L’intersection Saint-Denis–Rosemont du REV possède plusieurs éléments d’une infrastructure cycliste triple A : un îlot de virages à droite fermé, une protection par bordure de béton, des feux spécifiques pour les cyclistes, une ligne d’arrêt avancée, un marquage évident de l’emplacement de la piste. Des Bixis, des jeunes et des femmes l’utilisent. © Vélo Québec
Vous rêvez de voir des cyclistes de tous âges rouler sur votre piste cyclable préférée ? Ce rêve a un nom : l’approche triple A.
Il n’y a pas que les steaks qu’on qualifie de triple A, les pistes cyclables aussi peuvent obtenir cette délectable cote. Et pas besoin de les recouvrir de sauce pour y parvenir : il suffit d’être un endroit où tous les types de cyclistes peuvent pédaler quels que soient leur âge ou leurs capacités physiques. Rien que ça…
Ce AAA réfère à l’expression all ages and abilities – tous âges et capacités – promue par la National Association of City Transportation Officials, une association nord-américaine. En implantant des infrastructures qui correspondent à ce critère, les villes pourront « améliorer la sécurité routière, réduire les embouteillages, améliorer la qualité de l’air et la santé publique, fournir un accès meilleur et plus équitable aux emplois et aux opportunités, et soutenir les économies locales », écrit l’organisme pour expliquer l’importance de cette approche.
À quoi ressemblent ces infrastructures ? « Ce sont des voies cyclables où on voit circuler des gens de 7 à 77 ans – et plus ! – ou des gens ayant des limitations fonctionnelles, par exemple », illustre Magali Bebronne, directrice des programmes chez Vélo Québec. Détail essentiel : « Les utilisateurs doivent pouvoir se déplacer confortablement. » De la famille en vélo cargo à la personne aînée en vélo électrique en passant par le vélo tandem d’un duo composé d’une personne malvoyante, tous ces cyclistes doivent trouver leur compte sur des pistes larges où on aura pensé autant aux dépassements qu’aux zones de virages, qu’on ne voudra pas trop serrés pour les montures plus larges ou lourdes.
Le concept triple A fait des petits au Québec, dans des villes comme Drummondville, Québec ou Montréal, où elle apparaît sous l’expression « accessibles pour les personnes de tout âge et de toute aptitude » dans les plus récentes moutures des plans de mobilité durable. Si cette attention réjouit la directrice des programmes, elle aimerait voir le gouvernement provincial s’emparer du dossier. « En ce moment, les villes produisent leur propre guide, ce qui génère des doublons, soupire-t-elle. Si le ministère des Transports et de la Mobilité durable élaborait un guide, toutes les petites municipalités qui n’ont pas les ressources pourraient elles aussi adopter ce type d’approche. »
Au-delà de l’éparpillement, le défi principal de l’approche demeure d’en définir clairement les contours. À quoi ressemble une piste cyclable AAA ? Dans une étude britanno-colombienne et néo-écossaise parue en 2023 s’intéressant à la popularisation de ce terme auprès des instances municipales à travers le Canada, l’équipe de recherche observait que « le manque de spécificité des normes de conception de ces infrastructures et des usagers visés constitue un obstacle à une mise en œuvre concrète et cohérente ».
Dit simplement, il manque un aspect pratique à cette approche. Quelle est la largeur minimale d’une piste pour qu’elle soit considérée comme AAA ? Quels indicateurs permettent d’évaluer le succès d’une conception ? Faut-il qu’un seul enfant circule à vélo ? cent ? mille ? Pour l’instant, aucune définition officielle n’existe, ce qui mène les militants de la Halifax Cycling Coalition, cités dans l’étude, à s’inquiéter que leur ville fasse « étalage de sa vertu », un équivalent de l’écoblanchiment pour des initiatives qui se targuent d’inclusivité sans agir concrètement. Bref, les bottines ne suivraient pas les babines.
Un autre défi est d’assurer que les infrastructures cotées AAA au moment de leur mise en œuvre le demeurent – ce qu’on appelle le « Always Available for All Ages and Abilities », ou cinq A. « Si on perd la piste les jours de tempête, elle n’est pas AAAAA », exemplifie Magali Bebronne. Aucune piste ne se qualifie pour cette cote au Québec, estime la directrice de programmes.
Qui est visé par les infrastructures AAA ?
Enfants, personnes aînées, femmes, personnes utilisant les vélos partagés, personnes racisées, personnes sans logement ou vivant dans la grande pauvreté, personnes avec des handicaps, personnes en vélo cargo ou qui déplacent des charges, cyclistes d’expérience.
Les trois critères des infrastructures AAA
- Sécuritaire : La voie est aménagée de façon à ce qu’on y roule sans danger.
- Confortable : La piste est conçue pour qu’on y circule sans encombre quel que soit le vélo utilisé.
- Équitable : L’infrastructure n’est pas implantée uniquement dans des quartiers mieux nantis.