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Hors-Québec

OREGON: POUSSIÈRES DE VOLCANS

23-08-2018
Oregon

Le véhicule récréatif de location qui a été notre maison pendant 18 jours

La chaîne des Cascades est un arc volcanique toujours actif qui compte une trentaine de volcans allant de la ColombieBritannique jusqu’à la Californie. Les silhouettes enneigées des plus majestueux d’entre eux ont tissé la toile de fond de cette tournée des meilleurs sentiers de l’Oregon.

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Le sentier Ape Canyon grimpe dans une forêt de conifères.

Au pied du mont Saint Helens

Le sentier Ape Canyon grimpe dans une forêt de conifères, longeant une immense coulée de lave. Nous pédalons sur une fine poussière beige recouverte d’aiguilles de pin. Zac, 17 ans, caracole devant tel un chevreuil effarouché, croyant que le jour est venu où il sèmera son père dans une montée. Ledit père suit non loin derrière, s’arrêtant sous prétexte de prendre des photos, au cas où serait venu ce jour. La grande Léa, 15 ans, vient ensuite, constatant que sa forme acquise au hockey et autres sports explosifs est peu utile dans ces circonstances. Maman ferme la marche; c’est sa première sortie en montagne après les quatre mois de convalescence qu’a nécessité une hernie discale, soyons patients avec elle.

Après 7 km d’ascension soutenue, la famille se regroupe, bouche bée, à l’endroit où le sentier émerge du couvert forestier. Waouh! Le mont Saint Helens se dresse devant nous, colossal. Il a perdu la tête dans l’éruption de 1980, que les plus vieux comme nous ont suivie à la télévision à l’époque.

Nous sommes bientôt contraints de mettre pied à terre, la caillasse étant trop meuble et le précipice à nos côtés trop proche et trop profond. Nous traversons des bancs de neige dans les coulées ombragées bien que nous soyons au milieu de juillet.

L’effort en vaut la peine, car peu après la pente s’adoucit et nous voilà au pied du volcan sur un plateau nommé Plains of Abraham. Ici, pas de gazon comme sur les plaines d’Abraham de Québec, juste des cendres et du gravier. Un paysage lunaire, où la végétation se limite à quelques buissons et troncs d’arbres dénudés, tous couchés dans la même direction par l’explosion du volcan.

Sur le chemin du retour, nous convenons que c’est l’un des plus beaux sentiers que nous ayons jamais vus, et nous n’en sommes qu’à la première journée de cette tournée de l’Oregon! Pardon, nous sommes plutôt dans l’État de Washington, mais à tout juste deux heures de route de Portland, où nous avons pris possession du véhicule récréatif de location qui sera notre maison pendant les 18 prochains jours.

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Pied à terre pour marcher sur un pont fait d’un seul tronc de Douglas fir dans le sentier McKenzie River.

Autour du mont Hood

De retour en Oregon dès le lendemain, nous rejoignons rapidement Hood River, petite ville située au bord du fleuve Columbia, où se donnent rendez-vous les cool kids de Portland. Au centre-ville, les voitures sont garnies de vélos, de kayaks ou de planches de kitesurf; les boutiques de vélo, bars et cafés conviviaux grouillent d’amateurs de plein air. À dix minutes de là, 77 km de sentiers sont à notre disposition. Comme la veille et pour le reste du voyage: aucune infrastructure d’accueil à part les stationnements, aucuns frais d’accès mais des sentiers de première classe, tracés avec brio et aménagés mécaniquement dans les règles de l’art. Une succession de montées parfois extrêmement abruptes nous conduit sur des plateaux déboisés d’où on découvre le mont Rainier, point culminant des Cascades, à plus de 4000 m. Le retour vers le départ est grisant. Ça rentre au poste via les sentiers Mitchell Ridge et Kleeway, ce dernier étant une gigantesque flow trail au rythme idéal. Nous passons quatre heures dans le secteur sans réussir à couvrir la moitié du réseau.

Ce sera suffisant, car un défi de taille nous attend le lendemain: le fameux itinéraire Surveyor’s Ridge, recommandé par tous ceux qui roulent par ici.

Nous campons à Toll Bridge Park, d’où nous partons le matin afin de nous attaquer au sentier Oak Ridge, une pente ascendante de 4 km qui nous demandera près d’une heure et trois quarts d’efforts! J’hésite encore sur son qualificatif: brutale ou inhumaine? Nous atteignons enfin Surveyor’s Ridge, et nos efforts sont récompensés par chaque mètre de ce sentier en dents de scie qui suit la crête de la montagne: la vue sur le cône volcanique parfait du mont Hood est incroyable.

La randonnée se termine par Dog River, une descente endiablée de plus de 10 km, à laquelle succède un long faux-plat descendant sur route asphaltée. Nous nous tapons dans les mains en revenant au camping. Un high five n’a jamais été si bien mérité… Ouf! quelle journée mémorable !

D’autres sentiers se trouvent tout près d’ici. Dans le secteur 44 Trails, nous découvrons Eightmile Loop, une boucle facile dans une forêt de pins centenaires séchés et blanchis par le temps, parfois renversés par terre en d’immenses chablis. Nous y croisons quelques marcheurs qui cèdent gentiment le passage. Les pistes sont aussi partagées avec les chevaux, mais mis à part quelques pommes de route, aucun signe de leur présence.

Nous enchaînons avec une boucle plus difficile, dont l’interminable montée vient à bout de la patience des enfants. Leur frustration est oubliée dès la rencontre d’un groupe de cerfs qui nous observent placidement avant de continuer leur chemin. Nous pourrions camper dans le stationnement et le lendemain explorer les autres sentiers du secteur, cependant nous préférons nous diriger vers Sandy Ridge, bike park très populaire parmi les amateurs de Portland.

À Sandy Ridge, la seule façon d’accéder au sommet est une côte bitumée de 10 km fermée aux autos, heureusement ombragée, car la température se réchauffe rapidement en après-midi. Là-haut, plusieurs options de descente s’offrent, toutes fort intéressantes, peu importe leur niveau de difficulté. Au gré des trouées dans la forêt, nous découvrons le mont Hood sous un autre angle. Malgré les ardeurs des ascensions répétées, les enfants décrètent que c’est leur journée préférée.

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Le mont Saint Helens se dresse devant nous, colossal.

Au paradis à Bend

Quelques heures de voiture en direction sud nous mènent dans la ville de Bend, véritable mecque du plein air qui détient le record du plus grand nombre de microbrasseries et arrive en tête des palmarès relativement au vélo, à la planche à pagaie et… aux vacances avec chien. La rivière Deschutes traverse le petit centreville et chaque jour, elle grouille de baigneurs et de pagayeurs. La scène cycliste est tout aussi effervescente; les roadies et triathlètes aiment se faire voir sur Skyliners Road, une des superbes routes reliant la ville aux montagnes. Quant aux sentiers, on en compte 75, qui s’étalent sur un total de 376 km! C’est amplement suffisant pour en faire une destination d’une semaine ou davantage. Nous nous limitons à quatre jours et aux sentiers les plus réputés.

À proximité de la ville, le secteur de Phil’s Trail est du bonbon: montées faciles, descentes grisantes à souhait et détours optionnels dans des amas de roches volcaniques dont il faut se méfier, car elles sont acérées comme des couteaux. Parlant de volcans, ils sont toujours omniprésents et ici, ils s’appellent mont Bachelor, Broken Top, de même que North et South Sisters.

La végétation étant un peu plus désertique qu’au nord, les fougères géantes sont remplacées par des buissons de genévriers. Les sentiers de poussière volcanique sont encombrés d’immenses cocottes. Les spermophiles des Cascades, genre de gros tamias bien engraissés, jaillissent de nulle part et nous coupent le chemin, au grand plaisir des enfants.

Notre randonnée la plus marquante durera plus de six heures. Nous gravissons le sentier North Fork, qui épouse les méandres de Tumalo Creek et ses nombreuses chutes. Un must absolu pour les amateurs de paysages, (presque) aussi agréable à l’œil que le sentier Neilson à Saint-Raymond! Après une traverse Halte en surplomb de Tumalo Creek Pied à terre pour marcher sur un pont fait d’un seul tronc de Douglas fir dans le sentier McKenzie River. 30-35_VM2_OREGON.indd 34 13/03/18 11:56 VÉLO MAG 35 à gué dans un décor de prairie alpine, nous revenons à Bend par Mrazek, une longue descente qui occasionne quelques détours et tâtonnements au final, étant donné la signalisation déficiente.

À une trentaine de kilomètres au nord de Bend, nous découvrons Sisters, charmante bourgade où nous est accordé un répit en raison de son réseau de sentiers faciles et rapides qui jouit d’une vue sur un autre volcan, le mont Washington. Le centre-ville s’est donné un style western réjouissant. Les rues sont animées et bordées de boutiques, de restos et de beaucoup de galeries d’art. On y trouve même le premier beer spa en Amérique!

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Les concepteurs ont dû faire preuve d’imagination pour franchir les obstacles.

Fabuleuse rivière McKenzie

Pour la dernière étape du voyage, nous installons notre campement à McKenzie Bridge, dans un state park à bon droit nommé Paradise Campground. Notre site donne directement sur la bouillonnante rivière McKenzie, que les équipages de rafts dévalent les uns après les autres. C’est l’activité touristique qui fait vivre le village, à l’instar du fameux sentier McKenzie River. Le site web du sentier annonce une longueur de 40 km et un coefficient de difficulté «Extreme». C’est ce que nous allons voir dès le lendemain matin.

Comme tout le monde, nous profitons du service de navette qui nous permettra de jouir d’un dénivelé négatif de 500 m. Notre chauffeur prévient les passagers des dangers qui nous guettent, car trop de néophytes s’engagent dans cette aventure de façon improvisée.

La piste s’avère quand même moins difficile qu’annoncé. Nous devons bien mettre pied à terre de temps à autre, histoire de marcher sur un pont fait d’un seul tronc de Douglas fir ou pour traverser des zones de roches volcaniques aménagées à l’intention des trialistes, or le plus souvent ce sera afin de céder le passage à des groupes de marcheurs, qui ont pareillement accès à ce chemin. Hormis cet irritant, ce sentier est à la hauteur de sa réputation: un des plus beaux en Amérique, parsemé de chutes et de lacs aux eaux glaciales, au tracé ondulant gracieusement entre les arbres géants. Trois kilomètres avant la fin, une «sortie» donne directement sur notre camping, où nous arrivons fatigués mais absolument ravis.

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Des équipages de rafts dévalent les uns après les autres la bouillonnante rivière McKenzie.

Le lendemain, la béatitude fait place à la lassitude alors que nous nous attaquons au sentier O’Leary, classé «Epic Trail» dans le palmarès de l’International Mountain Bicycling Association. C’est plus qu’épique, c’est homérique! Les 1400 m de montée présentant un degré de pente impossible, le plaisir qu’on pourrait tirer de la descente est gâché. Ce tracé de 30 km ne suscite pas le ravissement escompté. Oui, c’est épique en titi, toutefois pas dans le bon sens du terme, de l’avis de toute la famille.

Ladite famille est manifestement prête à faire halte et se dirige illico vers le Pacifique: quelques jours de plage réparateurs feront le plus grand bien. Bilan de cette tournée: moins de 700 km d’auto ont suffi pour vivre 11 magnifiques journées de vélo dans des sentiers épatants, et nous n’avons vu qu’une minuscule partie de ce que l’Oregon a à offrir!

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