© Gabrielle Anctil
Tout doucement, la chaucidou encourage les automobilistes à ralentir et à laisser la priorité aux gens à pied et à vélo. Coup d’œil sur cette infrastructure innovante.
Depuis l’été dernier, il y a à Bromont quelque chose qui – pour les geeks d’urbanisme comme moi – est bien plus intéressant que le vélodrome multisports qui attire généralement l’attention. Il s’agit d’un tronçon de route de 1 km de long au nom tendre : la chaucidou.
Implantée sur le chemin de Lotbinière, la chaucidou est un projet pilote, fruit du travail passionné de gens comme le directeur de la planification et de la gestion de la mobilité chez EXP, Éric Léonard. C’est justement lui que je rejoins au Centre national de cyclisme de Bromont par un bel après-midi d’août, où nous empruntons des bicyclettes dans le but d’aller visiter son œuvre.
Après quelques minutes à rouler sur un charmant sentier de sous-bois, nous y sommes : j’ai sous les yeux la toute première « chaussée à voie centrale bidirectionnelle » – c’est ainsi qu’elle est décrite dans les documents officiels – du Québec.
Imaginez une route de campagne bordée de champs et de jolies maisons. Au sol, à 1,5 m de la bordure de la route, de chaque côté, sont dessinées des lignes en pointillés blancs. Ces pointillés délimitent la zone réservée aux personnes à pied et à vélo, des pictogrammes de piéton et de vélo marquant d’ailleurs le début de l’infrastructure. Au centre, une voie de circulation de 3 m de large – une seule – est destinée aux automobilistes. L’innovation ? Cette voie, qui fait la largeur d’une voiture, est à double sens. Comment éviter que les véhicules automobiles n’entrent en collision frontale ? Les règles de la chaucidou sont simples : la priorité est toujours aux gens à pied et à vélo. Si deux automobilistes se rencontrent, ils doivent se ranger le plus à droite possible en empiétant sur la voie réservée – en s’assurant bien sûr de ne foncer sur personne, ou d’attendre qu’une voie se dégage s’il y a quelqu’un dans la voie des piétons et des cyclistes.
Sur place, nous restons un moment à observer le ballet des dépassements et des croisements. Bien que la voie ait été inaugurée il y a à peine quelques semaines, tout le monde semble comprendre comment circuler. « On compte ici environ 600 déplacements automobiles par jour », m’indique Éric Léonard. « Et la proportion de marcheurs et de cyclistes est très élevée. Quand on se déplace en voiture, on va systématiquement croiser des usagers actifs, mais pas nécessairement une autre voiture. » Voilà tout l’attrait de ce type d’aménagement : il convient parfaitement à ces routes peu passantes où les moyens de transport sont variés.
Si les chaucidous sont populaires en France, au Québec, Éric Léonard et ses collègues ont dû trimer dur pour faire approuver ce petit tronçon. D’abord bloqué par le ministère des Transports, le projet a finalement été accepté, car il « rejoint la volonté du gouvernement de voir des solutions innovantes se multiplier rapidement à travers le Québec pour faciliter le développement responsable de la mobilité », rapportait La Presse l’été dernier.
Alors que nous roulons sous le soleil de fin de journée, Éric Léonard souligne que la route relie plusieurs pistes cyclables de la région, se révélant dès lors un endroit parfait pour tester une nouvelle signalétique. Une équipe de recherche de Polytechnique Montréal est d’ailleurs chargée de produire un rapport d’évaluation d’ici quelques années.
Dans les dernières années, des projets pilotes concluants ont été tenus à Ottawa, au Vermont et au New Hampshire, mentionne mon guide : « Il était temps que ça arrive chez nous ! »
La chaucidou, la chauci-quoi ?
Acronyme formé par les éléments initiaux des mots «chaussée », « circulation » et « doux », le terme chaucidou désigne un type d’aménagement visant à apaiser la circulation sur des routes peu fréquentées. À la campagne comme en ville, les chaucidous permettent de conserver la circulation à double sens sur les routes étroites — sur une voie unique — tout en augmentant la sécurité des gens à pied et à vélo. À Bromont, le chemin de Lotbinière fait 6 m de large : 1,5 m de chaque côté pour les déplacements actifs, et 3 m au centre pour les véhicules automobiles. La vitesse maximale sur les chaucidous ne doit pas excéder 50 km/h.
