Le parcours démarre du magnifique parc de la Rivière-Etchemin.
Pour cet opus automnal (automne 2025), j’ai décidé d’explorer la région de Chaudière-Appalaches en direction de la campagne beauceronne. Si j’ai souvent roulé sur le Parcours des anses et sur la Cycloroute de Bellechasse, j’ai rarement visité les abords des rivières Etchemin et Chaudière, qui valent pourtant le détour.
Au départ du magnifique parc de la Rivière-Etchemin, je me lance dans l’ancien territoire des sœurs cisterciennes de Lévis, qui offre maintenant un vaste réseau de sentiers cyclables et piétonniers. Je me laisse porter par les sinuosités de la piste longeant le cours d’eau du même nom. Au fil de ma progression, je découvre ces lieux multifonctionnels. Domaine cyclable l’été, vocation skiable l’hiver… oasis de contemplation en tout temps.
Un impressionnant point de vue sur la rivière agitée m’attend dans une courbe, alors que le prochain virage en épin-gle à cheveux débouche sur les ruines de l’abbaye cistercienne maintes fois ravagées par les flammes. L’établissement ayant été érigé au début du XXe siècle, ses restes sont aujourd’hui ornés des murales d’une artiste lévisienne.

L’ancien territoire des sœurs cisterciennes de Lévis offre tout un réseau de pistes cyclables.
Avide d’utiliser une autre infrastructure des environs, la nouvelle Véloroute de Dorchester reliant les municipalités de Scott et de Saint-Anselme, je traverse rapidement Saint-Chrysostome et j’oblique sur une autre piste, vers Sainte-Hélène-de-Breakeyville, un secteur de Lévis. Même si cette piste s’interrompt brusquement au 16e kilomètre pour rejoindre l’avenue Saint-Augustin, les 25 kilomètres suivants sont également tracés selon les méandres que dessine de la rivière Chaudière, agrémentés de champs et de fermes en toile de fond.

Véloroute de Dorchester
Après avoir passé Saint-Lambert-de-Lauzon, au kilomètre 40, à l’angle des routes Carrier et du Président-Kennedy, on effleure la localité de Scott et ses deux casse-croûtes. Quelques zigzags dans un petit quartier résidentiel conduisent à la fameuse piste cyclable de Dorchester. Si un temps aussi long s’est écoulé avant que cet aménagement voie le jour, en raison du type de zonage qu’il traverse, cela a tout de même donné naissance au premier boviduc du Québec.
Monnaie courante en Europe, le passage réservé aux bovins leur permet d’aller et de venir à leur guise sans gêner la circulation des cyclistes. Après tout, les vaches comme les adeptes de bicyclette méritent de jouir de leur liberté ! Signe supplémentaire de la complexité du projet, son inauguration officielle est sans cesse reportée, et le parcours emprunte encore, sur quelques centaines de mètres près de Sainte-Hénédine, la route Sainte-Thérèse, en attendant que le dernier tronçon reçoive les approbations nécessaires.
Au 59e kilomètre, à la hauteur de Saint-Anselme, on parvient à la Cycloroute de Bellechasse et son emblématique cyclomur. Les bécanes accrochées aux vestiges de l’ancien chemin de fer évoquent le thème du temps suspendu.

Cycloroute de Bellechasse
Il ne faudra ensuite que 5 km pour rallier le premier arrêt brassicole, La contrebande. Même si elle est située légèrement en retrait du sentier, la microbrasserie est devenue un repaire de cyclistes et de motocyclistes du coin. Brassant au départ leurs bières dans les cuves de leur voisin, Frampton Brasse, qu’ils distribuaient en canettes partout dans la région, les « contrebandiers » ont finalement acheté leurs propres installations après avoir reçu un appel de la Chine leur demandant s’ils pouvaient exporter 60 000 de leurs canettes pour le marché chinois.
Quelle histoire inusitée ! Avant de réenfourcher ma monture, au moment même où je me dis que le ravitaillement parfait n’existe pas, on me prouve le contraire en me servant une barre Mars frite accompagnée d’un verre de brune au café.
Forte de ce notable apport en glucides, je file énergiquement vers le fleuve, profitant du faux plat descendant et du bitume de bonne qualité. En prime, la municipalité de Saint-Henri permet un arrêt crème glacée sans presque descendre du vélo. Puis, à la hauteur du secteur de Pintendre, il n’y a pas que la piste qui est achalandée : le ciel est souvent décoré de parachutes. Les yeux en l’air, on les voit doucement flotter dans le vide et on admire ce paradoxe : le vent, complice du parachutiste et adversaire du cycliste ; les uns en dépendent pour survivre, les autres le redoutent dès qu’il leur fait face.
Soudainement, plus près de Lévis, deux passerelles surélevées brisent l’absence de dénivelé et offrent une ultime occasion de se réveiller les jambes et de faire grimper les watts.
C’est avec une vue imprenable sur la voie fluviale que, dès la 92e borne, on s’abandonne à la roue libre jusqu’à l’accostage à la microbrasserie Corsaire, 3 km plus loin. Sa terrasse protégée du vent, aux premières loges des allées et venues du traversier et de la ville de Québec en arrière-plan, en fait l’interlude automnal idéal lors de temps plus frisquet. Je reste dans la thématique pirate et je goûte la Bristol, une brune anglaise légère et désaltérante. À seulement 7 km de la fin de ce parcours, j’opte pour un retour à la maison en bateau, avec la plus belle perspective sur le château Frontenac, en guise d’adieu.
À BOIRE ET À MANGER
Clin d’œil brassicole
Les bières barriquées sont des bières ayant subi un vieillissement en fût de bois, souvent de chêne, une pratique empruntée à l’univers du vin et des spiritueux. Contrairement à la cuve d’acier inoxydable, le fût laisse passer une petite quantité d’oxygène, ce qui enclenche une transformation progressive de la bière. Les arômes s’oxydent parfois légèrement, et de nouvelles notes apparaissent : vanille, coco, épices douces, fruits secs ou caramel, selon le type de bois et le liquide précédemment contenu. Loin des standards industriels, les bières barriquées rappellent que le vieillissement est un art, une alchimie entre matière organique, patience et intuition du brasseur — une apologie de la lenteur à savourer avec la même attention qu’un verre de spiritueux d’exception.

La microbrasserie La contrebande
La contrebande
Avec son beergarden champêtre et son menu d’inspiration mexicaine, cette microbrasserie attire les adeptes de deux-roues d’ailleurs et des alentours. On y brasse des bières rafraîchissantes sur la terrasse attenante. À boire sur place : la Scotch Ale, bien maltée, qui déploie des notes de fruits mûrs et de caramel sur une robe cuivrée.
Corsaire microbrasserie pirate – pub La traverse
Situé en bordure du fleuve tout près de l’arrivée du traversier, l’établissement s’impose comme un classique du Vieux-Lévis, et son décor est idéal pour se récompenser après une longue sortie. À boire sur place : la USS Vermont, une hazy IPA qui explose en saveurs de fruits tropicaux avant de se prolonger sur une pointe d’amertume.
O’ravito café-relais
Ce café-brunch convivial de Lévis accueille cyclistes et marcheurs avec ses sandwichs créatifs, ses viennoiseries maison et son café soigneusement sélectionné. Réputé pour sa cuisine fraîche et santé élaborée par la cheffe Ann-Rika Martin (gagnante de l’émission Les chefs ! en 2017), l’endroit dispose d’une belle terrasse et de nombreuses options végétariennes.

Le bar laitier Vanille chocolat
Bar laitier Vanille chocolat
Sis à Saint-Henri, c’est l’arrêt tout indiqué pour les amateurs de crème glacée lors de journées chaudes. Le ravitaillement lacté se déguste à même les tables jouxtant la Cycloroute de Bellechasse.
Casse-croûte K
Fréquenté autant par les gens du coin que par les cyclotouristes en transit vers la Véloroute de Dorchester, ce snack-bar propose tous les classiques, bien exécutés et en portions généreuses : poutines, burgers, hot-dogs et pizzas.

Le bonheur !
Fiche technique
• Longueur : 102 km, environ 550 m de D+
• Revêtement : très propre ; 100 % asphalté
• Vélo et pneus recommandés : vélo de route avec pneus de 25 mm et plus
