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Reportage

Nickolas Zukowsky – Se faire les dents en territoire hostile

20-08-2020
rally cycling zubrowski

Après une année déterminante, ponctuée de résultats qui étincellent sur sa fiche de coureur, Nickolas Zukowsky se fait les dents en Europe et découvre que, là-bas, on ne lui fera pas de cadeau. Ça tombe bien, le jeune Québécois aime travailler dur. 

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En effet, le nouveau coloc d’Antoine Duchesne en Europe en a eu pour son argent lors de ses premières épreuves en début de saison sur le Vieux Continent. Deux courses consécutives dans sa région française d’adoption, dans des conditions météorologiques extrêmes et au sein d’un peloton inamical.

Jour 1. Faun-Ardèche Classic. «Il pleuvait vraiment beaucoup, raconte-t-il. Ça faisait une heure qu’on était partis et il n’y avait toujours pas d’échappée, donc ça roulait à fond. Dans une descente, il y a eu une chute devant moi. J’ai pu l’éviter. Mais derrière, un gars qui n’avait pas de freins à disque n’a pas été capable d’en faire autant et il m’a foncé dedans. Le temps que l’auto de l’équipe arrive, que je puisse changer de vélo, parce que le mien avait été endommagé par la collision, le groupe était parti et je n’ai eu aucune chance de le rattraper.»

Jour 2. Royal Bernard Drôme Classic. Le temps est encore dégueulasse. On peut le voir dans une vidéo en ligne qui montre les 30 derniers kilomètres de la course où Pier-André Côté, son coéquipier chez Rally, se fait reprendre par les poursuivants après une journée à l’avant. «J’étais un des deux coureurs protégés ce jour-là, raconte le Québécois dont la mère vit dans les Laurentides, et le père à Tucson, en Arizona. J’étais assez stressé, il fallait que je livre. Et j’ai bien fait jusque dans les dernières difficultés, où je me suis fait lâcher.» Par les Julian Alaphilippe, Simon Clarke, Vincenzo Nibali, Warren Barguil et autres pointures majeures. Pas de quoi rougir de honte, donc.

Changement de ligue

Issu de l’écurie canadienne Silber (équipe continentale, ou 3e division), devenue Floyd’s of Leadville Pro Cycling Team en 2019 après que le principal commanditaire eut retiré ses billes, Nickolas Zukowski a connu une année décisive en 2019. Gagnant du prestigieux Grand Prix cycliste de Saguenay, 3e au Tour de Beauce, à l’impitoyable Tour of the Gila et aux championnats canadiens (en plus de finir 7e au contre-la-montre national), il se taille une place sur le Tour de l’Avenir et sur l’escouade des moins de 23 ans aux mondiaux.

«C’est le résultat d’une accumulation d’éléments, observet-il avec du recul. Ça a cliqué. Ça faisait deux ans que je faisais le circuit nord-américain, j’apprenais beaucoup auprès de vétérans comme Ryan Roth, je connaissais les parcours et les autres coureurs.»

autres coureurs.» Puis le passage avec Floyd Landis et son entreprise de produits à base de cannabidiol (CBD) n’a pas été aussi loufoque que le personnage pouvait le laisser croire. Au contraire. «Ça a vraiment été une très belle année, autour d’un groupe soudé. Je n’ai jamais vu pareille chimie. On avait des coureurs qui gagnaient des courses, on avait confiance et on se donnait à fond parce qu’on savait qu’ils allaient livrer, et ça fonctionnait!» Zukowski a profité de la situation pour se faire un nom, être au bon endroit au bon moment, et on lui a fait confiance à son tour.

De Landis, il n’a que peu à dire, sinon que c’était, malgré ce qu’on peut penser du personnage, un geste généreux de sa part, de sauver l’équipe. «Franchement, il n’a pas dû en retirer grand-chose.» Sinon un peu de controverse, comme de raison. Sans doute payante. Parlez-en en bien ou en mal, comme on dit…

Son entrée chez Rally en 2020 (une équipe continentale pro, ou 2e division) donne l’impression d’un couronnement à la suite de cette saison d’éclosion. Et avec seulement quelques courses européennes au compteur (pour les raisons qu’on connaît, et malgré un imposant calendrier outre-mer pour Rally), Nickolas Zukowski se fait habilement les dents en territoire hostile.

«Je me rends compte que la hiérarchie est forte ici. En début de course, les équipes World Tour contrôlent tout, ne nous laissent pas aller à l’avant. Alors, pendant des heures, on fait le yo-yo en queue de peloton, on brûle beaucoup d’énergie inutilement. Quand on nous laisse enfin prendre part aux hostilités, on doit le faire après s’être battus pendant un bon moment, donc déjà très fatigués.»

Sans trop savoir à quoi ressemblera le reste de sa saison, avec un calendrier encore incertain au moment de notre entretien à la mi-juin, Nickolas Zukowski ignore ce qui l’attend. Il sait toutefois que son équipe lui fait assez confiance pour le protéger dans de belles épreuves, qu’il est encore très jeune, mais arrivé à une étape cruciale de sa carrière, et que son contrat avec Rally s’étendant jusqu’à 2021, il peut espérer le meilleur. Y compris un saut vers le World Tour au terme de cette aventure avec l’une des équipes les plus efficaces de cette division.

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