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Québec

Outaouais : bastion du vélo de gravelle

02-04-2021

Circuit Le Pontiac, tous à l’Ouest © David Richere

Wakefield n’est pas qu’un village pittoresque de l’Outaouais, c’est aussi un carrefour cycliste très fréquenté. Cinq minutes sur une des terrasses des nombreux cafés ou pubs de l’endroit suffisent pour le constater: il y a du trafic à pédales sur le chemin de la Rivière. De petits pelotons de cyclos rentrent de leur sortie du dimanche, des couples préparent leur bécane en vue de la leur, des touristes vont et viennent au guidon de leur ronronnante monture à assistance électrique.

À la boulangerie artisanale Pipolinka, au cœur du village, je tends l’oreille: deux rouleurs conversent dans un bilinguisme full Canadian, chose courante dans le coin. Ça jase beau temps, faits d’armes… et garnotte. «Depuis que je me suis acheté un gravel bike, je ne roule presque plus sur la route. On dirait que je redécouvre mon sport», affirme (en substance) l’anglophone. Son interlocuteur francophone, qui bave d’envie, multiplie les questions: «Où? Comment? Avec quoi? Et la circulation? Ah ouin, y en a pas!?» Il jette un regard oblique sur son vélo de route. Ainsi naît un nouveau besoin.

L’anecdote fait sourire. Pourtant, elle en dit long sur les mœurs cyclistes locales. Le vélo toute-route s’est taillé une place de choix sur les deux rives de la rivière des Outaouais, où se donnent rendez-vous les mordus de la discipline. La Eastern Canada Gravel Cup, une série de cinq courses qui fait la part belle aux chemins de traverse, se tient du côté ontarien depuis l’année dernière. C’est la première du genre au pays. Dans la même veine, il y a aussi la Ride of the Damned, une randonnée cycliste de 120 ou 180 km qui met à l’honneur les abords de la rivière Gatineau.

Des routes bien nommées

Et il y a les clubs cyclistes locaux. Le lendemain, je pars de Wakefield avec la ferme intention de broyer du gravier. Direction: Low, par la rive orientale de la Gatineau. De là, je pique vers le bled perdu de Fieldville, puis retour vers Wakefield via les lacs Bernard, Johnston et Mahon, pour une boucle d’environ 70 bornes à 80% non pavée. Quelques kilomètres à peine après m’être élancé sur la caillasse, je sens une présence dans mon dos: huit membres du groupe cycliste Bike and Beer (l’ordre est important) ont manifestement eu la même idée que moi.

Je fais plus ample connaissance. L’un d’eux m’explique avoir intégré le vélo de gravelle dans sa pratique depuis peu, comme l’ont fait à peu près tous ses compagnons de route. «C’est la première saison pendant laquelle nous planifions de telles sorties sur une base régulière. Nous allons de belle surprise en belle surprise», me raconte-t-il. La conversation dévie rapidement sur le matériel ; mon nouvel ami, qui étrenne un Hatchet de Devinci, jure avoir trouvé LA combinaison idéale de pneus de gravel bike, du moins pour les chemins de la région. Je vous la donne en mille: des 35 mm tubeless et légèrement nervurés, qu’on se garde de trop gonfler, précise-t-il.

Votre humble serviteur a pour sa part opté pour des 28 mm, montés sur sa bécane de route de surcroît. Une décision audacieuse, diront les plus polis. Un plan de m***, ai-je plutôt le goût de décréter. En Outaouais, les routes de garnotte portent bien leur nom: elles sont gravillonnées à souhait, avec tout plein de petits cailloux poussiéreux qui agissent comme du papier sablé. Y rouler demande pas mal de jus de mollet et une lecture impeccable de la trajectoire à emprunter, sous peine de s’enliser. Les montées, jamais bien longues, exigent néanmoins de maîtriser le coup de pédale style moulin à café, une marque déposée des adeptes de vélo de montagne. Et les descentes? N’en parlons pas, voulez-vous?

Le côté obscur du parc

S’entraîner dans le parc de la Gatineau est chose courante chez les cyclistes de l’Outaouais. On ne se trompe pas: avec ses chemins tranquilles, sa nature abondante et son relief généreux, le parc fédéral rend fort plaisante même la plus banale des randonnées. Il ne faut toutefois pas oublier que les 361 km2 de collines et de forêts qui le composent valent mieux plus qu’une petite vite de soir de semaine. Au-delà du lac Meech, au nord de Gatineau, on se retrouve dans ce que les locaux nomment parfois «le côté obscur du parc». Dans ces secteurs peu fréquentés, car excentrés, une profusion de sentiers se prêtent bien à du gravel bike un peu plus atypique.

De Chelsea, je rallie Sainte-Cécile-de-Masham par les pistes 53 et 51 du parc de la Gatineau, entre les stationnements P17 et P19. Ces sentiers sont en théorie réservés aux marcheurs et aux cyclistes de montagne. Il n’y a toutefois aucun problème si vous les empruntez en vélo de garnotte, m’a-t-on précisé plus tôt au centre des visiteurs, d’autant plus qu’ils sont faciles et roulants. L’expérience, remplie d’obstacles à contourner au sol et de virages peu prononcés, se rapproche alors de celle du vélo de montagne. Pour les plus dégourdis, sachez que le parc compte 90 km de sentiers «officiellement» partagés, accessibles aux adeptes de pneus cramponnés, avec ou sans suspension. Non, s’y aventurer en 28 mm n’est pas une bonne idée…

Le retour s’effectue par le chemin Eardley-Masham, en direction de Pontiac et de Luskville, pour une boucle d’environ 80 km à 60% non pavée. Je couronne cette escapade par une saucette sur la piste 1, la colonne vertébrale du secteur sud du parc de la Gatineau, qu’elle scinde sur une vingtaine de kilomètres à partir de Old Chelsea. Hormis les premiers hectomètres tout en raidillons infâmes, on se rend aux alentours de la chute de Luskville assez facilement. Tanné? Fatigué? Un pépin mécanique? Plusieurs portes de sortie ponctuent l’itinéraire, comme celle que j’emprunte pour aboutir au très couru belvédère Champlain. Je mérite ma descente sur le bitume, que je déguste avec un sourire de totale satisfaction plaqué sur le visage. C’en était une belle.


Ce voyage a été effectué grâce à Tourisme Outaouais, qui n’a pas revu cet article.

Pour se relaxer Nordik Spa-Nature

Le plus grand spa en Amérique du Nord se trouve à Chelsea (!), à un jet de pierre du parc de la Gatineau. On profite de ses nombreux bains pour se refaire une paire de jambes toutes neuves en vue du lendemain. Le bassin Källa, contenant ses 10 tonnes de sel d’Epsom, vaut tout particulièrement le détour. On y dérive lentement dans un sommeil des plus réparateurs. chelsea.lenordik.com

Pour dormir Fairmont Le Château Montebello

Le très pittoresque hôtel en bois rond est une valeur sûre. On y séjourne pour la qualité de sa table, son grand confort et sa riche histoire, bien mise en valeur. Appelé aussi le Log Château, qui a ensuite adopté le titre de Seigniory Club, il a été érigé en 1930 sur la terre des Papineau afin d’attirer une clientèle prestigieuse. On raconte que ses concepteurs ont tout fait pour ne pas se faire embêter par le monde extérieur, comme de retrancher deux mètres à leur piscine afin qu’elle ne soit pas de standard semi-olympique (elle fait 23 m au lieu de 25 m). fairmont.fr/montebello

Pour mouliner en douceur Parcours Louis-Joseph Papineau

Ce chemin en poussière de pierre relie Saint-André-Avellin à Saint-Sixte. Long d’environ 14 km, il serpente dans les champs et forêts des environs. L’itinéraire assez plat offre quelques jolis points de vue ruraux – fermes, grosses balles de foin, machinerie agricole et tutti quanti. Une balade pour s’initier doucement au vélo de garnotte.

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