Publicité
Hors-Québec

Rwanda – Le pays de tous les possibles

17-11-2018
Rwanda Vélo

« Ça te dit, d’aller au Tour du Rwanda ? » Un flot d’images m’a traversé l’esprit après que Frédéric Gates, coach de l’équipe canadienne LowestRates.ca, m’ait fait cette proposition. Je pressentais que cette aventure ne serait pas qu’une course de vélo, mais toute une expérience.

Veille de course à Musanze

Il n’y a pas que les gorilles dans le nord-ouest du Rwanda. Musanze, la petite ville proche du parc national des Volcans où batifolent les grands singes, est le siège de l’Africa Rising Cycling Center. Ce bijou de centre de formation se consacre aux métiers du cyclisme, athlètes compris.

Celui qu’on appelle Joke, pour Jonathan «Joke» Boyer, est en quelque sorte le père de ce site situé un peu à l’extérieur de la ville. Côté vélo, il sait de quoi il parle: premier Américain à avoir participé au Tour de France en 1981, il en a cinq à son actif, avec une très honorable 12e place en 1983. À l’époque, déjà, il étonnait ses collègues cyclistes en puisant son énergie dans les noix et les fruits plutôt que dans la viande. En 2006, il s’installe au Rwanda et fonde avec quelques compères une équipe cycliste. Les compères en question: Adrien Niyonshuti – il représentera le Rwanda en vélo de montagne aux Olympiques à Londres – et Tom Ritchey, qui se passe de présentation. L’équipe a en prime l’assentiment de l’ autoritaire Paul Kagame, le président actuel du Rwanda, qui a sorti le pays de l’ornière du génocide de 1994; le président a même fait cadeau au centre de quelques Pinarello, histoire de prouver qu’il prenait la démarche au sérieux.

Tour du rwanda

Le pays des mille collines
porte bien son nom.

Il faut dire que cette histoire dépasse largement du cadre de la chose cycliste. Team Rwanda, le centre de formation, le Tour du Rwanda sont davantage des symboles d’espoir et de victoires qu’une modeste aventure de vélo. Même si le terrible génocide est toujours bien présent dans les esprits, la dynamique pratique cycliste vient donner une autre image du pays des mille collines. «Les gens sont extrêmement fiers de leur équipe nationale, souligne Joke Boyer. Pendant le Tour, ils reconnaissent leurs héros, qui viennent de toutes les régions rwandaises. Le spectacle et les médias sont là. Grâce à Sandrine Uwayezu (lire l’entrevue en page 23), le Tour du Rwanda connaîtra cette année 2017 la première femme mécanicienne africaine sur un grand tour; c’est un tout autre symbole pour le Rwanda que le génocide.» Joke Boyer ne cache pas qu’il aimerait qu’un de ses rêves devienne réalité: une équipe rwandaise au Tour de France dans les cinq ou dix ans.

Jardin bio et atelier mécanique

Tour du rwanda

Veille de course pour les mécanos

Tout de suite en entrant dans le centre, on trouve un vaste terrain cultivé où s’active Jean, le jardinier du centre. Ici, le bio est de rigueur. En même temps qu’ils peaufinent leur performance, les athlètes apprendront que bien manger est essentiel. «Les athlètes dorment, mangent, vont à l’école et pratiquent même le yoga, énumère le convaincant Joke Boyer. Nous voulons changer la vie des individus, pas pour qu’ils deviennent seulement des sportifs, mais de bons humains.»

Une des six bâtisses du centre est le réfectoire. Sur l’heure du midi, les membres d’une des équipes qui vient de finir l’entraînement se lavent les mains avant d’attaquer le menu. Les cuistots déposent d’immenses gamelles bouillonnantes sur le comptoir. Légumes, viande, pâtes, les rations sont copieuses, et les athlètes ne se privent pas de se resservir plusieurs fois.

Le bâtiment voisin est tout tranquille. Ceux qui se sont entraînés le matin s’y font masser et soigner; ils sont ici pour récupérer. Dans la salle d’à côté, Violette pédale sur un rouleau; blessée au bras, elle tourne les jambes, histoire de garder la forme avant de reprendre la route.

L’endroit le plus animé est l’atelier mécanique. Le Tour du Rwanda part le lendemain, et la fébrilité des derniers préparatifs transparaît. D’un côté, on monte des roues, de l’autre, on ajuste les Pinarello Dogma de Team Rwanda (merci, monsieur le président!). Un cadre obtient un sursis de vie grâce à un pansement de toile de carbone. Même si on veut assurer un encadrement pro, ici, rien ne se perd.

«Nous offrons un triple apprentissage, m’explique Sean, le chef mécano. Les athlètes apprendront bien sûr la mécanique, mais aussi l’anglais et le français afin de pouvoir fonctionner partout. Leur apprentissage s’effectue assez lentement au cours de l’année, mais par contre, quand arrive le Tour, ils apprennent très rapidement!»

La nuit tombe tôt à Musanze. Comme les athlètes se couchent de bonne heure en prévision du Tour, la seule lumière qui demeure allumée est celle de l’atelier mécanique, où il reste encore du travail.

 

 

Tour du rwanda

« Je peux faire n’importe
quoi en matière de
mécanique vélo. Mon but
est de mieux faire que les
autres. »
– Sandrine Uwayezu

Sandrine Uwayezu, docteure vélo

«Le cas de Sandrine est intéressant. Elle est bonne mécanicienne, elle apprend vite, et c’est pour ça qu’elle est là, pas parce qu’elle est une fille.» Joke Boyer présente avec éloquence Sandrine Uwayezu. À tout juste 21 ans, cette stagiaire à l’Africa Rising Cycling Center s’apprête à embarquer dans la voiture de l’équipe Illuminate afin d’assurer la mécanique lors du Tour du Rwanda. Vélo Mag l’a rencontrée la veille du départ du Tour. L’entrevue a été réalisée en kinyarwanda avec l’aide d’un interprète.

Vélo Mag: Pourquoi la mécanique de vélo?
Sandrine Uwayezu: J’ai commencé à faire de la mécanique automobile, et je me suis rendu compte que j’avais un talent pour ça. Puis j’ai eu cette occasion d’étudier la mécanique vélo, et j’ai trouvé ça facile dès le début de ma formation.

VM: Comment est-ce, de travailler uniquement avec des gars?
SU (point d’interrogation dans le regard de Sandrine, qui doute de la validité de la question): C’est très facile pour moi. Je peux faire n’importe quoi en matière de mécanique vélo. Mon but est de mieux faire que les autres.

VM: Comment abordez-vous une réparation sur un vélo?
SU: Je ne me borne pas à réparer une seule chose. Quand je touche à un vélo, les pneus par exemple, je vérifie toujours le reste. Je regarde les freins et l’ensemble de la monture, afin d’être certaine que tout fonctionne avant que le vélo ne reparte.

VM: Éprouvez-vous des appréhensions à faire de la mécanique dans l’urgence d’une course?
SU: Je sais que la partie mécanique n’est pas nécessairement facile, dans le Tour du Rwanda, mais j’ai de bonnes compétences et j’ai confiance en moi. En plus, je suis heureuse de pouvoir tout faire pendant cette course

La Congo Nile Trail

La Congo Nile Trail semble avoir été tricotée pour le bikepacking: un peu moins de 280 km de chemin quasiment non asphalté, des villages éparpillés tout du long, et l’immense lac Kivu qui sert de frontière entre le Rwanda et la République démocratique du Congo. Elle part du premier pays, à Gisenyi, et descend jusqu’au second, à Bukavu, en suivant le lac vers le sud.

Idéalement, il faut compter cinq jours pour goûter pleinement la Congo Nile Trail. Pour ceux qui en doutent encore, le pays des mille collines n’usurpe en rien sa réputation, présentant près de 6000 m de dénivelé positif sur son ensemble. Le projet est né en 2011 et se construit tout doucement depuis. Ce qui signifie, en clair, que la signalisation est à affiner, et ce qui justifie l’embauche d’un guide local.

Par manque de temps, je n’ai pu boucler tout le parcours, m’en tenant à quelques portions en deux journées. Cet aperçu m’a fait vivre les moments les plus émouvants de mon séjour rwandais.

Ne vous attendez pas à des single tracks ciselées façon IMBA, la Congo Nile Trail est plutôt chaotique, caillouteuse et quelquefois crevassée. Outre les dénivelés de type face de singe de certains secteurs, elle ne présente pas d’énormes défis techniques, si ce n’est qu’on se doit d’être aux aguets en vue de ne pas mettre la roue avant aux mauvais endroits.

La population locale ne se prive pas d’utiliser ces chemins, puisque ce sont les seules connexions entre les villages. À cet égard, faites preuve d’au moins un soupçon de modestie sur votre double suspension rutilant: vous croiserez des cyclistes plus méritants sur des montures nettement moins adaptées à la situation que la vôtre. En outre, ils seront fort probablement chargés comme des mulets.

Vous l’aurez deviné, la rencontre des habitants des lieux est une facette de l’expérience Congo Nile Trail. Vous aurez cent fois l’occasion de taper dans la paume des mains des enfants croisés dans les villages. Il se peut même que ces gamins vous refilent un coup de pouce sous la forme d’une petite poussée dans une pente abrupte.

L’autre facette de la Congo Nile Trail est la diversité des paysages parcourus. Vous êtes sur une crête, et au premier plan se dessine le long serpent de latérite du chemin que vous venez d’emprunter. Un peu plus loin, les plantations de thé parfaitement ordonnées quadrillent les environs, et juste derrière, le lac Kivu se donne des allures de mer. Le tout est parsemé de collines où pousse une végétation luxuriante.

Il suffit de descendre en slalomant dans la caillasse pour se retrouver sur le bord du lac. Le chemin rocailleux laisse place à un sentier herbeux plus reposant. Une traversée de village plus tard, le soleil a du mal à percer l’épaisseur de la forêt. Le chemin est humide, et je respire une forte odeur d’humus malgré la chaleur.

Callixte attend patiemment que j’assouvisse ma curiosité en photographiant un antédiluvien système de freinage sur un vélo vintage. Il a le sourire aux lèvres. Il m’avait promis que je repartirais du Rwanda convaincu que le tourisme à vélo a de l’avenir dans son pays. Il avait raison.

 

 

Tour du rwanda

À faire

  • Prendre son temps pour grimper: les côtes sont ardues et l’effet de l’altitude se fait sentir.
  • S’arrêter dans les villages pour papoter avec les gens.
  • Porter une attention particulière aux franchissements de ponts, car il est facile d’y coincer une roue.
  • Se modérer dans les descentes, les racines étant nombreuses et les crevasses très présentes.
  • Observer un moment de silence devant les mémoriaux du génocide de 1994.
  • Boire un Fanta citron bien froid.
  • Se goinfrer de tamarillos.
  • Déguster un thé rwandais lait et gingembre.
  • Se faire traiter avec le sourire de mzungu (« homme blanc », en bantu).
  • Siroter une bière Skol bien fraîche en descendant de vélo.

Le Tour du Rwanda des Lowestrates.ca

Tour du rwanda

Les coureurs canadiens ont pas mal de supporters !

La course est née en 1988 et fait partie de l’UCI Africa Tour depuis 2009. Au menu: huit étapes exigeantes à travers tout le pays aux mille collines. L’édition 2018 s’est déroulée en août.

C’est cependant en novembre 2017 que s’est présentée l’occasion d’accompagner l’équipe canadienne LowestRates.ca, lors de sa participation à son deuxième Tour du Rwanda. Ce fut la dernière course de cette équipe gatinoise.

Tour du rwanda

Frédérick Gates mène son équipe, LowestRates.ca, pied au plancher.

Frédérick Gates a fondé l’équipe en 2014. Le directeur général a mené son équipe pied au plancher, tentant de prendre sa place dans de belles courses au Québec, mais aussi à l’international. L’équipe a connu quelques bons succès au Tour de Beauce, de même qu’en Roumanie et au Rwanda, où les coureurs ne se contentaient pas de jouer les figurants. L’incontestable mérite de Frédérick Gates a été de faire vivre de grandes expériences à ces coureurs dans des courses quelquefois atypiques comme le Tour du Rwanda.

Au cours de son histoire, l’équipe a également contribué au développement du cyclisme au Rwanda en fournissant du matériel et en accueillant dans ses rangs Bonaventure Uwizeyimana, un espoir rwandais. Pour sa dernière participation, le maillot des LowestRates.ca a été bien visible. Le Sud-Africain de l’équipe, Edward Greene, a enrichi sa collection de maillots en remportant celui de meilleur grimpeur lors de quelques étapes.

Galerie

Tour du Rwanda

Publicité

À lire aussi

Hors-Québec

À la rencontre du bon monde

Mon premier contact avec Jonathan B. Roy a été une photographie de lui: un visage rond, confiant, et surtout un sourire qui incite à la conversation....
Hors-Québec

HOUSTON – Des Bayous dans la ville

Loin du cliché des cowboys à cheval gambadant dans les champs, plusieurs villes du Texas surprennent par leurs accents dynamiques et branchés. C’est...
Joanie Caron 12-09-2018
Hors-Québec

Un chemin de croix…qui s’allège

Après avoir traversé près de la moitié de la France le long du Chemin du français, on arrive à Saint-Jean Pied de Port au pied des Pyrénées. Le...