Bas Saint-Laurent: l'estuaire et l'arrière-pays

Patrice Francoeur - 16/06/2014


Ce fleuve si large qu’on l’appelle ici la mer

C’est Marc-André Bourassa qui me sert de guide pour ma première journée – et mon baptême – en terre bas-laurentienne. Marc-André travaille à l’Association Rimouski Ville Cyclable, un organisme à but non lucratif qui fait la promotion du transport actif. Il n’a pas de voiture, il ne se déplace qu’à vélo et en transport en commun. «Quelle liberté!» lance-t-il. Je pensais que seuls les habitants des grands centres urbains adoptaient ce mode de vie. Mon guide me prouve le contraire.

Le trajet proposé nous mène de La Pocatière à Trois-Pistoles, sans presque jamais perdre de vue ce fleuve si large qu’il fait penser à la mer. Cette portion de la Route verte est vraiment une des plus belles. Dès les premiers coups de pédale, mon guide me signifie qu’on a vraiment de la chance de rouler aujourd’hui. «Des journées avec un vent aussi faible ne sont pas légion ici.» Marc-André connaît assez bien les routes de sa région pour nous faire bifurquer du circuit officiel de la Route verte, mais en nous permettant d’avoir toujours – ou presque – une vue sur l’estuaire.

Nous arrivons rapidement à Kamouraska, où la beauté des lieux nous oblige à faire un arrêt. Véritable village-musée, Kamouraska éblouit autant par sa position géographique et la sérénité qui s’y dégage que par son architecture. Nous voyons défiler sous nos yeux ces belles maisons qui présentent plusieurs éléments architecturaux, dont le larmier cintré qui unit par une courbe le toit et les murs de la façade et qui rappelle une coque de bateau renversée. Le nom Kamouraska, qui tire ses origines d’une langue algonquienne, signifie «là où il y a du jonc au bord de l’eau». On parle désormais de foin de mer.

Cette première journée de 117 km nous amène ensuite à Notre-Dame-du-Portage, paisible municipalité qui, dès la fin du XIXe siècle, devient un endroit de villégiature très prisé. En 1958, la construction d’une voie de contournement du village aura raison de quelques-uns des nombreux établissements hôteliers. Mon regard est attiré par la très belle piscine municipale en bordure du fleuve. Inaugurée en 1966, elle est la seule piscine d’eau salée chauffée dans l’est du Québec. J’y piquerais bien une tête; on est au cœur du mois d’août et il fait bon.

Nous traversons ensuite Rivière-du-Loup et son dynamique centre-ville. Marc-André propose de casser la croûte au Pain Gamin, une boulangerie artisanale qu’il affectionne. Rassasiés, nous reprenons la route, avec toujours en toile de fond le Saint-Laurent qui ne cesse de s’élargir.

Puis nous passons dans la municipalité de L’Isle-Verte tout en admirant l’île homonyme au large. Nous arrivons à Trois-Pistoles en fin de journée. Une première journée sur un terrain plutôt plat. Même si nous sommes accueillis à bras ouverts par la sympathique propriétaire du Gîte la Marbella, Marc-André doit filer. Avant de partir, il propose qu’on aille boire une bière au terrain de pelote basque... Le Parc de l’aventure basque en Amérique est un centre d’interprétation qui raconte l’épopée des chasseurs de baleines dans le Saint-Laurent au XVIe siècle, où on y trouve aussi l’unique fronton au Canada (voir encadré).

C’est Daniel Parent qui prend la relève de Marc-André. Daniel est un solide gaillard et un remarquable cycliste. Il parcourt des milliers de kilomètres annuellement et connaît les routes du coin comme le fond de sa poche. Il me rassure en m’annonçant qu’il ne considère pas les deux prochaines journées comme une compétition, ni même un entraînement; il mettra la pédale douce, question de me laisser m’imprégner de la beauté de cette région. Fiou!

Bien que la géographie du Bas-Saint-Laurent soit principalement marquée par le fleuve, il ne faudrait pas négliger la chaîne des Appalaches, qui traverse ce territoire d’est en ouest. Daniel propose qu’on se frotte aux routes plus costaudes de l’arrière-pays.

Nous quittons donc la ville de Victor-Lévy Beaulieu en empruntant une suite de rangs paisibles que Daniel enfile sans jeter le moindre coup d’œil à un GPS ou à une carte. Nous nous retrouvons rapidement aux abords du lac Saint-Mathieu, dont nous faisons le tour avant de nous enfoncer encore plus dans les terres via la route 293, vers Saint-Cyprien. Bien que Dame Nature ne soit pas tout à fait de notre bord – un crachin tenace suivi de quelques averses nous suivra tout au long de la journée –, il fait bon rouler sur ces routes. Nous sommes au beau milieu de terres agricoles, les vues sont moins nombreuses que lorsque nous longions le fleuve, mais la qualité du revêtement et la tranquillité des routes contribuent au plaisir. Nous comptons nous rendre à Témiscouata-sur-le-Lac (anciennement Cabano); nous quittons donc la 293 pour emprunter la 232, plus passante mais pourvue d’un large accotement. Un parcours de montagnes russes. Alors que je tente tant bien que mal de gravir une énième montée, je fais part à Daniel du dénivelé pour le moins chatouilleux de l’endroit.

– Tu n’as rien vu, attends à demain.

Le dernier-né de la Sépaq
Arrivé à Témiscouata-sur-le-Lac, nous gagnons l’Auberge de la gare pour mettre des vêtements secs, et nous sautons avec nos vélos sur la navette fluviale qui nous conduira au tout nouveau parc national du Lac-Témiscouata.

D’une superficie de 175 km2, le parc s’étire le long d’un des plus beaux lacs au sud du Saint-Laurent. Dans ces eaux abondent le touladi et le grand corégone, aussi appelé le poisson blanc, dont les œufs font un succulent caviar.

Une traversée de quelques minutes nous mène au poste d’accueil du parc. Une fois les frais d’entrée acquittés, nous enfourchons nos bolides pour rouler sur cette toute nouvelle route de 13 km. Quel bonheur! Imaginez une route parfaitement asphaltée, comme il en existe trop peu chez nous, et située en plein milieu forestier, où les automobilistes se font rares et où la limite de vitesse est scrupuleusement respectée. Nous faisons l’aller-retour, sourire aux lèvres. On ne peut s’empêcher de penser qu’il n’existe pas de spot plus idéal pour la tenue d’un contre-la-montre. Organisateurs locaux, tenez-vous-le pour dit.

Alors que la navette nous ramène doucement à bon port, Daniel me fait part d’une autre de ses passions: la chasse.

– Pis à vélo à part ça!

Devant mon air interloqué, Daniel poursuit: « Ben là, pas la chasse à l’orignal ou au chevreuil, mais celle au petit gibier.»

Le cycliste-chasseur m’explique qu’au début les autres chasseurs le regardaient de façon un peu bizarre. Au fil des années, il a fini par croiser de plus en plus de chasseurs qui empruntent eux aussi les sentiers forestiers au guidon d’un vélo de montagne. Les avantages sont multiples: on marie deux passions, on fait de l’exercice et, surtout, on effraie beaucoup moins le gibier que si on se déplaçait au volant d’un bruyant véhicule tout-terrain motorisé. Le citadin bourré de préjugés sur la chasse que je suis en prend pour son rhume.

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Ma dernière journée dans la région s’annonce costaude: 160 km, de Témiscouata-sur-le-Lac à Sainte-Luce. Deux cyclistes viennent en renfort: Dominic et Xavier. Ce dernier est un jeune patineur de vitesse qui s’est mis au vélo depuis peu – il a d’ailleurs participé au Tour de la relève internationale de Rimouski en 2012 (voir encadré).

Nous reprenons la route 232 dans le sens contraire de la veille, cette route qui longe le lac Témiscouata. Une trentaine de kilomètres plus loin, nous nous dirigeons vers la route 295. Daniel me l’avait bien dit: le parcours d’aujourd’hui est une interminable suite de montées et de descentes. Nous avons l’impression d’avoir la route pour nous tout seuls, à peine croisons-nous quelques tracteurs. On est dans la région des Basques et on file droit vers le Saint-Laurent. La splendeur des paysages des hautes terres appalachiennes, les nombreux lacs et rivières font en sorte qu’on oublie un peu l’effort à déployer.

Alors que nous roulons depuis quelques heures, un contingent vient en sens inverse. «D’autres membres du Club Cycliste Rimouski», précise Daniel. Partis de Rimouski, les trois cyclistes sont venus à notre rencontre et nous raccompagneront jusqu’à leur point de départ. Pendant que nous prenons une pause près de Saint-Fabien, Georges (voir encadré ci-contre), fidèle lecteur de Vélo Mag depuis plusieurs années, vient me parler.

Tout ce beau monde bifurque vers l’est en direction de Rimouski et doit affronter un fort vent venant de l’est. Nous formons un peloton, nous relayant à tour de rôle à sa tête. Peloton qui, assurément, compte dans ses rangs le cadet et l’aîné des cyclistes de route bas-laurentiens.

Le groupe se défait peu à peu à l’approche de Rimouski. Xavier sera le seul à m’accompagner jusqu’à Sainte-Luce, ma destination finale. Il reste à peine une vingtaine de kilomètres à parcourir, principalement sur piste cyclable. La fatigue se fait un peu sentir, le mercure baisse considérablement et le vent d’est ne prend aucun répit. Nous roulons côte à côte, la vitesse affichée sur mon odomètre ne dépasse pas 20km/h, et ce, malgré un effort soutenu. Encore une fois, ce sont la beauté de la mer et la quiétude des lieux qui agissent comme panacée à la fatigue. À Sainte-Luce, Xavier me confie n’avoir jamais parcouru une si longue distance en une seule journée. Xavier, tu as la vie devant toi.

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La Pocatière. En faisant le plein à une station-service en prévision de mon retour à Montréal, j’aperçois deux cyclotouristes. Leurs bécanes chargées à bloc, ils se sont arrêtés pour faire une pause et manger un sandwich. Ils filent vers l’est, tout comme je l’ai fait il y a à peine quatre jours. Feront-ils le même parcours que moi? Seront-ils aussi charmés que moi par ce décor et surtout par les gens qui y habitent? Feront-ils d’aussi belles rencontres? J’ai envie d’aller leur faire part de mon enthousiasme et de les inonder de conseils. Persuadé que la magie opérera pour eux aussi, je laisse tomber et file à regret à la maison. À très bientôt, Bas-Saint-Laurent!

Le Tour de la relève internationale de Rimouski
est une course cycliste de six étapes pour catégories Cadet homme et femme (15-16 ans), et Junior femme (17-18 ans). Cette manifestation sportive accueille environ 200 athlètes du Canada, des États-Unis et d’un peu partout dans le monde. L’objectif de l’événement est de préparer ces jeunes athlètes aux compétitions internationales juniors et de leur faire vivre l’expérience d’une formule réduite du Tour de France.

LE JAÏ ALAÏ ou La pelote basque
La pelote basque se pratique principalement dans le sud-ouest de la France et le nord de l’Espagne. Ancêtre du tennis, la pelote basque est un jeu de balle au mur (extérieur) qui se pratique à deux ou quatre personnes. Elle existe en plusieurs versions, dont celle jouée à mains nues. Ici, à Trois-Pistoles, on y joue à l’aide d’une raquette de bois.

Quelques bonnes adresses
QUAI DES BULLES Une savonnerie artisanale qui a pignon sur rue dans une très belle demeure. Des savons, bien sûr, mais aussi des laits, des crèmes, des baumes.
66A, avenue Morel, Kamouraska | 418 492-9673

BOULANGERIE AU PAIN GAMIN D’excellents pains faits dans les règles de l’art. Une belle adresse pour un léger goûter.
288, rue Lafontaine, Rivière-du-Loup | 418 862-0650 | paingamin.ca

CAFÉ AZIMUT Un café sympa pour un bon repas sans chichi. Au menu: carpaccio d’autruche, tartare d’agneau. On mise sur les produits régionaux.
309, 4e Avenue Painchaud, La Pocatière | 418 856-2411

AUBERGE DE LA GARE Sise directement sur la piste cyclable Le Petit Témis, l’auberge compte huit chambres confortables. Les petits-déjeuners sont non seulement copieux, mais également délicieux.
5, rue de la Gare, Témiscouata-sur-le-Lac | 418 854-9315 | aubergedelagare.net

GÎTE LA MARBELLA Accueil fort chaleureux, coquettes chambres et très bons petits-déjeuners là aussi.
96, rue Notre-Dame Ouest, Trois-Pistoles | 418 851-4704 | gite-lamarbella.ca

AUBERGE STE-LUCE Quelques chambres à l’auberge et des cabines en bord de mer. La réputation des petits-déjeuners n’est plus à faire: le matin, on affiche souvent complet.
46, route du Fleuve Ouest, Sainte-Luce | 418 739-4955 | www.auberge-ste-luce.com



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