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Hors-Québec

Écosse – Ceud mìle fàilte

07-04-2019
velo montagne mtb scotland

Un des nombreux paysages de Glentrool

Cent mille fois bienvenue au pays du kilt, du whisky, du haggis… et des beaux sentiers !

C’est en écoutant un épisode de la série Le Chardon et le Tartan que l’idée a germé. Le petit écran débordait des paysages grandioses des Highlands. L’occasion de proposer à la famille d’aller rouler au cœur de ces montagnes se révélait parfaite. Une tournée des principaux centres de vélo de montagne d’Écosse ? « Oui, mais on veut aller au loch Ness! à Londres ! à Stonehenge ! » Merveilleux! Nos ados (14 et 16 ans) qui sont partants pour des vacances en vélo de montagne, c’est une première! Sautons sur l’occasion!

Ainsi, à partir du site Trailforks et en n’hésitant pas à demander conseil à des intervenants locaux trouvés sur internet, ont débuté les recherches en vue d’établir un itinéraire. Nous allions donc atterrir à Londres (vol direct de Montréal afin de s’assurer que les vélos suivraient), passer par le pays de Galles et le Lake District, et faire la part belle à l’Écosse.

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À gauche, papa!

Un des nombreux paysages de Glentrool

Le plus grand dépaysement de ce voyage, pour ne pas dire le traumatisme, c’est en m’assoyant au volant de notre fourgonnette de location que je le vis. Transmission manuelle à gauche, conduite à gauche sur des routes de campagne très étroites, entrée par la gauche dans les innombrables ronds-points… Heureusement qu’un GPS assiste notre navigation et que les enfants sont à mes côtés pour me ramener dans le droit chemin quand le naturel revient au galop. Plusieurs fois, ils s’exclament in extremis : « À gauche, papa ! »

Bref, c’est souvent avec un soupir de soulagement que nous arrivons au départ des sentiers. Et il faut dire que le Service des forêts écossais (Forestry Commission Scotland) a tout mis en œuvre en ce sens. Dans 14 sites gérés comme des parcs mais où l’exploitation forestière se poursuit, on a aménagé de superbes sentiers spécifiquement à l’usage du vélo de montagne. Certains centres sont minuscules (moins de 10 km de pistes), mais une dizaine sont de classe mondiale, comportant suffisamment de kilométrage pour tenir occupé de nombreuses heures. On y trouve toujours un bâtiment d’accueil qui abrite douches, casse-croûte santé et boutique de vélo potable offrant la location. L’accès aux pistes est gratuit, le stationnement, les douches et le lave-vélo sont payants, à prix fort raisonnables.

Les 7Stanes

Distillerie Dalwhinnie, dans les Highlands

Les destinations les plus populaires du sud de l’Écosse ont été regroupées sous une seule bannière, appelée 7Stanes. Ces sept centres – en fait, ils sont maintenant au nombre de huit – affichent une uniformité de signalisation, de graphisme et format de cartes de même que de services. Chacun fait la promotion des destinations voisines, et le marketing hors de la région se pratique sous une seule signature, un seul site web, une seule application pour téléphone ; c’est la convergence à son meilleur. Pour le visiteur, c’est rassurant et facile de s’y retrouver

La configuration des pistes est semblable partout ; elles sont classées par difficulté selon un système de couleurs – vert (ultra fa-fa bébé), bleu (facile), rouge (intermédiaire) et noir (expert) – et identifiées par un nom et un pictogramme. Il est alors aisé de choisir le tracé qui nous convient. Ce pourra être un petit renard ou un méchant dragon, mais à chaque intersection, un rapide coup d’œil aux pictogrammes nous garde dans le bon chemin sans nécessiter un arrêt. Coquetterie supplémentaire, chaque centre possède sa stane («pierre», en gaélique), un gros menhir sculpté planté au détour d’un sentier, que les enfants s’amusent à chercher.

kilt bike scollandConseillés par les gens du coin, nous avons ciblé quatre des 7Stanes convenant le mieux à nos goûts, aux habiletés de nos jeunes et à la logistique du transport. Nous nous installons deux jours dans le pittoresque village de Newton Stewart, à distance de vélo des centres Kirroughtree et Glentrool. Les enfants apprécient tout de suite Kirroughtree, en raison de son parc d’habiletés derrière le pavillon d’accueil et les montées pas trop abruptes du circuit Twister, coté rouge, qui présente assez de défi pour maintenir leur intérêt, mais pas trop, évitant leur découragement. Après deux heures de montagnes russes et une finale très roulante, nous arrivons à l’accueil le sourire fendu jusqu’aux oreilles.

Laissant les jeunes au café avec livre et téléphone, papa et maman retournent faire Black Craigs, une piste noire d’une trentaine de kilomètres qui mène au fameux secteur McMoab, où elle serpente avec originalité sur la roche-mère en granit, ce qui n’est pas sans rappeler la célèbre Slickrock à Moab, en Utah. Bien habile celui qui réussira à rouler au complet cette suite d’embûches dont la difficulté augmente constamment. Quelques bévues et des écorchures nous incitent à choisir un raccourci, question de rester en un seul morceau pour le reste du voyage.

Le décor est plus austère que ceux qui nous entouraient la semaine précédente. Nous roulons au pied d’une immense montagne de roche à moitié couverte de mousse et nappée de brume. Peu après, l’atmosphère devient plus surréelle encore quand le sentier grimpe à la lisière d’une coupe à blanc toute fraîche, d’où émerge un pic rocheux surmonté d’un imposant obélisque. Ces monuments perchés au sommet des montagnes sont nombreux en Écosse, souvent érigés à la mémoire des clans qui habitaient autrefois ces terres hostiles.

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Randonnée épique dans Glentrool

La destination du lendemain, Glentrool, est moins sauvage, des pistes très fluides (calibres vert et bleu) cerclant le pavillon d’accueil. Toutefois, l’intérêt de cette destination est l’itinéraire appelé Big Country Route, une randonnée épique de 60 km sans aucune sentier étroit mais qui donne à voir des paysages vraiment magnifiques. Il débute par des routes forestières dans des coupes à blanc, où la vue porte loin. Il nous ramène ensuite jusqu’à Newton Stewart, où les enfants nous quittent pour retourner au gîte où nous sommes installés. Commence alors une solide montée, d’abord à travers champs sur d’étroites routes bitumées, puis sur des chemins forestiers désertés par tous sauf les lorries, ces gigantesques camions qui transportent le bois. Lorsque s’amorce notre descente finale dans la vallée le long du loch Dee, le ciel se dégage et le soleil couchant enflamme le lac et les montagnes d’une lumière intense. Moment inoubliable.

Glentress, ou le géant d’Écosse

Deux bonnes heures de «à gauche, papa!» sur les petites routes de la campagne écossaise nous mènent ensuite à Glentress, le plus gros centre de vélo de montagne d’Écosse, qui propose 80 km de sentiers de cross-country, en outre d’un parc d’habiletés et de trois courtes pistes de descente. Les installations d’accueil sont un modèle du genre: boutique de location et restaurant nichés près d’une rivière dans un bâtiment tout neuf, d’allure contemporaine, vitré et très ouvert.

Les sentiers gravissent des routes forestières et descendent en lacets parfaitement tracés. Nous combinons les trajets bleu et rouge sur une trentaine de kilomètres, en voie simple à 80%. Malgré la brume qui nous enveloppe et limite la visibilité à quelques mètres, le plaisir est au rendez-vous, spécialement dans les merveilles que sont ces pistes aux noms évocateurs: Lombard Street, Britney Spears, Berm Baby Berm. Il faudra revenir essayer le circuit noir, qui fait le grand tour de la montagne et compte encore davantage de points de vue.

Laggan la sauvage

Un des nombreux paysages de Glentrool

Distillerie Dalwhinnie, dans les Highlands

Ce qui nous attire dans ce sublime trou perdu, c’est Laggan Wolftrax, un bijou de centre, serti dans la forêt Strathmashie. Le stationnement grouille d’activité en ce jour de semaine, malgré qu’on soit bien loin des grandes villes. Tout le monde grimpe par l’unique chemin de gravier, puis maintes options s’offrent pour les descentes toutes aussi fluides et grisantes les unes que les autres.

Ces 30 kilomètres de sentiers sont dessinés avec brio, ciselés à la pelle mécanique. Du grand art. Même les pistes vertes (hyper faciles) sont un plaisir à piloter. Comme partout au RoyaumeUni, l’assise du sentier est remplie en concassé et légèrement surélevée. Cette méthode, coûteuse, élimine la boue et donne la possibilité de rouler beau temps mauvais temps, ce qui est essentiel, car il pleut un jour sur deux! Ici, à Laggan, la roche calcaire se détache par strates, et avec elles on a confectionné de belles tuiles qu’on a disposées en trottoirs permettant de traverser une tourbière au sommet de la Upper red.

Saveurs locales à Édimbourg et whisky des Highlands

Déambuler dans le old town médiéval d’Édimbourg a son charme, même sous la pluie. La visite de l’illustre château et de la fabrique de tartans juste à côté nous apprend que chaque clan possédait son emblème, son motif et ses couleurs dictées par les teintures à base de plantes indigènes. Je résiste à l’envie d’acheter un kilt dans une boutique vendant uniquement l’aguichante jupe. Celle-ci portée sur un cuissard, j’aurais fait fureur à vélo.

Parlant de spécialités régionales, ces jours-ci sont fructueux en découvertes. Zac a adoré la pale ale locale dégustée hier au sympathique pub de notre hôtel. Léa a préféré la démonstration des chiens de travail border collie (c’est la race de nos toutous à la maison) par un authentique berger à l’accent à couper au couteau, incluant la tonte et les commentaires acerbes sur les Anglais. Côté bouffe, Isabelle affirme que les meilleurs fish and chips se trouvent dans les plus petits casse-croûte et le meilleur haggis… eh bien, ça n’existe pas, car c’est franchement pas bon: de la panse de brebis trop salée… yark! C’est comme le Vegemite en Australie ou la poutine au Québec: dégueu mais incontournable… Pour bien nous imprégner de la culture de l’endroit, il ne manquait qu’une rasade de whisky. Nous y avons droit le lendemain, lors de la visite de la distillerie Dalwhinnie, la plus élevée du pays. Nous voilà maintenant en plein cœur des Highlands, dans le parc national des Cairngorms. L’eau de source qui coule des montagnes et la tourbe qui les tapisse font partie de la recette de ce renommé single malt, que nous dégustons en effectuant la visite. Brrr! rien à faire: je n’aime pas l’alcool. Par contre, Zac et sa mère sont tombés sous le charme, et nous repartons, une bouteille du précieux liquide sous le bras, moyennant le quart du prix vendu au Québec.

Orgasme dans la Nevis Red

trails scotland mtbRoute Après un crochet, histoire de voir le légendaire loch Ness – eh non, nous n’avons pas aperçu Nessie –, notre dernière journée sera consacrée au «Mont-Sainte-Anne» de l’Écosse, à Fort William. La station de ski Nevis Range est une destination récurrente au calendrier de la Coupe du monde, hôte du Championnat du monde de VTT en 2007, moment qui semble à des annéeslumière d’aujourd’hui lorsqu’on roule sur le parcours de la course de cross-country, tellement il est old school par rapport aux parcours actuels. La famille apprécie moyennement cette suite de montées casse-pattes et de descentes brusques ; sentiment également mitigé envers la 10 under the Ben et la Broomstick Blue, sentiers constituant le réseau appelé Witch’s Trails. Par contre, nous allons vivre en après-midi, sur la Nevis Red Route, seule piste de cross-country du pays accessible par remontée mécanique, le plus bel orgasme du voyage, à partir du sommet Ben Nevis, point culminant des îles britanniques.

La montée en gondole nous procure un point de vue imprenable sur le parcours de descente de la Coupe du monde, qui apparaît rocailleux, érodé, impitoyable. En haut, au chalet, la place grouille de touristes venus marcher ou admirer le panorama. Nous amorçons une étonnante descente de 5,5 kilomètres au dénivelé de 550 mètres, caressant les flancs de cette montagne de pierre enveloppée de tourbe et d’arbustes. Cette descente se révélera panoramique d’un bout à l’autre. Nous franchissons des passerelles qui s’étirent souvent sur des centaines de mètres suivies de sections sur la roche-mère, parfois douces, parfois remarquablement difficiles, au point d’obliger à mettre pied à terre. Nous rattrapons un cycliste visiblement sans expérience et au volant d’un gros vélo de descente, complètement terrorisé par le chemin à prendre. Ici, pas de sortie d’urgence. Le pauvre gars devra se rendre jusqu’en bas en marchant.

Quant à nous, nous sommes par instants en dehors de notre zone de confort, mais nous exultons devant la majesté du site et les agréables surprises qui se succèdent. Nous n’aurions pas pu trouver plus belle façon de conclure ce périple au pays du chardon et du tartan. Quand je demande aux enfants s’ils ont apprécié leur expérience, ils me répondent à la manière des Écossais: aye!

REPÈRES

Infos sur les destinations visitées : scotland.forestry.gov.uk

Carte interactive permettant de varier les choix : trailforks.com

Destinations visitées hors de l’Écosse lors du même voyage et tout aussi fortement recommandées : Forest of Dean • BikePark Wales • Afan Forest • Cwm Rhaeadr (prononcer approximativement «cum réïedèr») • Coed Y Brenin (prononcer approximativement « co-ed why breninn») • Whinlatter

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