Québec

Rénover le Tour?

David Desjardins
David Desjardins - 09/06/2017

Les gens de ASO devraient prendre des notes : le Giro, même lorsqu’il ne livre pas toute la marchandise, est bien meilleur de n’importe lesquelles des dix dernières éditions du Tour de France.


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Et c’est sans doute parce que le Tour est figé dans une structure de course qui le rend un peu prévisible et ennuyeux.

Prenez ce Giro qui se terminait il y a quelques jours. La victoire s’y est beaucoup jouée au contre-la-montre. C’est de plus en plus souvent le cas des grands tours : ce sont les épreuves en solitaire qui font la différence, au final. En particulier au Tour de France : suffit de constater l’écart monstrueux lors des clm entre un Froome et un Romain Bardet pour s’en convaincre.

Alors pourquoi cette finale de Giro était-elle plus excitante que toutes celles du Tour depuis je-ne-sais-pas-combien-d’années ? Aussi à cause du contre-la-montre.

Le Tour semble avoir depuis longtemps bétonné l’idée que la finale vers Paris serait consacrée aux sprinters, mais plus encore à regarder l’équipe gagnante débarquer en jaune dans les banlieues de la Ville Lumière, sirotant du champagne avant de donner quelques symboliques derniers coups de pédale…

Je ne vous dis pas que tout le monde s’y gratte le chamois. Il y a bien une course. Du moins, après le défilé des vainqueurs pour le bonheur des caméras et du commanditaire de vêtements qui a fait faire des ensembles spéciaux pour toute l’équipe. Mais elle n’a aucune incidence sur le final. Et si jamais le meneur tombait, vous verriez bien vite le peloton neutralisé pour l’attendre. Déjà que Froome arrête tout le monde quand ses lieutenants se font bobo, imaginez s’il s’agissait de lui.

Dans ce Giro, comme dans celui de 2012, remporté par Ryder Hesjedal, nous avons eu une course jusqu’au dernier moment. Bon, peut-être pas super excitante jusqu’à la toute fin, puisqu’on a rapidement vu que Nairo Quintana allait s’effondrer sur son vélo de TT. Mais tout était encore possible : une chute, une erreur de pilotage dramatique, un problème mécanique. Toutes des choses qui auraient pu coûter la victoire à Tom Dumoulin. Au dernier moment.

À quand remonte, au Tour,  un souvenir de la sorte, et dont les gardiens des gloires anciennes (aussi nommés vieux radoteux) parlent encore ? La fois où Laurent Fignon perdait le maillot jaune, aux mains de Greg Lemond, par quelques secondes? C’était en 1989. La moitié de l’actuel peloton n’était pas née.

Or, avec une équipe surpuissante comme Sky aux commandes, le Tour est souvent emballé avant même les dernières épreuves de montagne. Oh, il reste bien quelques incertitudes ici aussi, mais tandis que ce Giro gagnait en intérêt au fil des jours au lieu de s’étioler, je me surprends, depuis quelques étés, à m’éloigner du Tour dans sa dernière semaine, sachant que l’équipe du meneur n’a qu’à gérer la fin pour gagner. Et le dernier jour, je pars rouler, ou je fais du ménage, ou l’épicerie, ou n’importe quoi, en fait, après avoir regardé la course des filles qui, heureusement, réchappe cette journée de parade.

Bref, depuis des mois, les analystes se fendent en quatre pour proposer des formules à ASO afin d’empêcher des équipes survitaminées (parce que bourrées de fric) de dominer outrageusement l’épreuve. Me semble que si on commençait par essayer de renouveler un peu le rythme de la course, ce serait un début. Les pavés, il y a quelques années, c’était déjà un peu ça. Pourquoi pas changer le final à Paris, maintenant ?
 


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