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Reportage

La cycliste aux deux carrières

06-04-2019
Christel Ferrier-Bruneau

Christel Ferrier-Bruneau

L’inexpérience, la politique, la maternité et l’âge n’auront pas eu raison de la passion de Christel Ferrier-Bruneau pour son sport. Portrait d’une vraie de vraie battante.

Il y a deux périodes dans la carrière cycliste de la Granbyenne d’adoption Christel Ferrier-Bruneau: la période cocorico, et celle sous les couleurs de l’unifolié. Entre les deux, une coupure de quelques années pendant laquelle l’athlète originaire de Montpellier, dans le sud de la France, a donné naissance à son fils avant de venir s’installer au Québec. «Ma passion pour le vélo est le fil conducteur dans toute cette histoire. C’est elle qui m’a permis de tracer mon chemin», explique la mère athlète de 39 ans en entrevue avec Vélo Mag.

Christel Ferrier-BruneauPourtant, rien ne la prédestinait à flirter avec les hauts sommets de son sport. Adolescente, Christel touche à l’escalade, au canoë-kayak et au volleyball, avant de se spécialiser en vélo de montagne vers ses 17 ans. Face à des filles plus expérimentées qu’elle, la néophyte ne fait d’abord pas le poids. «Comme je ne m’étais pas entraînée sérieusement auparavant, j’ai eu des croûtes à manger. J’ai appris à la dure», se souvient-elle. Malgré tout, la Montpelliéraine gravit les échelons jusqu’en Coupe de France. Elle y réalise son premier podium à 22 ans, à Pra Loup.

Sa passion manifeste pour l’activité physique la motive à devenir professeure d’éducation physique et sportive. Licence en poche, elle se présente au concours qui lui permettra de concrétiser ce rêve… et se plante. C’est la consternation. Cet automnelà, en 2005, Christel noie sa peine dans le cyclocross, une discipline à laquelle elle touche pour la première fois. Sans conteste, ses habiletés en vélo de montagne lui sont utiles: elle décroche la cinquième place aux Championnats de France, la première d’une longue série de top 5 à cette même épreuve (de 2006-2007 à 2012-2013 sans interruption).

« J’étais encore capable de pousser sur les pédales. Devenir maman n’avait donc pas ruiné ma forme physique, à ma grande surprise. »

Christel Ferrier-Bruneau
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Avec les meilleures

«Je comprends alors que je pourrais faire les sélections nationales si j’y mets les efforts», raconte Christel. L’année suivante, elle signe son premier contrat de professionnelle avec l’équipe cycliste Les Pruneaux d’Agen. C’est sa première saison sur route. Puis, en 2007, elle aboutit au pied du podium aux Nationaux. Pas grave: les sélectionneurs de l’équipe de France la voient dans leur soupe pour les Olympiques de Pékin, en 2008. Un deuxième rang aux Championnats de France sur route en pleine année olympique confirme sa place sur l’équipe nationale.

Christel Ferrier-BruneauÀ défaut d’être long (127 km), le parcours de la course sur route féminine de Pékin est assez escarpé. Tout pour sourire à Christel, une excellente grimpeuse. Le 10 août 2008, la deuxième au récent Tour de Charente-Maritime caracole en tête de peloton. Néanmoins, son manque d’expérience à ce niveau se fait sentir: elle rate l’échappée décisive de peu. Résultat: 13e sur 67 coureuses, dans le même temps que Marianne Vos (6e ) et pas loin derrière la gagnante Nicole Cooke. Une déception qu’elle surmontera en 2009 puis en 2011 en remportant chaque fois le titre de Championne de France sur route.

«J’ai dès lors les Jeux olympiques de Londres dans le viseur; 2011 et 2012 sont deux années pendant lesquelles je fais feu de tout bois», se rappelle Christel, à cette époque dans la jeune trentaine. Au moment d’annoncer la sélection nationale, on lui préfère cependant deux jeunes coureuses bretonnes. Coïncidence: le président d’alors de la Fédération française de cyclisme est lui aussi un Breton… Cette rebuffade sur fond politique porte un sévère coup à son envie de poursuivre sa carrière. Elle accroche son vélo pour de bon à la fin de 2013. Alexandre, son garçon, vient au monde en 2014.

La retraite sportive est également synonyme de déménagement pour les Ferrier-Bruneau. Petite, Christel avait habité cinq ans à Acton Vale avec ses parents. Pendant cette parenthèse montérégienne, elle a acquis la nationalité canadienne. Trente ans plus tard, celleci lui est finalement utile : elle s’établit à Granby avec mari et bambin à la mi-2016. «Le climat ambiant en France nous pesait sérieusement. En plus, c’était l’occasion pour moi de transmettre mon savoir et mon expérience à titre d’entraîneuse au sein du Centre national de cyclisme de Bromont», dit la Franco-Canadienne.

La seconde carrière

Christel Ferrier-Bruneau

Son arrivée au Québec ne passe pas inaperçue. Gérard Penarroya, directeur sportif de la formation féminine SAS-Macogep-Acquisio, lui demande d’agir à titre de capitaine de route. Elle accepte, et se surprend elle-même. «J’étais encore capable de pousser sur les pédales. Devenir maman n’avait donc pas ruiné ma forme physique, à ma grande surprise», se remémore Christel, qui rejoint désormais le club sélect des mamans athlètes — Kristin Armstrong (cyclisme), Marit Bjørgen (ski de fond), Paula Radcliffe (course à pied), Gwen Jorgensen (triathlon), Serena Williams (tennis).

Dans les mois qui suivent sa reprise du sport, elle renoue avec le cyclocross et termine quatrième aux Championnats canadiens, à Sherbrooke, derrière une certaine Maghalie Rochette. Une année après, rebelote, à la différence près qu’elle coiffe sa cadette au fil d’arrivée. À 38 ans et devant les siens, Christel revêt la tunique distinctive de championne nationale de cyclocross. Elle est parmi les rares à être parvenue à obtenir ce titre dans deux disciplines et sous deux nationalités sportives. «C’était peut-être ma plus belle victoire en carrière», pense celle qui finira en milieu de peloton aux Mondiaux de cyclocross de Valkenburg, aux Pays-Bas, quelques mois plus tard.

Et maintenant? Christel n’a pas défendu son titre aux Canadiens de cyclocross à Peterborough, en Ontario, en novembre dernier. En fait, elle n’a même pas enfilé son maillot de championne de toute la saison. «J’attends une petite fille en avril prochain, voilà pourquoi!» s’exclame-t-elle lorsqu’interrogée à ce sujet. Cette fois-ci, toutefois, pas question de renoncer au vélo. Si c’est comme pour Alexandre, elle continuera de s’entraîner en se fiant à ses sensations. « J’étais allée jusqu’au septième mois même si mon médecin s’inquiétait d’une chute.»

Conciliation sport-famille

conseils d’une pro

1. Implication Le mari de Christel est aussi son entraîneur et homme à tout faire lors des courses de cyclocross. Alexandre a vécu plusieurs compétitions sur les épaules de son papa dans la section mécanique, jusqu’à ce qu’un commissaire UCI mette son veto.

2. Organisation Dans la plupart des courses de cyclocross en Amérique du Nord, les organisateurs facilitent l’hébergement des concurrents dans les familles. C’est souvent là qu’Alexandre a trouvé le ou la gardienne de ses rêves.

3. Récupération Même si le temps d’une mère de famille athlète est compté, ne pas négliger de faire des étirements, de l’électrostimulation, et de voir son ostéopathe le lendemain d’une course afin de mieux récupérer.

4. Inclusion Que ce soit à l’intérieur pour un entraînement sur home trainer ou dans la carriole en ski de fond ou à vélo, Alexandre participe activement à l’entraînement de sa maman.

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