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Trois facettes de l’Islande à vélo

16-03-2026

Ma compagne et moi arrivons d’Islande. Un pays fabuleux, aux paysages singuliers, façonnés par les volcans et les glaciers. C’est aussi un endroit austère, balayé par le vent, enveloppé par le brouillard, arrosé par la pluie. Pour en découvrir tous les secrets, il faut bien se préparer et s’attendre à faire des compromis.

Premier constat : ce n’est pas l’endroit idéal pour pédaler. En planifiant notre voyage, Isabelle et moi avons réalisé que pour accéder aux plus beaux sites, il faut faire le tour de l’île sur la route alphaltée, mais aussi s’aventurer à l’intérieur des terres, dans les hauts plateaux (Highlands), via les F-roads, ces routes secondaires défoncées, isolées de toute civilisation et truffées de traverses de rivières à gué.

Dans ces Highlands, l’option du bikepacking aurait été possible (avec des vélos de montagne à double suspension uniquement, vu l’état des routes) si nous avions pu dormir au sec, mais les hébergements y sont trop espacés. Coucher en mode camping n’aurait pas été agréable. Avec la pluie quotidienne et les traversées de rivières, nous aurions été trempés en permanence, sous des températures frôlant le gel la nuit.

L’option du tour de l’île sur la route 1 en cyclotourisme, plus facile, a été écartée en raison de l’étroitesse de cette route, de l’absence d’accotement et de la cohabitation forcée avec les camions, autobus et autocaravanes pilotés par des touristes maladroits. Sans compter la pluie et le vent, parfois dantesques.

Il restait l’option de la virée en van life vers les bons spots de vélo de montagne, comme on le fait souvent en Amérique du Nord. Sauf que… les véhicules de location ne peuvent pas circuler sur les F-roads, qu’ils sont trop petits pour y ranger les montures et n’ont même pas de support à vélo.

Nous avons privilégié la randonnée pédestre, meilleur moyen de découvrir l’île. Ça faisait drôle de partir sans nos vélos, pour la première fois en 49 ans ! Il y a cependant toujours moyen de pédaler ; nous avons donc inclus dans l’itinéraire les trois plus belles destinations de vélo de montagne offertes sur l’île, et chacune nous a dévoilé une facette différente de la vie là-bas.

Le vélo de montagne de la vieille école

Après trois semaines passées auprès des Islandais, nous avons compris qu’ils aiment garder les choses simples. Pourquoi faire des ponts routiers à deux voies quand une voie en alternance suffit, même si c’est sur la route principale qui fait le tour de l’île ? La même logique s’applique aux sentiers de vélo. « L’idée a toujours été de laisser les sentiers aussi naturels (moins travaillés) que possible, avec la possibilité de faire du bon vélo de montagne », résume Rannveig Ólafsdóttir, propriétaire de Iceland Bike Farm, l’un des réseaux visités. Ces sentiers naturels ont été tracés par les moutons, plus nombreux sur l’île que les humains, ou par le passage à pied à des fins utilitaires.

Pour apprécier l’expérience, on doit changer son état d’esprit en abordant l’activité comme dans le bon vieux temps, où on avait le plaisir facile, alors que le simple fait d’avoir accès à une piste en pleine nature nous émerveillait. Cela veut dire qu’on paiera le prix en poussant son vélo dans les montées et qu’on devra s’accrocher dans les descentes, parfois cassantes. Il ne faut pas en vouloir aux sentiers, mais plutôt les remercier de nous donner accès à des sites aussi remarquables.


En plus des cyclistes, La vallée de Reykjadalur est fréquentée par les marcheurs, les chevaux et les baigneurs qui profitent de l’eau chaude de la rivière.

Côte sud

Icebike Adventures

Entre fumerolles et sources chaudes

Ce centre nous dévoile l’Islande sous son angle le plus… chaud. La vallée de Reykjadalur est une zone géothermique active, célèbre pour sa rivière aux sources chaudes. Le réseau de sentiers, qui totalise une soixantaine de kilomètres, est utilisé tant par les marcheurs que par les cyclistes. Au moment de notre visite, certains de ces sentiers étaient très boueux. Magne Kvam, le propriétaire de Icebike Adventures, nous a donc orientés vers le sentier le plus prisé des riders, le Hryggur, dont le nom signifie « arête » ou « crête ». Ça augure bien.

Le sentier Hryggur sillonne une crête avant de redescendre le long d’une chute.

Pour y accéder, il faut monter une bonne heure sur le sentier principal, partagé entre les chevaux et les marcheurs qui se dirigent vers les bassins naturels où se mélangent l’eau bouillante qui sort de la terre et celle qui descend des glaciers. Les pentes sont à la limite de nos capacités pulmonaires.

La vallée, magnifique, est agrémentée de cascades et de fumerolles qui crachent leur vapeur. Une fois dépassée la zone où les gens se prélassent dans la rivière, le sentier est à nous seuls. Et aux moutons. Nous longeons le canyon Klambragil, spectaculaire. Nous poussons nos vélos dans une prairie spongieuse, en tutoyant des cratères fumants. Ça sent à la fois l’herbe humide et le soufre.

Nous accédons au sentier Hryggur, une descente de 8 km entrecoupée de quelques montées sèches, impossibles à pédaler. Hormis ces intermèdes de marche, le tracé est parfait. Il nous amène d’une crête à une autre, nous faisant découvrir une suite de paysages saisissants. Le sentier étroit, fait main, légèrement sablonneux, fait penser à ceux de Moab ou de Sedona, arbustes en moins, car la végétation se limite aux mousses qui recouvrent les roches volcaniques.

Le Hryggur se termine par une furieuse descente le long d’une chute, pour nous déposer près de l’arrivée de la mégatyrolienne qui permet de survoler la vallée sur 1 km, tête première, à plus de 100 km/h.

Icebike, avec ses vélos de location de bonne qualité, ses forfaits guidés d’un ou de plusieurs jours et son réseau extensif de sentiers, est le centre qui se rapproche le plus de ce qu’on connaît au Canada. Un forfait de heli-biking est même offert pour la clientèle des enduristes experts !


Iceland Bike Farm accueille les cyclistes dans deux chalets douillets, sur un terrain de 11  000 hectares.

Iceland Bike Farm

Le vélo à la ferme

Non loin du village de Kirkjubæjarklaustur (les Islandais sont contents quand ils pigent des K et des J au Scrabble, même s’ils ne valent que deux et cinq points), nous découvrons la vie à la ferme. Le ton est donné dès notre arrivée, lorsque deux border collies nous accueillent. Rannveig Ólafsdóttir, la propriétaire, nous présente la ferme Mörtunga, où elle a grandi, que la famille occupe depuis cinq générations. De magnifiques chevaux s’ébrouent dans leur enclos. Deux petits chalets douillets hébergent les visiteurs. À côté, l’ancienne bergerie a été réaménagée avec goût. Elle offre des toilettes, des douches et un sauna, ainsi qu’un espace pour préparer un repas ou se détendre, à même l’atelier de vélo.

Le circuit de vélo, qui fait le tour du vaste domaine de 11 000 hectares, compte un peu plus de 12 km et peut être prolongé avec des options ludiques ou panoramiques. Il commence par un chemin de ferme où un groupe de moutons met du temps à comprendre qu’il vaut mieux nous céder le passage plutôt que de fuir éperdument devant nous. Nous traversons à gué un ruisseau devant une immense chute. Nous bifurquons ensuite sur le sentier appelé Flow Trail : une descente douce à flanc de montagne, minimaliste comparée aux pistes flow trails, ultra travaillées, qu’on trouve en Amérique.

De retour sur la piste principale, nous grimpons vers un haut plateau. Le regard embrasse la vallée, splendide malgré le petit crachin qui nous pique les yeux. En contrebas, un pêcheur lance sa ligne dans la rivière. Au-dessus de lui, les montagnes sont recouvertes de velours, dans toutes les teintes de vert imaginables, sur fond de cendre volcanique.

Après une longue ascension, nous longeons un canyon sur un sentier encaissé, usé par d’innombrables passages de moutons. Quelques kilomètres de belle descente suivent, sur une piste étroite qui se faufile à travers champs, ponctuée de quelques traverses de rivières. Nous évitons au début de nous mouiller les pieds, car même si nous sommes en août, il fait à peine 8 °C. Mais plus nous nous approchons de l’arrivée, plus la pluie s’intensifie et nous éclabousse. Nous revenons à la ferme trempés mais comblés, la tête remplie d’images inoubliables, et convaincus de l’énorme potentiel de ce site, que Rannveig veut continuer à faire grandir.


Dans les montagnes des fjords de l’est, le poussage ou le portage du vélo fait partie de l’activité.

Fjords de l’Est

Fjord Bikes

Les montagnes sauvages

Dans le village de Borgarfjörður Eystri, en marge des itinéraires habituels, c’est l’Islande des fjords qui se dévoile, sauvage et impressionnante. Loin des foules de touristes, la vie s’écoule lentement dans ce petit port de pêche, dont la principale attraction est une colonie de macareux, ces oiseaux marins si mignons avec leur bec coloré. La randonnée pédestre y est renommée, en particulier le sentier Stórurð, un passage obligé. Le vélo de montagne y gagne aussi en popularité, grâce aux efforts d’Árni Magnusson, qui développe son entreprise de guidage et de location tout en créant de nouveaux sentiers.

Nous le suivons sur l’un des itinéraires qu’il propose. Il nous avait prévenus que les Islandais étaient les rois du poussage de vélo et que le sentier d’accès était très pentu. Il ne mentait pas. Nous poussons péniblement nos vélos le long d’un petit ruisseau, obnubilés par l’idée de rebrousser chemin. La bonne humeur de notre guide nous motive à continuer, pour voir ce qui se cache de l’autre côté de cette montagne.

Nous sommes bientôt récompensés par une vue plongeante sur une anse sauvage et une vallée verdoyante. Árni raconte que sa grand-mère est née dans une ferme au creux de cette baie. Le sentier que nous foulons servait à acheminer la poste dans ces fermes, qui ont disparu depuis. Les montagnes appartiennent maintenant aux rennes, aux moutons et à quelques marcheurs. Si les projets d’Árni se concrétisent, les cyclistes y seront bientôt plus nombreux. Il nous décrit le tracé du sentier qu’il projette, qui longera les courbes de niveau pour éviter les portages.

Nous empruntons le singletrack sur lequel il travaille actuellement pour accéder à une crête haut perchée, où s’amorce une descente de plusieurs kilomètres, avec une vue imprenable sur la mer de Norvège, sur le fjord au nom imprononçable et sur les sommets enneigés. Nous roulons en alternance sur des pistes doubles, des passages rocheux et des sections étroites sur fond de schiste débité en plaques fines, qui sonne comme de la céramique cassée sous le passage des pneus. Lorsque cette descente sera aménagée intégralement en piste étroite comme Árni l’envisage, ce sera sublime.

En retournant vers le village, nous discutons du potentiel de développement des sentiers. L’Islande est au même stade que l’était le Québec il y a 15 ans, avant que le produit prenne forme puis mûrisse. Nos saisons sont à peu près les mêmes. La faible population et les grandes distances entre les villes constituent les principaux freins au développement. Le terrain, les paysages et un afflux important de touristes sont des atouts indéniables. Si nous nous fions au dynamisme des intervenants que nous avons rencontrés, l’Islande pourrait connaître un essor semblable à celui du Québec et figurer un jour sur la liste des destinations incontournables de vélo de montagne.

Les trois centres louent des vélos de qualité, et il est donc préférable de réserver sa monture

Repères

Un voyage en Islande demande des préparatifs soigneux, longtemps à l’avance. Transporter ses vélos là-bas est plus compliqué qu’ailleurs. Les véhicules de location sont petits et il est difficile de trouver des supports à vélo. Il est donc beaucoup plus simple de louer sa monture sur place.

  • Les trois centres visités proposent des vélos de qualité en location, musculaires et électriques (modèles récents Scott et Specialized). Les flottes étant réduites, il est conseillé de réserver pour s’assurer d’avoir un vélo à sa taille. Pensez à apporter votre casque, vos chaussures et vos pédales.
  • Prévoyez des vêtements pour la pluie et pour des températures variant entre 0 et 15 ⁰C, avec des vents parfois très forts. Juillet et août sont les mois les plus achalandés. Juin et septembre sont aussi envisageables, mais les températures sont plus froides, avec des possibilités de neige.

 

Icebike Adventures

Iceland Bike Farm

Fjord Bikes

Photos : Gilles Morneau

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