Mon Tulipp sur le terrain au cours d’un périple entre Turin et Nice
(2025)
Avais-je besoin de remplacer mon vélo qui m’a accompagné à travers le monde ? Non. Ça ne m’empêchait pas de regarder ailleurs. Mais aucun nouveau modèle ne répondait à tous mes nombreux critères. « Fais-toi-z’en construire un sur mesure, t’es rendu là ! » m’a lancé l’ami cycliste Benoit Simard. C’est ce que j’ai fait.

Mathieu Latulippe
Mon choix s’est arrêté sur Mathieu Latulippe, la tête et les mains derrière Cycles Tulipp, à Montréal. « Avec le client, j’évalue ses besoins en fonction de ce qu’il aimerait changer sur son vélo préféré ou de ce qu’il n’a pas aimé sur un autre », m’expliquait-il. Le résultat : une géométrie et des tubes d’acier adaptés au cycliste et à sa pratique.
À même pas 30 ans, le jeune entrepreneur termine un doctorat en génie mécanique tout en consacrant des dizaines d’heures chaque semaine à Cycles Tulipp. Certains de ses clients ont des morphologies atypiques ou des limitations physiques, tandis que d’autres cherchent simplement un produit unique et élégant. « J’aime autant le moment de la conception que l’étape de la fabrication », indique Mathieu pendant l’une de nos nombreuses discussions.
Répondre à des demandes pointues
« Tes demandes sont un peu plus poussées que la moyenne », avoue Mathieu, souriant et délicat. En fait, je souhaitais une combinaison cadre et fourche avec des câbles internes pour la dynamo et le système d’éclairage. Également un guidon courbé, un plateau unique, un dérailleur de vélo de montagne et une cassette 12 vitesses de 52 dents.
Mes courtes pattes – normalement, ma monture est de taille S ou M – ont conduit au choix d’un tube horizontal incliné, pour éviter que ma voix vire à l’aigu en posant le pied à terre. Pour cette même raison de la taille, j’ai opté pour des roues 27,5 po (ou 650b), mieux proportionnées au cadre. Le vélo est couvert d’œillets afin de pouvoir ajouter des garde-boue (que je n’accrocherai pas avec mes pieds), des porte-bagages et tous les sacs possibles de bikepacking. Je ferai confectionner plus tard un sac de cadre qui sera vissé, donc sans élastique ni bande Velcro. Un rayon de rechange a été fixé sur le hauban gauche du vélo grâce à une petite attache soudée au cadre. Enfin, des tubes Reynolds 853, plus fins et à l’épaisseur variable, m’ont permis de réduire le poids par rapport aux vélos classiques de cyclotourisme.
- De multiples œillets permettent de fixer garde-boue et porte bagages.
- Un tube horizontal incliné facilite le passage de mes petites jambes.
Imaginer ce nouveau vélo m’a procuré autant de plaisir que de l’avoir en main. Qui plus est, la majorité des collaborateurs habituels de Mathieu Latulippe travaillent à distance cyclable de son atelier du quartier Chabanel. Pensons à Louis-Robert, de la Station 210, qui s’occupe des roues, à Joey, d’Insayne Kustomz, qui peint des vélos, puis à Peter, chez Gurp, et Renaud, de l’atelier La Chaudière, qui confectionnent des sacs.
Les couleurs d’Insayne Kustomz
Joey Sivilla est un artiste peintre qui peint des cadres de vélo et qui en a fait sa spécialité. Il a appris cet art singulier chez Guru Cycles, une entreprise québécoise spécialisée, dès 1993, dans la fabrication de vélos haut de gamme sur mesure affichant des peintures uniques.
« J’ai commencé à 18 ans, en 1999 », raconte-t-il dans son atelier étincelant de Terrebonne, un investissement de 250 000 $. « J’ai été balayeur avant de devenir sableur. C’est le travail le plus salissant. Et je rentrais à la maison avec des ampoules. » Joey Sivilla saute sur chaque occasion d’apprendre. Il acquiert ainsi de nouvelles connaissances sur la peinture, puis sur le vernis, qu’il considère comme l’étape la plus importante. « Le vernis donne vie à la peinture ou la tue », estime-t-il.
Chez Guru jusqu’à sa fermeture, en 2016, Joey Sivilla se perfectionne. Un client impressionné par un travail de 80 heures s’exclame : « It’s an insane custom paint job! » [C’est un incroyable travail de peinture personnalisée !] Le nom de sa future entreprise est ainsi trouvé.
Depuis 2017, le bouche-à-oreille et Instagram font croître la renommée d’Insayne Kustomz. Joey produit de temps en temps des revêtements en poudre, une couleur unie particulièrement résistante, puisque cuite sur les cadres d’acier. « Mais la peinture liquide est bien plus intéressante », fait-il valoir. Muni d’éponges et d’aérographes, mélangeant peintures et diluants, il arrive à reproduire toutes les couleurs et brillances.

Joey Sivilla peut reproduire exactement la teinte que vous désirez.
À l’aide d’un spectrophotomètre, il établit un code de peinture de base puis procède à de multiples combinaisons et essais au pistolet sur divers objets afin d’obtenir une correspondance précise de la teinte recherchée. Il peut en outre créer des motifs et textures si complexes que chaque cadre est une création artistique. « Je ne mets aucune limite de temps pour un projet, dit-il. Mon objectif est toujours le même : le client doit sourire en voyant son vélo. »
L’artiste du pistolet à peinture répare également les cadres en carbone, allant jusqu’à passer les fibres à l’ultrason pour localiser les craques cachées. Aussi, comme la majorité des clients désirent conserver la marque originale du cadre, il a accumulé au fil des ans une banque de quel-ques milliers de logos.
Il faut s’attendre à débourser de 675 $ à 3 000 $ pour une création qui attirera les regards. La liste d’attente de Joey Sivilla, qui ne cesse de s’allonger, démontre que, pour de plus en plus de cyclistes, un vélo offre le potentiel d’être aussi une véritable œuvre d’art.
***
Aussitôt mon Tulipp prêt, je me suis sauvé pour une traversée des Alpes italiennes. Entre cols rocailleux et descentes en épingle, il s’est montré sans faille. Benoit avait raison : j’étais rendu là.
Vous voulez votre Tulipp ?
Un cadre Tulipp sur mesure, peinture incluse, est vendu 2279 $.
Une monture personnalisée, soit un cadre avec fourche en carbone ou en acier,
quelques composants comme un collet de tige de selle, un jeu de direction et la visserie, coûte 2999 $.
Un vélo complet – de gravelle, de route ou de montagne – se détaille à partir de 4500 $.
Pour en apprendre plus sur Mathieu Latulippe et ses cadres,
écoutez l’épisode 15 du balado Encycliques sur YouTube.
Pour mieux connaître Cycles Tulipp
Pour découvrir le travail d’Insayne Kustomz
Photos de Jonathan B. Roy
