Publicité
Destinations, Hors-Québec, Reportage

Un trio d’ultras sur l’Île de beauté (Corse)

12-08-2026
Le BikingMan Corsica, en Corse - Trio d'ultra

Le BikingMan Corsica, un spectacle majestueux à chaque coup de pédale © David St-Yves

Quand, en mai 2024, je me suis inscrite au BikingMan Corsica, c’était surtout parce que l’île de beauté me faisait de l’œil depuis longtemps. L’occasion de tenter un défi de longue distance en gravelle s’est ensuite présentée en juin, avec le Gravel Bikepacking Challenge… puis celle de participer à la Race Across Québec en août. Avais-je vu trop grand avec ce trio ? Récit et bilan d’une saison mémorable.

Impossible de tout prévoir en amont d’une épreuve comme le BikingMan Corsica | © David St-Yves

BikingMan Corsica 

  • Distance : 1000 km en autonomie, parcours imposé, 100 % bitume
  • Dénivelé positif : 20 000 m
  • Délai : 120 heures

Les participants doivent rejoindre des points de contrôle intermédiaires à l’intérieur de fenêtres horaires précises, mais l’hébergement, qu’il soit sous un toit ou sous le ciel étoilé, est laissé au choix de chacun. Ayant déjà pris part à une épreuve similaire au Portugal en 2021, je savais à quoi m’attendre, cependant il est impossible de tout prévoir en amont d’un tel périple. C’est d’ailleurs en Corse que j’ai goûté pour la toute première fois à la médecine des cols européens typiques. Moi qui me croyais suffisamment prête, ayant grimpé certaines des côtes les plus raides du Québec, j’ai vite réalisé mon erreur la première nuit en gravissant le col de Battaglia (ou col de la Bataille !).

Mon choix de ratio pédalier/cassette ne favorisant pas la grimpe, combiné au poids du matériel que je traînais, ce sont mes quadriceps qui ont dû compenser. Or ce qui aurait pu me laisser un arrière-goût amer m’a plutôt permis d’en rire et de simplement me dire, en zigzaguant d’un côté à l’autre de la route, que je venais d’apprendre les limites de mon équipement. Outre le dénivelé exigeant qu’il imposait et l’immense défi de répéter des journées de 250 km en selle plusieurs jours d’affilée, le BikingMan Corsica a été un spectacle majestueux à chaque coup de pédale.

Dame Nature a soigneusement arrosé la GBC500. © David St-Yves

Gravel Bikepacking Challenge (GBC500)

  • DISTANCE : 500 km en autonomie, parcours imposé, 70 % gravelle
  • DÉNIVELÉ POSITIF : 7000 m
  • DÉLAI : 96 heures (incluant des couvre-feux obligatoires la nuit)

Un mois plus tard, je m’attaquais à la GBC500, dans les Cantons-de-l’Est, mon baptême de la longue distance sur gravier. Si les délais imposés par les organisateurs sont très larges et les règles quant à l’hébergement assez souples, les couvre-feux obligatoires compliquent la gestion des arrêts. Ayant épuisé ma banque de jours de vacances au travail, mon plan était de répéter la formule des 250 bornes quotidiennes, puis de profiter du lundi férié pour récupérer. Comme le parcours formait deux boucles et repassait par le point de départ après la moitié,  je prévoyais dormir dans un motel réservé à cet endroit.

Une fois de plus, c’est à la dure que j’ai appris qu’on ne contrôle pas tout, quand j’ai vu les prévisions météorologiques désastreuses annoncées pour la fin de semaine. En effet, dame Nature m’a bien éprouvée, avec ses pluies diluviennes et ses orages qui ont transformé les routes de gravelle en mares de boue glissantes. Une fois le soleil revenu, même si j’ai dû déroger à mon horaire et y ajouter une demi-journée, j’ai passé le fil d’arrivée… certes vraiment plus sale qu’au début, mais affichant un sourire radieux. Je ne pense pas que j’aurais pu vaincre les éléments sans la confiance que m’avait insufflée la Corse et la préparation physique qu’elle avait été.

La première édition de la Race Across Québec impliquait une première nuit en selle tout juste après le départ. © Geneviève Healey

Race Across Québec (RAQ500)

  • Distance : 537 km en semi-autonomie, parcours imposé, 89 % bitume
  • Dénivelé positif : 5000 m
  • Délai : 40 heures

Clôturant ma saison 2024 tel un dessert après un copieux repas – mais non le moindre –, la RAQ500 avait lieu à la fin d’août. Bien qu’étant très excitée de concourir dans ce premier opus de la Race Across Series de ce côté de l’Atlantique, j’appréhendais que le départ soit à 19 h. Cette particularité m’obligeant à passer la première nuit en selle n’était pas dans mes habitudes et m’effrayait. Quoique je n’aie pas réussi à m’assoupir plus de 15 minutes sur tout le trajet, mon rythme circadien étant complètement bouleversé, j’ai apprivoisé ces heures obscures. Cette nuit en solo accompagnée de la lune et de mes pensées a laissé des traces sur la journée suivante, la rendant difficile moralement. Ce sera donc le corps et l’esprit bien fatigués, bénéficiant d’une pluie salutaire qui m’empêchera de m’endormir au guidon, que je terminerai cette dernière épreuve sportive de ma saison 2024.

 

Race Across Québec (RAQ500) | © Geneviève Healey

Ma préparation hivernale

Mis à part quelques trajets de vélo d’hiver pour me déplacer et les deux séances de cardiovélo que je dirige hebdomadairement, la majorité de ma préparation physique pour la Corse s’est faite entre quatre murs, sur ma base d’entraînement. Entre quelques séances de ski de fond et ma pratique de pickleball (ou tennis léger !), j’ai dû user de maints stratagèmes pour demeurer motivée à m’entraîner à l’intérieur, mais une fois l’habitude prise et un minimum de structure mis en place, les séances se sont enchaînées facilement.

J’ai donc effectué trois sorties virtuelles par semaine : un entraînement par intervalles, une ascension de col et une sortie longue de 100 km. Évidemment, dès les journées plus clémentes de mars, armée de pneus cloutés et de moufles de guidon, je suis sortie rouler. J’ai tout de même réussi à accumuler 5200 km, dont le tiers virtuellement, avant de me présenter sous l’arche de départ corse.

Leçons et constats d’une saison ambitieuse

Trois événements de longue distance rapprochés avaient à la fois le potentiel de me faire grandir comme athlète et celui de m’épuiser si je gérais mal le laps de temps entre eux. Si, physiquement, je me sentais dans une forme extraordinaire, en ultracyclisme, il ne faut jamais négliger la charge mentale qu’impose un calendrier bien garni.

En outre de la gestion du stress lié à plusieurs objectifs proches dans le temps – et même si voyager sur deux roues est excitant, un stress positif demeure un stress –, le risque de saturation mentale ou de perte de motivation est réel. Toutefois, malgré une certaine inquiétude relative à mes ressources mentales – m’en restait-il suffisamment pour que je puisse prendre part à ma dernière rencontre sportive dans le plaisir ? –, mon calendrier 2024 était bien construit pour progresser en tant qu’ultracycliste. L’absence de blessures physiques atteste d’ailleurs que mon plan d’entraînement était adéquat.

Les apprentissages clés que m’a légués cette saison sont cruciaux pour continuer à me développer, qu’ils soient liés à ma gestion de l’effort ou à mon équipement.

Et ce qui m’a le plus aidée, sans le savoir, c’est d’avoir ciblé trois épreuves bien différentes qui évitent la lassitude de faire la même chose : la Corse, environnement à couper le souffle tant physiquement que visuellement, suivie d’une compétition de gravelle, surface qui m’était peu familière, puis d’une course comportant un départ en soirée, une toute nouvelle expérience.

Après réflexion, je peux vous confirmer que les récompenses physiques, mentales et émotionnelles que je retire de mon trio d’ultras ont largement surpassé les efforts investis et les doutes qui m’habitaient au départ. J’y ai même pris goût !

Publicité

Autres suggestions

Destinations, Mauricie, Québec

Trésors notoires et pépites méconnues

En Mauricie, en matière de vélo, il y a autant de trésors notoirement connus (les 63 km de la route Promenade dans le parc national de la Mauricie, les
Charlevoix, Destinations, Québec

Panoramas spectaculaires et relief piquant

À la recherche du spectaculaire, du savoureux et du piquant pour les prochaines sorties à vélo ? Tout en fleuve et en montagnes, Charlevoix pourrait b
Présenté par Tourisme Montérégie
Destinations, Québec

Trois courtes escapades pour profiter des belles journées d’automne à vélo.

Avec l’arrivée du mois de septembre, le vélo gagne encore en charme : températures confortables, ambiance plus calme sur les pistes; sans compter les
Vélo Mag 03-08-2026