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Entraînement

Cours de vélo de montagne : Du bitume au sentier

27-04-2021

Vallée Bras du Nord © Andy Vathis

Plusieurs centres de vélo de montagne du Québec proposent désormais des cours destinés aux adultes débutants. Notre collaborateur s’est prêté au jeu et en a suivi un. Verdict.

Je suis un gars de route, un authentique bouffeur de bitume. Mes faits d’armes se chiffrent en kilomètres avalés et en dénivelé grimpé. Ma vitesse moyenne horaire? Au moins 30 km/h, et ce, peu importe le vent, le froid et ma forme physique du moment. En deçà, je tais l’information – mais ça n’arrive jamais, bien sûr. L’art de rouler en peloton n’a (presque) plus aucun secret pour moi. Même chose pour celle d’embrasser l’asphalte à haute vélocité ; je revendique d’ailleurs une douloureuse collection de chutes. J’aime répéter avec nonchalance que mon vélo poids plume, monté en Dura-Ace ou, à la rigueur, en Ultegra, vaut plus que mon char. Le Tour de France est mon Super Bowl, le Tourmalet, mon pèlerinage à La Mecque. Je ne ris pas en prononçant le nom d’Evenepoel. Pourtant, il y a matière.

Je suis un roadie, mais pas que. Comme plusieurs de mes semblables, je lorgne les sentiers de vélo de montagne du coin de l’œil. Ç’a commencé avec quelques sauts de clôture du côté des chemins de garnotte, «pour voir», je me disais alors. À ma grande surprise, le bain de nature, loin des machines pétaradantes, a eu un effet bœuf. Pour la première fois depuis belle lurette, les heures en selle défilaient en un claquement de doigts. C’est un signe qui ne ment pas: il est synonyme de totale immersion. Cette impression fort plaisante m’a convaincu de m’éloigner encore plus de la route. Cette année, c’est décidé: je m’initie au vélo à crampons.

Moron moteur

Pédaler entre des racines nécessite cependant des habiletés que je ne possède manifestement pas. J’ai beau totaliser des milliers de bornes sur le macadam, rien n’y fait: je suis largué lorsque vient le temps d’enchaîner les virages profilés tout en évitant de m’encastrer dans un arbre. La tâche me semble trop complexe, je paralyse. Piloter à basse vitesse dans des dévers serrés? Je n’ai jamais fait ça. Rouler sur des passerelles étroites comme ça? Idem: mon bagage de vélo de route est de peu d’utilité, confirme Martin Lavallière, professeur de kinésiologie à l’Université du Québec à Chicoutimi. «Bien qu’on pédale dans les deux cas, on ne se comporte pas de la même manière dans la rue que dans les sentiers. Ce sont deux environnements très distincts l’un de l’autre», indique le spécialiste en apprentissage moteur.

Commencer un sport est tout sauf facile. Le néophyte se retrouve à la case départ, au stade moron moteur, si on peut dire. Ses mouvements sont souvent saccadés, peu naturels. Il a une idée très approximative des «bons» gestes à poser, ce qui l’amène à commettre plusieurs erreurs. Son esprit est infecté par un monologue incessant – il se parle beaucoup à lui-même, pas toujours en bien. «Apprendre une nouvelle activité mobilise beaucoup d’attention. Il est normal que les ressources mentales soient épuisées rapidement», soutient Martin Lavallière. Être en forme n’y change rien ; cela peut au contraire donner une fausse impression de contrôle et occasionner maintes frustrations. Même le meilleur des disques durs au monde ne vaut rien en l’absence d’un logiciel d’exploitation digne de ce nom.

Le stade moron moteur n’est pas éternel, heureusement. Au fil du temps, les mouvements gagnent en fluidité et en régularité. On discrimine de mieux en mieux les distractions en faveur des informations réellement importantes. Les réflexes se mettent en place et s’aiguisent. La petite voix intérieure finit par se taire. La pratique devient enfin plus routinière et, de fait, plus agréable. De novice, on passe au statut d’amateur. «Plusieurs facteurs peuvent faire varier la rapidité de l’apprentissage. Parmi ceux-ci, il y a le plaisir éprouvé par l’apprenant, son bagage sportif, mais aussi la qualité de l’encadrement », énumère le spécialiste. Le dernier argument porte tout particulièrement: bénéficier de l’expertise d’un bon enseignant, c’est s’assurer une progression sans encombre.

Sur les bancs de l’école

Ça, la quasi-centaine de centres de vélo de montagne du Québec l’a bien compris. Depuis peu, plusieurs offrent des cours de vélo de montagne destinés aux adultes. C’est notamment le cas de la Vallée Bras-du-Nord, au nord de Québec: la coopérative propose ce type de formations de groupe pour débutants âgés de 15 ans et plus. D’une durée de trois heures, ces séances intensives sont assurées par Hugo Beaumier, coordonnateur des opérations touristiques liées au vélo de montagne. «Le but de ces cours est à la fois de favoriser un premier contact positif avec le sport et d’inculquer les techniques de base», précise l’instructeur certifié par la Professional Mountain Bike Instructor Association, un organisme qui forme des professeurs de vélo de montagne.

J’ai pris part à une telle formation en formule privée – une option semi-privée, pour des groupes allant jusqu’à quatre personnes, existe également. Au guidon d’un Rocky Mountain Pipeline loué sur place, je talonne Hugo jusqu’à l’entrée de la Beurre d’érable, une piste roulante et pleine de flow. C’est déjà l’heure de la première leçon: «bouger» sur son vélo, pédales à l’horizontale, coudes «débarrés». «Les débutants font l’erreur de rester assis. Ils encaissent ainsi tous les chocs au lieu de laisser leur vélo travailler pour eux», m’explique-t-il. Une courte mise en application sur une section ciblée du sentier s’ensuit. Il en sera de même tout au long de la matinée.

Les leçons se succèdent. En quelques dizaines de minutes, j’apprends à bien freiner, à négocier les virages inclinés (berms) et à maximiser ma traction en montée. Je pige même l’utilité de ma tige de selle télescopique en descente. Mon califourchon m’en remercie. Puis nous embrayons avec des notions plus complexes. Je m’essaie à «fouetter» des virages afin de conserver ma vitesse à leur sortie – en gros, je dois dessiner un genre de J avec mes hanches. Peu après, nous passerons plusieurs minutes à lire des pistes afin de déterminer les meilleures lignes à prendre. «Il faut toujours regarder au loin, voir venir, anticiper. Si tu poses les yeux là où tu ne désires pas te diriger, il y a de bonnes chances que, paradoxalement, tu empruntes cette trajectoire», insiste-t-il. Celle-là, je m’en souviendrai.

En après-midi, je prends le large. C’est l’heure de mettre toutes les pièces du casse-tête en – semble, comme un grand garçon. Dans la Grande Évasion, ça va, je gère. Par contre, la première section de la Chute à Gilles m’en fait voir de toutes les couleurs: je suis rapidement débordé et suis contraint de pousser ma bécane. Échec. Plus tard, quelques segments de la Tomahawk me prennent de court, mais je ne pose pas le pied par terre. C’est une petite victoire, mais une victoire quand même. Surtout, contrairement à toutes mes expériences de vélo de montagne précédentes, je sais (un peu) ce que je fais. Ou plutôt, je réponds de façon appropriée à la majorité des obstacles rencontrés. Il ne me reste plus maintenant qu’à pratiquer, pratiquer et encore pratiquer. Signé : un type qui se magasine un vélo de montagne.


À lire aussi : Erreurs d’entrainement à ne pas faire


 

BON À SAVOIR

Ski Bromont, Empire 47, Mont Sutton, l’école de vélo Bikeskills et Level Up MTB et bien d’autres offrent des cours d’initiation au vélo de montagne destinés à des clientèles adultes. Leur durée est de deux à trois heures et la taille des groupes n’excède jamais dix personnes. Les prix varient cependant grandement : il en va d’aussi peu que 30 $ par personne pour une formation en groupe à 120 $ pour une séance privée. Attention : les frais de location d’un vélo (si nécessaire) sont rarement inclus, ni les droits d’accès journalier aux sentiers.

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