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Destinations, Québec

Bikepacking Québec-Express

05-06-2026
Bikepacking, au Québec

Saviez-vous que sur les cinq Routes aventures panoramiques qu’offre VIA Rail au Canada, deux sillonnent le Québec ? Elles ont surtout un potentiel inouï pour la pratique du cyclisme d’aventure. Bienvenue à bord du train que nous avons baptisé le Bikepacking Québec-Express !

Les liaisons ferroviaires Montréal–­Senneterre et Montréal–Jonquière font d’abord route commune dans la vallée du Saint-Laurent jusqu’en Mauricie, à Hervey-Jonction, pour ensuite filer respectivement vers l’Abitibi et le Saguenay–Lac-Saint-Jean. Elles traversent des corridors spectaculaires de la brousse québécoise et s’enfoncent dans la forêt boréale constellée de lacs, de montagnes, de rivières et… d’un méchant dédale de chemins forestiers.

Ces deux trajets de la société d’État canadienne, qui desservent des communautés et pourvoiries disséminées au fond des bois, s’arrêtent dans les stations prévues en chemin, mais il est possible de planifier un arrêt sur demande à l’un des nombreux points d’intérêt qui ponctuent les circuits. Toute l’année, ces trains effectuent trois allers-­retours par semaine. Ils comportent chacun un fourgon à bagages invitant leurs passagers à y enfouir valises grand format, glacières, quartiers de gros gibier, canots et, pourquoi pas, des vélos. Parfait pour les adeptes de cyclisme d’aventure.

 

Certains chemins sont ravinés par les fortes pluies du printemps.

Les Routes aventures panoramiques de VIA Rail permettent de sortir de la métropole afin de prendre la clé des champs avec son vélo puis d’y revenir. Elles offrent aussi la possibilité de se concocter une foule d’itinéraires en boucle dans des coins perdus, ou d’envisager des parcours linéaires entre deux stations ferroviaires. Tous les circuits garantissent des découvertes insoupçonnées dans des contrées isolées. Ils sont aussi le théâtre d’histoires surprenantes, souvent liées au développement de la voie ferrée dont les phases de construction ont été réalisées entre 1888 et 1913. Bref, ces propositions sont susceptibles de donner des ailes à la pratique du bikepacking.

Ma compagne Janick et moi avions expérimenté le circuit entre Saint-Jérôme et Senneterre, avec retour à Montréal, à bord du train 604. Histoire de renouveler l’expérience, nous nous sommes lancés cette fois sur un parcours de 300 km de garnotte entre Chambord, au Lac-Saint-Jean, et Rivière-à-Pierre, dans la région de Portneuf – deux stations qui font partie du trajet Montréal–Jonquière.

L’aventure à portée de train

Notre escapade dans les bois allait également servir de plateau de tournage à ciel ouvert pour le film The Slow Lane, un documentaire d’une vingtaine de minutes de la réalisatrice Alexa Fay, qui aborde notre nomadisme planétaire sur deux roues en tant que mode de vie.

Ravis d’avoir de la compagnie, nous avons rejoint l’équipe de tournage le matin du 1er juin 2023 à la station de Chambord. Avec nos fatbikes Panorama Torngat, convertis pour cette mission en intrépides bolides de brousse munis de roues de 29 po x 2,5 po, notre plan consiste à gagner Rivière-à-Pierre en six jours, puis de revenir en train à Chambord. Nous comptons passer du bassin du lac Saint-Jean à celui du Saint-Laurent en exploitant surtout deux couloirs naturels à la fois tumultueux et ensorcelants : les rivières Métabetchouane et Batiscan.

En remontant la Métabetchouane, nous mettons d’abord le cap vers le village de Saint-André-du-Lac-Saint-Jean, où nous franchissons l’impressionnant cours d’eau pour une première fois, puis nous enfilons une série de rangs vers le lac de la Belle Rivière, la réserve faunique des Laurentides et… le bois ! Après les pluies torrentielles dévastatrices du début mai, le temps est particulièrement chaud et sec, ce qui cause déjà plusieurs feux de forêt. Au moment de quitter la civilisation, des brasiers étaient actifs en Abitibi, en Haute-Mauricie, sur la Côte-Nord et, plus près de nous, au Saguenay, dans le secteur de Ferland-et-Boileau.

Nous entrons dans la réserve faunique des Laurentides par des chemins secondaires et des pistes tertiaires, pour émerger sur la route 38. Large, raboteuse et poussiéreuse, elle présente tous les symptômes d’une artère souffrant du transport intensif de l’industrie forestière. Nous constatons avec soulagement que notre circuit n’emprunte ce boulevard forestier que sur une quinzaine de bornes, jusqu’à l’intersection de la 38A, où les grumiers poursuivent vers le sud, et des zones de coupes de bois. Dès lors, la 38 redevient plus hospitalière, chaleureuse et rustique. Elle nous conduit jusqu’à son terminus, le splendide lac des Montagnais.

 

Nous dressons notre campement sur les berges du lac devant une demi-douzaine de chalets en bois rond vétustes, voire condamnés. La diminution, sinon l’absence, d’achalandage au lac des Montagnais ne manque pas d’augmenter la qualité de l’expérience cycliste sur la piste 361 qui, plus étroite et rocailleuse, se dirige allègrement vers l’ouest et la rivière Métabetchouane. Certains passages sur ce segment d’une dizaine de kilomètres s’avèrent périlleux pour le véhicule de l’équipe de tournage. Mais poursuivre sur la piste 361 le long de la rivière pour la remonter serait encore plus hasardeux : la piste est jonchée d’arbres déracinés ou cassés par les vents, et profondément ravinée par les fortes pluies des dernières saisons, l’amputant même de plusieurs ponceaux.

L’équipe empruntera une autre route. Janick et moi continuons de nous éclater sur la 361, puis la 36, remontant la rivière sur ce segment du fameux sentier des Jésuites. En fait, il s’agit plutôt d’une ancienne voie de communication quatre saisons bien fréquentée par les Innus – et Braves des Premières Nations – des millénaires avant l’arrivée des Européens et leurs missionnaires…

 

Ce sera bientôt la tombée du jour. Nous établissons nos quartiers près de la mise à l’eau qui jouxte l’entrée est du pont de la rivière Métabetchouane. Quelques instants plus tard, des pêcheurs y débarquent de leurs chaloupes avec leurs incroyables prises de la journée. Étonnés et excités, ils partagent avec nous de nombreuses canettes et nous font cadeau de quelques truites mouchetées de plus d’une livre chacune ! Un joyeux banquet s’organise. Nous sommes tombés sur un groupe de gais lurons qui viennent pêcher ici tous les ans… depuis 1980 ! Il y a longtemps que leur progéniture les accompagne afin de perpétuer la tradition, et les membres d’origine qui les ont quittés pour l’éternité ont leurs noms graffités sur les poutres du pont, devenu à la fois lieu de pèlerinage et épitaphe.

Au feu !

Nous nous trouvons à moins de 40 km de Lac-Édouard, village fondé en 1885 sur les berges du lac éponyme pour la construction du chemin de fer Quebec and Lake St. John. C’est aussi la source de la rivière Batiscan et, à mi-chemin entre Chambord et Rivière-à-Pierre, l’unique point de ravitaillement du parcours. Alors que nous préparons le café en démantelant tranquillement notre campement, un préposé de la Sépaq arrive en pick-up et nous annonce qu’il faut évacuer d’urgence le territoire en raison des risques d’incendies de forêt. Un décret gouvernemental interdit l’accès en forêt et ordonne la fermeture de chemins. S’ensuit un véritable branle-bas de combat : pédaler vers le lac Berthiaume, où nous embarquons dans une camionnette de la Sépaq, les montures dans la « boîte », jusqu’à la route 169 pour ensuite sprinter sur le bitume vers le lac Saint-Jean. Pendant ce temps, la réalisatrice Alexa Fay nous rejoint sur la terrasse de la microbrasserie Bercée, à Hébertville, où nous tentons de nous remettre de nos émotions.

Il nous faudra attendre la fin de la chasse à l’orignal, en octobre 2023, pour compléter notre tour de bikepacking. Ce sont les couleurs d’automne qui enflamment cette fois la forêt. Après une nuitée à l’accueillant gîte Le Presbytère, à Lac-Édouard, nous relions Rivière-à-Pierre principalement via la zec Jeannotte et la réserve faunique de Portneuf, pour revenir au point de départ en train.

Quels périples ! Assoupis dans le confort d’une banquette, ouvrant parfois un œil pour profiter des magnifiques paysages, nous rêvons au territoire parcouru, exploré et désormais familier, et à nos péripéties inattendues. Finalement, nous avons bien fait d’embarquer à bord pour vivre l’aventure de notre Bikepacking Québec-Express.

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