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Entraînement

Ensemble, on va plus loin

11-03-2020
rouler en groupe

Pédaler en groupe permet à la fois de combattre la monotonie et de devenir un meilleur cycliste. Pourquoi s’en priver?

 

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Tous les jours, Karine Larose constate de visu l’efficacité de l’entraînement en groupe. Son «laboratoire», cependant, n’a rien d’un peloton cycliste: Karine Larose est directrice des communications chez Nautilus Plus, un réseau de 39 centres de conditionnement physique disséminés à travers le Québec. «Le gym est une place parfaite pour étudier ce phénomène. On y donne quotidiennement des cours, notamment de cardiovélo (spinning), qui misent spécifiquement là-dessus», indique celle qui a d’ailleurs consacré sa maîtrise en kinanthropologie à ce sujet.

Dans son mémoire, Karine Larose s’est intéressée à l’influence de l’encadrement personnalisé sur l’assiduité des personnes qui fréquentent de telles adresses. Parmi les variables étudiées, la simple présence de pairs ressort clairement comme un élément qui facilite la motivation à l’entraînement. «S’entourer de gens qui partagent les mêmes objectifs que soi est bénéfique. Être attendu, se commettre, mais aussi se le faire mettre sous le nez quand on ne se présente pas, c’est immensément motivant», souligne-t-elle en entrevue avec Vélo Mag.

Bien sûr, il n’est pas obligatoire de s’enfermer entre les quatre murs d’un centre de conditionnement physique pour profiter de cet effet. Rouler avec les copains, s’abonner à son club cycliste local ou «zwifter» dans un univers virtuel peuplé de rivaux sont diverses manières d’assurer une certaine régularité à l’entraînement. Une étude publiée en 2015 dans le British Journal of Health Psychology établit que la présence d’un compagnon d’entraînement augmente significativement le volume d’exercice accompli. L’effet est encore plus marqué si ce compagnon fait preuve d’enthousiasme.

Réserve physiologique

 

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Ceux pour qui la motivation n’est vraiment pas un problème (comme l’auteur de ces lignes) ne sont pas en reste: s’entraîner en groupe permet également d’atteindre des niveaux de performance insoupçonnés. Cela s’explique par notre tendance naturelle à appuyer davantage sur les pédales en présence de compétiteurs, fait valoir Karine Larose. «Dans un groupe, on se pousse plus, surtout à très haute intensité. On chatouille des zones auxquelles on n’accède pas aussi facilement quand on est seul», note l’experte.

Les compétiteurs en question n’ont même pas besoin d’être réels. C’est ce que rapporte une recherche parue en 2011 dans les pages de Medicine and Science in Sports and Exercise et qui a confronté des cyclistes à des avatars aussi rapides qu’eux. Dans les faits, les adversaires virtuels représentaient leur meilleure performance lors d’une étape précédente de familiarisation. Peu importe: les cobayes ont réussi à maintenir une puissance moyenne légèrement plus élevée, grâce entre autres à une plus grande contribution de la filière anaérobie en seconde moitié d’épreuve (un 2km à fond).

À la lumière de ces résultats, les chercheurs concluent à l’existence d’une réserve physiologique accessible en situation de saine émulation. Même un incitatif financier n’a pas cet effet, confirme une autre étude similaire publiée en 2007 dans cette même revue scientifique. Entre l’argent et un partenaire d’entraînement, le choix est clair: optez pour le second, vous deviendrez un meilleur cycliste.

Une anecdote

La facilitation sociale de Norman Triplett

En 1898, le psychologue américain Norman Triplett observe une tendance fascinante chez les coureurs cyclistes : ceux-ci semblent être plus efficaces en présence de concurrents que quand ils sont seuls. Le scientifique avance alors plusieurs théories distinctes pour expliquer ce phénomène, dont celles de la «succion» et de l’«abri» (aujourd’hui, on dirait aspiration). À ses yeux, toutefois, les meilleures performances des cyclistes sont dues à l’effet dynamogène des adversaires. Ou, comme l’écrit ce pionnier de la psychologie sociale: «La présence physique d’un adversaire constitue à elle seule une stimulation de l’esprit de compétition […], un moyen d’accéder à de nouvelles ressources […], une incitation à fournir un plus grand effort.» Son instinct est juste: peu après, il prouve le phénomène de facilitation sociale.

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