses parents, néanmoins, voient les choses autrement: «Ils n’ont jamais voulu m’acheter de motocross ou de bébelles motorisées. Mon rush d’adrénaline, c’est donc sur deux roues que je l’ai satisfait.» Il se tourne initialement vers le vélo de montagne. À 12 ans, il s’inscrit à sa première compétition régionale avec l’argent gagné en tondant des pelouses.

En troisième secondaire, David Maltais intègre le tout nouveau programme sportétudes de la polyvalente Arvida. Ces trois années à pédaler cinq après-midi par semaine seront formatrices; elles le mèneront à troquer définitivement les sentiers pour le bitume et à s’aligner avec l’équipe EVA-Devinci, créée dans le but de faire rayonner le talent des cyclistes du Saguenay. Plus important, il goûtera à la «médecine» de son enseignant et entraîneur Jude Dufour, l’homme derrière les athlètes en vélo de montagne Léandre Bouchard et Catherine Fleury. Son amour du sport et son éthique de travail, c’est à ce coach qu’il les doit, estime-t-il.

Jude Dufour se souvient bien de David «Duff» Maltais, «un leader positif» qu’il a recruté dès les débuts du programme sportétudes, dont il tient encore les rênes. Il garde un souvenir impérissable de cet «élève de son sport» qui témoigne d’une remarquable détermination. «Il n’était pas le plus talentueux, mais il était de loin le plus motivé. De toute sa cohorte, il était celui qui avait le plus de plaisir et qui se poussait toujours au maximum», confie-t-il en entrevue à Vélo Mag. À ses yeux, il est un modèle de réussite à tout point de vue. «À titre d’enseignants, nous formons des individus avant tout. David est animé par les valeurs propres au vélo, il les incarne à merveille. »

Cette attitude fait de David Maltais un type respecté par ses pairs. Antoine Duchesne, membre de l’équipe Groupama-FDJ, en sait quelque chose: il connaît le personnage depuis ses quatorze ans, alors qu’il donnait ses premiers coups de pédale. David, c’était celui qui enfilait des montées de la «côte CJPM», dans sa cour arrière. « Je suis allé lui parler entre deux intervalles et, de fil en aiguille, nous sommes devenus des amis. J’ai fait plusieurs niaiseries de jeunesse avec lui…», se remémore le coureur professionnel. Malgré son calendrier de course bien chargé, David et lui sont toujours de bons copains. «Dave, c’est un vrai de vrai passionné de vélo. Le côtoyer est super motivant; il est capable de te citer sans problème des statistiques obscures sur des coureurs ouzbeks. »

Team Gris

Bien sûr, il n’y a pas que le vélo dans la vie. La preuve: David Maltais n’a jamais fait l’erreur de tout miser là-dessus. Au contraire, il a réalisé un brillant parcours scolaire, puis professionnel. Après ses études en journalisme, il s’est orienté en droit, une formation qu’il a reçue à l’Université de Sherbrooke sans toutefois aller chercher son barreau. Il revient plutôt à ses vieilles pantoufles à titre de journaliste pour Radio-Canada, en Estrie, où il couvre notamment l’accident ferroviaire de Lac-Mégantic. Après un passage dans la salle de rédaction de la société d’État en Acadie, au Nouveau-Brunswick, il est embauché comme coordonnateur aux communications chez Louis Garneau Sports en 2015. À ce poste, il apprend l’art subtil de vendre du rêve aux amateurs de vélo.

Cette expérience de deux ans au sein de la populaire compagnie québécoise contribue à lui faire accoucher du concept de Team Gris, qu’il présente comme «l’antithèse du cyclisme de performance et de sa commercialisation». « Le vélo est une machine à imprimer de l’argent, c’est une industrie qui doit se réinventer chaque année si elle veut prospérer. C’est aussi des pratiquants obsédés par leurs watts, leurs fréquences cardiaques et leur poids, jusqu’à en devenir des automates. Le Team Gris est un pied de nez à tout ça. C’est l’idée du vélo pour le vélo, de rouler pour le plaisir, point à la ligne», indique celui qui travaille dorénavant chez Robotiq, une entreprise de Québec qui œuvre dans le domaine de la robotique. Envie d’en savoir plus? C’est sur Le livre gris que ça se passe.

« Il n’était pas le plus talentueux, mais il était de loin le plus motivé. De toute sa cohorte, il était celui qui avait le plus de plaisir et qui se poussait toujours au maximum. »

Jude Dufour
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