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Le gravel bike ou l’art de franchir toutes les frontières

Par Félix Côté - 22/02/2017

Les fabricants l’ont bien flairé : rouler sur l’asphalte est une chose, cahoter sur les routes de terre en est une autre.


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De leur perpétuelle quête de perfectionnement de la chose cycliste est né il y a trois ou quatre ans le gravel bike, ou vélo à gravelle ou à garnotte, pourrait-on le baptiser en français. Présenté comme un vélo conçu pour s’aventurer plus loin que là où mène le traditionnel bitume, ce genre de vélo gagne rapidement le cœur des cyclistes et des revendeurs. Bolide superflu ou réelle innovation ? Voici ce que vous devez savoir.

Lyne Bessette, ex-championne cycliste sur route (et toujours très en forme !), a choisi de ne plus posséder de vélo de route, mais plutôt un gravel bike. « Je roule quasiment juste sur les chemins de terre et j’évite la circulation. Je préfère les routes où il y a moins de voitures », nous a-t-elle confié.

Son attirance pour les routes gravelées l’a même poussée à organiser une cyclosportive où les chemins de terre de l’Estrie sont à l’honneur : Les 100 à B7. On y sillonne les chemins entourant le lac Brome tout en appuyant sur les pédales dans les sections chronométrées. Il faut donc des vélos performants, mais tout de même confortables lorsque ça brasse.

Dans la catégorie « le seul vélo à posséder »
Benoit Simard, ex-coureur cycliste et copropriétaire de la boutique Espresso Sports à Sainte-Adèle, a lui aussi fait le choix il y a une dizaine d’années de n’avoir que des vélos polyvalents adaptés à la garnotte. « C’est approprié pour tout le monde qui n’est pas un coureur cycliste. Ça ne va pas moins vite, et c’est tellement polyvalent. Ça rend accessibles des routes qui ne le seraient pas avec le vélo traditionnel », constate-t-il.

Qu’il soit très performant ou un peu moins, le gravel bike est avant tout un vélo d’aventure. Luc Baril, également copropriétaire de la boutique et féru de ce type de vélo, constate que les caractéristiques du gravel gagnent progressivement le créneau du traditionnel vélo endurance : « Sur des vélos typiquement endurance, par exemple les modèles Domane de Trek, on peut maintenant installer des pneus dont la largeur excède 30 mm, sans parler des freins à disque. »

Certaines compagnies, telles Salsa et Surly, proposent des vélos estampillés gravel tout en répondant à des besoins bien spécifiques. Ainsi, Salsa a développé trois modèles distincts de vélos de garnotte : les uns aux airs de course, les seconds adaptés aux chemins forestiers, d’autres encore donnant le goût de partir explorer la route des Andes à vélo avec bagages.
 


Anatomie d’un vélo à gravier

Mais quelle anatomie satisfera le cyclosportif moyen lorsqu’il est question de vélo de gravelle ? Qui de mieux que David Veilleux, ancien cycliste professionnel (et entre autres le premier Québécois à avoir complété le Tour de France en 2013, souvenons-nous !), maintenant ingénieur et chef de marque (volet route) chez Devinci, pour nous en dresser les grandes lignes ? David a notamment collaboré à la conception du Hatchet, le modèle gravel de l’entreprise saguenéenne.

« Un gravel bike, c’est un vélo qui permet de repousser les limites et de découvrir des routes sur lesquelles il n’aurait pas été possible de rouler avec un vélo de route standard, nous explique-t-il. Ça prend une géométrie confortable et permissive, ainsi que de grospneus. »

En ce qui concerne le Devinci Hatchet, David Veilleux le considère comme un « Strava gravel bike »: « Nous voulions que ce soit un vélo performant. La géométrie allongée favorise une meilleure stabilité (le tube supérieur est plus long d’environ un centimètre par rapport à un modèle de route). En revanche, la potence est raccourcie d’un centimètre afin de conserver une bonne position. Sinon, le cadre demeure très rigide au pédalage. »

En matière de confort, l’ingénieur décrit ainsi sa réalisation : « Nous avons abaissé les haubans, accroissant la flexibilité. J’ai fait des calculs, et ça ne change rien à la rigidité. » Le Hatchet est également fait pour chausser des pneus de 40 mm, et probablement davantage selon David Veilleux. En outre, la sortie de selle est apte à recevoir une tige de selle télescopique. « Ça permet de disposer d’un atout dans certaines situations, par exemple sur une section de route où ça bardasse et où alors il faut se lever de la selle. »
Cyclocross ou vélo de garnotte ?

Il existe entre le traditionnel vélo de cyclocross et celui destiné au gravillon quelques différences notables. La distinction est parfois subtile, mais elle est fondamentale. Les vélos de cyclocross purs et durs ont souvent été mis au point dans un seul but, celui de bien servir leur pilote lors d’une épreuve de cyclocross, qui est une compétition intense mais de courte durée. Outre un cadre léger et nerveux, les pneus sont donc étroits (règle de l’UCI : maximum 33 mm) et cramponnés, et les pignons adaptés aux petits développements (46/36 avec une cassette 11/28).

Les vélos de garnotte servent eux aussi à un usage spécifique, mais sur un terrain de prédilection plus étendu. Puisqu’ils exploreront routes et chemins variés, les divers modèles offerts sont d’ores et déjà nantis de pneus d’une considérable largeur (jusqu’à 40 mm sur quelquefois des roues de 650B), et généralement moins cramponnés que ceux réservés au cyclocross. Dans bien des cas, la géométrie s’apparente à celle des vélos de route, et on y a plus ou moins mis l’accent sur la performance. On parle la plupart du temps d’une configuration plus relaxe, dont notamment des bases allongées, et à l’occasion les œillets nécessaires à l’ajout d’un porte-bagages et de garde-boue sont déjà en place.

La frontière entre ces deux types de vélo est floue. D’ordinaire, l’usage de l’un n’empêche pas de se prêter aux usages de l’autre, si les composantes et la géométrie conviennent, et si vous n’êtes pas réfractaire à l’idée de changer les pneus et d’ajuster la denture de vos pédalier et cassette.


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