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Destinations, Hors-Québec

Montagnes, mer et mousson au pays du dragon

15-09-2026

Nous amorçons notre parcours dans les plantations de café, dans un pays qui en est le deuxième producteur mondial.

Il est plus facile de circuler à vélo dans la trépidante Hô Chi Minh-Ville que de la traverser à pied. Il suffit de se glisser dans le flot de la circulation, d’y prendre sa place et d’avoir des yeux tout le tour de la tête. Récit d’un périple cycliste épique, du sud au centre du Vietnam.

Première chose à faire : récupérer les vélos. Plutôt que d’emporter les nôtres dans l’avion à un prix prohibitif, sans garantie de les retrouver à destination, ma compagne et moi avons choisi de les louer sur place.

À notre arrivée dans le petit atelier de Cao Cao Adventures, Ngoc et son équipe nous accueillent cordialement. Deux Trek Marlin nous attendent. Ils sont munis de robustes porte-bagages, en outre d’une chaîne et de pneus neufs. Un sac contenant des chaînes, des plaquettes de frein et des chambres à air de rechange nous est également remis. Ça, c’est du service !

En plus de la location de vélos, Cao Cao Adventures organise de courtes escapades et des séjours de plusieurs jours. Ngoc nous a d’ailleurs préparé un itinéraire GPS de 17 jours entre Hô Chi Minh-Ville et Hué. Près de 1000 km : exactement ce que nous recherchions pour découvrir le pays à notre rythme.

Afin de quitter plus facilement l’immense agglomération de Hô Chi Minh-Ville et d’absorber en douceur le décalage horaire, nous décidons de prendre un bus jusqu’à Bao Loc, à une centaine de kilomètres de la métropole. Ces autocars équipés de sièges-couchettes sillonnent le Vietnam dans tous les sens, conduits par des chauffeurs qui ouvrent la voie à grands coups de klaxon.

Vaut mieux vérifier à l’avance auprès de la compagnie pour s’assurer qu’il reste de la place pour le vélo dans la soute. Il est aussi prudent d’avertir le chauffeur si l’on prévoit descendre entre deux grandes villes ; sinon, il pourrait bien poursuivre sa route sans s’arrêter.

Café et routes secondaires

Le parcours conçu par Cao Cao Adventures privilégie les routes secondaires, et c’est tant mieux. Les voies étroites serpentent entre les plantations de café. Il faut dire que le Vietnam est le deuxième producteur mondial de café, grâce à son climat particulièrement favorable. À toute heure du jour, nous pouvons déguster à tous les coins de rue un cà phê sua đá, un café filtre glacé contenant du lait concentré sucré.

Pour nos premiers kilomètres, la température est idéale. Nous grimpons vers les hauts plateaux et la ville de Dalat, surnommée la Ville du printemps éternel. Un arrêt s’impose. Outre la balade autour du lac, fort agréable à vélo, nous visitons la maison Hang Nga, mieux connue sous le nom de « maison folle ». Avec ses formes organiques, ses sculptures et ses escaliers étroits, elle semble tout droit sortie de l’imagination de Gaudí.

Dans la rue, on trouve toujours de quoi se nourrir.

La maison Hang Nga, à Dalat, mieux connue sous le nom de « maison folle », semble s’inspirer des œuvres de Gaudí.

Le passé colonial demeure également visible. Certaines demeures pourraient se trouver dans une petite ville française, tandis que la gare Art déco rappelle celle de Deauville. Une locomotive à vapeur y est exposée et, sur le quai, un guitariste joue Back in U.S.S.R. des Beatles. Nous avons l’impression d’être transportés dans un autre univers.

Comme il reste encore pas mal de kilomètres avant Nha Trang, la prochaine ville d’importance, nous faisons halte dans le village de Long Lanh, dans un hébergement dissimulé derrière un immense restaurant désert. La spécialité locale est l’esturgeon, servi de multiples façons.

Nous attaquons ensuite les derniers reliefs du plateau avant de plonger vers la mer dans une longue descente enivrante. La chaleur devient accablante et nos réserves d’eau s’épuisent. Nous nous arrêtons donc dans une aire de repos à quelques kilomètres de Nha Trang. Au Vietnam, ces haltes portent bien leur nom : des hamacs y sont installés pour permettre aux voyageurs de récupérer avant de reprendre la route.

Sur les rives de la mer de Chine méridionale

Nous atteignons la mer de Chine méridionale, que nous longerons jusqu’à Hué, au centre du Vietnam. Après avoir rangé nos vélos dans le garage de l’hôtel, au milieu d’une multitude de scooters, nous découvrons notre chambre située au quinzième étage. La vue embrasse la ville, les collines et la mer. D’épais nuages gris s’accumulent à l’horizon. La pluie approche. Nous ne le savons pas encore, mais elle marquera le reste du voyage. Lorsque les nuages éclatent, c’est un véritable déluge. L’eau se déverse des toits en torrents. La mousson dans toute sa puissance.

Nous avons investi dans des ponchos, ceux que les Vietnamiens à scooter enfilent sous la pluie. Ils protègent autant les cyclistes que leurs bagages. Les averses peuvent durer longtemps, puis céder soudainement la place à un soleil éclatant. Ça tombe bien, une fois qu’il est revenu, nous longeons des plages bordées de cocotiers.

Dans les petits ports de pêche, le bleu de la mer rivalise avec celui des embarcations. Si la Bretagne a ses chapeaux ronds, le Vietnam a ses bateaux ronds : les kouffas. On les appelle aussi les bateaux-paniers, généralement fabriqués en bambou tressé. Les pêcheurs les utilisent pour poser et relever leurs filets. Il va sans dire qu’il faut la bonne technique pour les diriger. Pour avoir tenté l’expérience, nous pouvons confirmer que maintenir une trajectoire à peu près rectiligne relève de l’exploit.

Encore une fois, notre itinéraire emprunte de petites routes et même d’étroits sentiers qui traversent rizières et cultures, habituellement parcourus par les scooters. Nous franchissons aussi un pont de bois branlant de plusieurs centaines de mètres. Régulièrement réparé après les crues, il demeure accessible grâce au modeste péage de quelques dongs payé par les usagers.

Cette portion du littoral permet d’observer les pêcheurs au travail. Souvent, des groupes de femmes s’occupent de trier et de préparer les prises du jour tout en discutant avec animation. L’aquaculture occupe également une place importante, avec de nombreux bassins installés près de la côte. Rien d’étonnant quand on sait que le Vietnam figure parmi les trois grands exportateurs mondiaux de produits de la mer.

C’est aussi l’endroit rêvé pour déguster un lâu. Au centre de la table mijote un bouillon dans lequel chacun plonge crabes, palourdes, seiches, crevettes, poissons et une abondance de légumes.

Nous passons la nuit à Bai Xep, un petit village de pêcheurs niché dans une crique. Les rues sont si étroites que les voitures ne peuvent y circuler. C’est là que nous apprenons que la tempête tropicale Fengshen se dirige vers les côtes vietnamiennes. Les vents et les trombes d’eau annoncés risquent de faire paraître la mousson comme un léger crachin.

Le Vietnam exporte autant de produits de la mer et de riz qu’il en consomme.

Franchir un pont branlant, circuler sur des routes étroites… Le vélo permet d’aller dans tous les recoins du pays.

Les couleurs de Hôi An

Nous tentons de devancer la tempête en prenant un bus vers Hôi An. Très fréquentée par les visiteurs, la ville séduit avec ses canaux, ses temples, son pont japonais couvert et ses maisons colorées.

Grâce à nos vélos, nous pouvons quitter rapidement les secteurs les plus touristiques pour rejoindre le village maraîcher de Trà Quê. Cet immense jardin communautaire cultivé selon des méthodes de culture biologique produit une impressionnante variété de légumes. Avec la chaleur et l’humidité, tout pousse ici trois fois plus vite que dans nos potagers.

Après une agréable balade entre les rizières, nous retournons en ville pour découvrir les œuvres du photographe Réhahn. Son projet Precious Heritage raconte, en images, l’histoire des différentes communautés ethniques du Vietnam. Une immersion saisissante dans la diversité culturelle du pays.

Une trentaine de kilomètres nous séparent de Da Nang, une station balnéaire réputée pour sa longue plage. La route longe la mer, mais la pluie et les complexes hôteliers masquent souvent le paysage. Quelques kilomètres avant d’y arriver, nous faisons un détour par Ngu Hanh Son, les montagnes de marbre. Ces cinq collines abritent de belles grottes et de jolies pagodes. Dans les grottes, les rochers glissants et les passages escarpés donnent parfois à l’exploration des airs d’aventure. À l’inverse, les jardins paisibles des pagodes invitent au recueillement.

Mousson et typhon

À Da Nang, la combinaison mousson-typhon nous oblige à revoir nos plans. Nous prenons un bus vers Hué, avec l’espoir que la météo s’améliore dans quelques jours afin de parcourir le trajet en sens inverse. Nous tenons absolument à franchir le col de Hai Vân, le « col des nuages », qui déroule 21 km de virages offrant des panoramas spectaculaires sur la mer et les montagnes.

En attendant, nous nous installons dans un modeste hôtel de Hué, près d’un affluent de la rivière des Parfums. La pluie, désormais continue, tombe avec intensité. Rien pour nous empêcher de visiter la cité impériale. Ancienne capitale du pays entre 1802 et 1945, Hué conserve un patrimoine historique exceptionnel. Derrière ses remparts s’étendent pavillons et jardins majestueux. Les visiteurs peuvent même louer des costumes d’époque pour se fondre dans le décor et mieux s’imprégner de l’histoire des lieux.

Nous souhaitons également visiter, à quelques kilomètres de Hué, le pont couvert de Thanh Toàn. La route est inondée, mais nous pédalons quand même dans une eau qui atteint les moyeux de nos vélos. Le pont, magnifiquement sculpté et coloré, sert à la fois de lieu de recueillement et d’abri.

La cité impériale de Hué : le Vietnam d’un autre temps

Battre en retraite

La pluie incessante a eu raison des rivières, qui sont sorties de leur lit. Au réveil, nous sommes surpris de voir la rue de l’hôtel et le stationnement sous l’eau. Des pirogues passent désormais sous le balcon. Toutes les rues de la ville sont inondées et l’électricité a été coupée. Les habitants, pourtant habitués aux caprices de la mousson, semblent dépassés par la situation. Néanmoins, ils poursuivent leurs activités.

Il vaut mieux partir, autant pour ne pas nuire aux opérations en cours que pour éviter d’être bloqués, car l’eau continue de monter. Nous chargeons vélos et sacoches dans une pirogue afin de rejoindre un secteur moins inondé. Nous traversons ensuite une partie de la ville avec de l’eau jusqu’aux genoux. C’est le temps de vérifier l’étanchéité de nos bagages !

Nous parvenons finalement à monter dans un bus à destination de Da Nang. De là, nous embarquons dans un train qui mettra une vingtaine d’heures à rejoindre Hô Chi Minh-Ville. Au rythme du convoi, je repense à nos dernières péripéties aquatiques. Devant l’adversité, les Vietnamiens démontrent une remarquable résilience et une impressionnante capacité d’adaptation.

En regardant défiler le paysage, une certitude s’impose : le Vietnam se découvre merveilleusement bien à vélo.

Nous avons été rattrapés par la mousson et un typhon. Il est temps de partir !

Parcours illustré sur une carte du Sud-Vietnam

Repères

Les transports

  • Les autobus avec couchettes circulent jour et nuit. N’oubliez pas d’enlever  vos chaussures en entrant et de mettre vos bouchons d’oreilles pour atténuer les fréquents coups de klaxon. Il est préférable de vérifier au préalable auprès de la compagnie que votre vélo pourra être transporté dans la soute.
  • Les trains ont le charme d’une autre époque. En choisissant un compartiment de quatre couchettes, vous aurez l’occasion de faire de nouvelles rencontres à chaque arrêt – d’ailleurs nombreux. Il est possible de manger et de boire à bord. Là encore, assurez-vous que votre vélo pourra être embarqué.

Les hébergements

Les options sont nombreuses, variées et abordables. Même dans les régions plus isolées, il est généralement facile de trouver une chambre, bien que l’offre ne soit pas toujours clairement affichée.

La nourriture

La cuisine vietnamienne est souvent excellente, omniprésente et peu coûteuse. Ici, la bouffe de rue est reine, avec cette extraordinaire capacité à faire apparaître tables et chaises sur un bout de trottoir en un clin d’œil.

Le vélo

Il est possible d’apporter son propre vélo, mais cela implique des frais supplémentaires et peut entraîner certaines inquiétudes liées au transport aérien. La location sur place mérite d’être envisagée. Nous avons choisi Cao Cao Adventures. Les tarifs étaient raisonnables et le service irréprochable, avec conseils personnalisés et parcours GPX fournis gratuitement.

Visitez le site de Cao Cao Adventures

Photos de Jacques Sennéchael

 

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