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Ronger son frein

08-08-2019
velo route blessure

Photo: A.S.O. Alex BROADWAY

J’ai en ce moment largement le temps de réfléchir à la signification de l’expression «ronger son frein». Je me vois en train de mordiller le coin d’un patin ou, plus moderne, le disque froid de mon vélo préféré. Je dois vous le dire, le vélo en question bâille d’ennui dans mon garage.

Normalement, à ce stade de la saison, les disques de mon bolide auraient à peine le temps de refroidir tant ils seraient sollicités. Mais je me suis cassé la figure, ou plutôt, j’ai heurté un coureur à pied qui a traversé brusquement une route sans regarder. Ce dernier a du même coup prouvé que le hit and run porte fort bien son nom en prenant la poudre d’escampette sans demander son reste. Résultat: une clavicule ainsi que l’acromion (vous le connaissiez celui-là?) fracturés. De six à huit semaines d’arrêt forcé.

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Je ne suis pas le premier à qui ça arrive, et je sais que le traumatisme physique ou mécanique peut se régler, le plus souvent avec une bonne dose de patience. J’ai appris par le fait même que les cyclistes représentent une clientèle à part pour les orthopédistes : ces derniers constatent que, contrairement au reste de la population, les homo sapiens qui pédalent préfèrent éviter les opérations, comme si cette pause obligée faisait partie de leur vie.

Les questions que je me pose sont plus de l’ordre du traumatisme moral: vous feriez quoi, vous, si, au cœur de la saison, vous deviez vous contenter de regarder les autres pédaler? Advenant que le «repos» tombe en juillet, merci au Tour de France et à Hugo Houle. Notre collaborateur David Desjardins, qui a aussi une solide expérience en matière de congé forcé, me rappelait que nous ne prenions pas le même genre de risque en étant sur un vélo plutôt que sur un canapé… En clair, qu’il fallait assumer nos choix. Cela m’amène à considérer que je suis chanceux, car le physique ou la mécanique ne se répare pas toujours aussi bien.

À l’heure où vous lisez ces lignes, j’ai sans aucun doute repris ma place dans le peloton. Comme un cavalier qui remonte sur son cheval après une chute, je ne peux pas vous dire si l’appréhension, voire la peur, était présente, ni si elle le sera si je dois faire face au même contexte que celui de ma chute. J’imagine qu’elle ne sera pas loin, justifiant ainsi une reprise tout en douceur, de toute façon en accord avec le muscle ramolli. Par contre, ce que je sais, c’est que le plaisir de rouler sera toujours là et qu’il agira comme un baume qui efface tranquillement le bobo.

Tombé dans l’oeil

Mes coureurs imaginaires, par Olivier Haralambon, aux éditions Premier Parallèle

Comment fait-il pour être dans leur tête ? Je l’imagine à l’arrière d’un tandem invisible, ressentant tout de celui qui roule devant lui : le frémissement des muscles, la goutte de sueur au front, la fringale proche, la frénésie de la flamme rouge. Olivier Haralambon est capable de comprendre tout ça pour l’avoir vécu en tant que coureur pédalant et souffrant. Les 12 portraits qu’il cisèle présentent des jeunes, adeptes de Facebook, ou des plus âgés, caressant une vieille selle de cuir. Certains ont l’habitude de lever les bras vers le ciel, d’autres sont rentrés avec le gruppetto, satisfaits du travail accompli.

Ces 12 cyclistes ne sont pas nommés, histoire d’éviter les a priori, autorisant un regard plus sincère. On s’en délecte comme d’une bonne côte qui fait mal ou du vent qui siffle dans nos oreilles. L’auteur est un cycliste écrivain ou un écrivain cycliste, peu importe ; on est juste heureux que son obsession de la course cycliste persiste.

Mes coureurs imaginaires, par Olivier Haralambon

Mes coureurs imaginaires, par Olivier Haralambon

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