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Santé

Vélo sur ordonnance

22-12-2018
Ordonnance velo

« Prendre une dose de vélo par jour. Répéter le lendemain. » Des médecins québécois prescrivent la petite reine comme on prescrit un médicament. Au grand plaisir de leurs patients

Denis Betournay se souviendra toujours de ce jour de janvier dernier où son cœur a démissionné. «J’étais en visite à l’Institut de cardiologie de Montréal pour un examen de routine. Lors d’un test à l’effort, j’ai tout de suite su que quelque chose clochait », raconte l’homme de 65 ans. À peine deux minutes après le commencement de l’épreuve, il ressent un serrement dans le thorax. Il apprend peu après qu’il souffre d’angine de poitrine. Les artères qui irriguent son cœur sont bloquées de 70% à 90%, ce qui empêche ce dernier de recevoir suffisamment d’oxygène. Un mois plus tard, il s’allonge sur une table pour subir un triple pontage. L’opération chirurgicale est un succès.

Une fois remis sur pied, hors de question pour lui de se la couler douce. Au contraire, son toubib l’oblige à s’inscrire au Centre Épic de l’Institut de cardiologie de Montréal, où on offre de nombreux services en matière d’activité physique, de nutrition et de soins préventifs. Là-bas, il apprend à gérer son stress, à mieux s’alimenter. Mais, surtout, il en pédale un bon coup! «Depuis juin, je m’y rends deux fois par semaine pour une classe de spinning. Pendant une demi-heure, une kinésiologue nous fait alterner entre de courts efforts intenses de 15 à 30s et des périodes de récupération équivalentes, décrit-il. Je trouve ça formidable. Je ne vois pas le temps passer ! »

Avantage vélo

Ordonnance velo

Denis Betournay fait partie des quelque 2000membres du Centre Épic aux prises avec une pathologie. Comme à plusieurs de ses semblables, on n’a toutefois pas hésité à lui prescrire de l’entraînement par intervalles (EPI) sur vélo. «Nous nous intéressons à cette approche depuis maintenant plusieurs années. Nos recherches démontrent qu’en outre de s’avérer plus efficace qu’une séance en continu, l’EPI est plus apprécié, car considéré comme plus ludique», explique le cardiologue Martin Juneau, de l’Institut de cardiologie de Montréal, qui dirige le Centre Épic depuis plus de trente ans. Lorsqu’on leur donne le choix, environ deux patients sur trois jettent leur dévolu sur l’EPI, soutient-il.

EPI ou continu, peu importe: le vélo est souvent une option privilégiée par les professionnels de la santé. Même si moins de masses musculaires sont impliquées qu’à la course ou à la marche, ce qui en fait une activité moins «complète», l’action de pédaler comporte plusieurs avantages qui lui sont propres. Très douce pour le corps, elle est tout indiquée chez ceux qui souffrent de problèmes d’ordre articulaire ou musculosquelettique. C’est d’ailleurs ce qui explique pourquoi il est plus facile d’y augmenter les charges d’entraînement que dans la majorité des autres sports. «Comparativement à la course à pied, où les blessures ne sont jamais bien loin, à vélo, on peut rapidement progresser», confirme l’auteur de l’ouvrage Un cœur pour la vie (Trécarré).

 

L’effet d’une ordonnance

Ordonnance veloDepuis 2015, les médecins de famille québécois ont l’autorisation de prescrire de l’activité physique dans le cadre d’un partenariat de trois ans avec le Grand Défi Pierre Lavoie. Concrètement, des blocs d’ordonnances ont été distribués à tous les médecins de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), blocs qui servent à prescrire des « cubes énergie», des unités de 15 minutes d’activité physique. Selon Serge Dulude, directeur de la planification et de la régionalisation à la FMOQ , la symbolique de ce geste d’apparence anodine est forte. «Il ne faut pas sous-estimer l’effet d’une ordonnance», souligne-t-il

Plus de deux ans après cette annonce – une première mondiale à l’époque –, il est toutefois impossible d’en évaluer les retombées, la FMOQ ne tenant pas de statistiques à cet effet. Idem quant au contenu des prescriptions. «J’ignore si mes collègues ont prescrit du vélo ou toute autre forme d’activité physique à leurs patients. […] La réception lors de l’annonce a été bonne, mais soyons réalistes: les perceptions ne changent pas du jour au lendemain, surtout chez les vieux docteurs», avoue Serge Dulude.

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