Cabourons et vue sur le fleuve, dans le Bas-Saint-Laurent
En marge des stations de vélo de montagne réputées, le Québec fourmille de petits centres dont on entend moins parler. Dans une série de cinq articles, Gilles, accompagné d’Isabelle, vous invite à découvrir quelques-uns de ces sites émergents, combinant chaque fois deux destinations rapprochées pour des fins de semaine bien remplies. La tournée débute dans le bas du fleuve, où l’air marin inspire favorablement les développeurs de sentiers.
Boisé Beaupré, Sainte-Anne-de-la-Pocatière
En approchant de La Pocatière, on remarque tout de suite ces collines rocheuses, appelées cabourons, qui émergent de la plaine du littoral. Comme les Montérégiennes, les cabourons sont faits de roches métamorphiques, plus dures que les roches sédimentaires de la plaine, qui ont résisté au passage des glaciers.
Ces longues arêtes dégarnies ont de quoi faire rêver tout constructeur de sentiers, qui se dit : « Ça serait le fun de faire une piste sur le ridge ! » Sauf que… lorsqu’on regarde de plus près, on s’aperçoit que les crêtes sont loin d’être lisses… Adoucir les cassures implique un travail colossal. Qu’importe, ici, cela a été fait ! Et c’est fantastique ! Nous nous trouvons dans le secteur expert du Boisé Beaupré, à La Pocatière, en extase devant la maestria des Skunk Diggers, l’équipe locale de bénévoles qui a aménagé deux pistes suivant l’arête en dents de scie d’un cabouron.
La Centurion et la Blackbird sont des chefs-d’œuvre dans lesquels les déclivités ont été adoucies par des enrochements colossaux, des courtepointes de cailloux juxtaposés comme une céramique de salle de bain. On se croirait sur les pistes du secteur Maelstrom des Sentiers du Moulin. Ce n’est pas surprenant, sachant que les corvées de construction ont été supervisées par Pat Pero, longtemps à la tête du groupe de bénévoles LB-Cycle de Lac-Beauport, spécialistes de ce genre d’enrochement.
- Au Boisé Beaupré, les sentiers sont manucurés avec les matériaux de l’endroit.
- Les bénévoles font des miracles, dessinant des tracés fluides dans la pente douce de la montagne. © Yoan Tardivel
En suivant la piste Spéciale « K », nous apercevons les travaux en cours sur un autre sentier, qui s’annonce encore plus spectaculaire. C’est ce que nous confirme Stéphane Rousseau, rencontré par hasard dans le stationnement. L’homme est le grand manitou de Vélo de montagne Kamouraska, l’OBNL qui gère le centre. Son équipe et lui ont fait des miracles ici. Forts de l’appui de la municipalité, ils ont confié à Sentiers Boréals l’aménagement d’un réseau d’une dizaine de kilomètres dans les pentes douces de la montagne qui appartenait auparavant à une communauté religieuse.
Quelques belles descentes faciles partent du sommet. Le dénivelé n’est pas très important (une cinquantaine de mètres), mais on file quand même à bonne vitesse dans les tracés fluides de la Salamandre, de la Joker, de la Fury et de la Furtive, par ordre de difficulté. La Montaison nous ramène au sommet tout en douceur, car elle s’étire sur pas moins de 2 km ; on y grimpe à toute vitesse d’abord dans une splendide érablière, puis sur un tapis d’aiguilles en se faufilant à travers des pins rouges majestueux plantés il y a presque 100 ans. Ça rappelle Old Web’s aux Kingdom Trails.
Pour développer ce réseau et l’entretenir, la municipalité compte désormais sur trois employés épaulés par une petite armée de bénévoles. Stéphane Rousseau nous autorise à tester la Frelon, la toute dernière réalisation de cette équipe soutenue par Pat Dorion, un virtuose de la pelle mécanique qui a une fois de plus façonné un véritable bijou de sentier, d’aspect naturel, en respectant un couloir étroit entre les arbres. De petits sauts prévisibles viennent ajouter du piquant à cette piste savoureuse, qui conclut la visite sur une note parfaite.
Sentiers du Portage, Notre-Dame-du-Portage
Par l’autoroute, il suffit de 40 minutes pour rallier Notre-Dame-du-Portage, à partir de La Pocatière. C’est à peine plus long par la 132, et tellement plus agréable. Nous branchons la voiture devant la bibliothèque nouvellement déménagée à deux pas du quai, d’un parc pour enfants et de la fameuse piscine municipale à l’eau salée.
C’est ici que débute la Marée montante, une montée partagée avec les piétons et qui conduit à une dizaine de courtes pistes de descente. Sentiers du Portage est un tout nouveau centre, ouvert au printemps 2024 après quatre ans de travaux. Au moment de notre visite, à l’automne, les sentiers étaient en parfaite condition. Ils totalisaient environ 6 km, et ce kilométrage augmentera avec les années.
Le réseau a été mûrement réfléchi et souligne le caractère marin du site, les dénominations des pistes s’inspirant de la flore et la faune locales : les pistes faciles (vertes) portent des noms d’algues et les intermédiaires (bleues), des noms de poissons ou d’organismes marins, alors que les noires réfèrent à des animaux terrestres et les doubles noires, à des oiseaux. Logique !
Le dénivelé est plus important ici qu’à La Pocatière, soit une centaine de mètres. La montée est plus difficile, et la pente moyenne dépasse les 6 %. Les descentes sont également plus prononcées, oscillant entre 8 et 10 % de déclivité.
- À Sentiers du Portage, les pistes faciles, aux noms d’algues, sont parfaites pour les enfants ou les débutants.
- Les déclivités de la Blackbird sont adoucies grâce à l’utilisation judicieuse des enrochements.
Ce terrain de jeu plaira donc aux riders expérimentés davantage qu’aux débutants. Les sentiers ne présentent pas de difficultés majeures, mais vu le degré d’inclinaison, les virages surélevés s’enchaînent de façon très rapide. Les experts sauront conserver leur vitesse et prendront leur pied, tandis que les débutants devront freiner beaucoup tout en se méfiant des doubles sauts.
La Marée montante nous mène jusqu’à un plateau dégagé où un conteneur sert de rampe de départ à deux pistes de sauts. La Flétan est à la portée de tout le monde et possède un amusant step-up (saut de fossé vers le haut). La Grand Héron est d’un calibre supérieur, comportant un saut dans le vide au tout début et des modules géants qui feront le bonheur des experts en sauts. Juste à côté, le parc d’habiletés Lepage Millwork abrite deux pistes garnies de modules bien conçus.
Notre piste préférée est sans aucun doute la Turbot, située dans la zone Premier Tech. C’est la plus longue du réseau et elle propose un peu de tout. Les jardins de roches, les sauts et les virages surélevés se succèdent à une vitesse folle, si bien qu’il faut quelques descentes pour l’apprivoiser et pouvoir enchaîner sans hésitation. Les sauts sont habilement conçus, ils ne comportent aucun gap et se roulent sans difficulté si désiré. Ce secteur est tout désigné pour l’éventuelle construction de nouvelles pistes de calibre avancé.
La zone Prelco, à l’ouest, dispose du même genre de tracés, mais avec des virages encore plus serrés – l’endroit idéal pour perfectionner sa technique. Le sol ici est recouvert d’un fin gravier bien compacté, parfait pour sculpter les courbes tout en assurant une bonne adhérence. Le drainage est sans faute. Bravo au maître d’œuvre, Sentiers de l’Est, qui a su réaliser les fantasmes de Simon Faucher et Adam Andersen, les promoteurs de cette initiative dont le résultat est localisé sur un immense terrain appartenant à la municipalité. Soulignons aussi la contribution de Wolf Bike Park, sis à Potton, pour les pistes de sauts du Véloparc Desjardins.
Notre virée aux Sentiers du Portage se termine comme il se doit, c’est-à-dire devant une boisson et une succulente pizza sur la terrasse de la Pizzeria des Battures, qui permet de voir le coucher de soleil sur le fleuve. Dur à battre !

La piste Marée montante mène à un conteneur qui sert de rampe de lancement.

Les Cabines St-O, à Saint-Onésime-d’Ixworth
Hébergements
• Les Cabines St-O, à Saint-Onésime- d’Ixworth
• Camping Rivière-Ouelle, drette au bord de l’eau
• Auberge sur Mer, drette au bord du fleuve itou, et à Notre-Dame-du-Portage même
Bières locales
• Tête d’Allumette Microbrasserie, à Saint-André-de-Kamouraska
• Ras l’Bock, pub, boutique et usine, répartis entre Saint-Jean-Port-Joli et La Pocatière
Autre endroit où rouler
• Sentiers de la Meute, à Rivière-du-Loup
Prétexte pour se déplacer
• Le Boisé Beaupré accueille chaque année une compétition du circuit régional Québec–Chaudière-Appalaches. C’est l’occasion parfaite de s’initier à la compétition sans danger, dans une ambiance amicale.