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Reportage

Robert Marchand – Âgé, mais pas vieux

13-10-2019

Robert Marchand a attendu d’être centenaire pour collectionner les records© Sindy Thomas/Agence Zoom

Pédaler 22,547 km en une heure n’a rien d’exceptionnel – sauf quand on est âgé de 105 ans. Dans ce cas, on parle carrément d’une performance prodigieuse.

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Le 4 janvier 2017, le Français Robert Marchand a effectué 92 tours de la piste du vélodrome de Saint-Quentin-en-Yvelines, dans la région parisienne. Ce faisant, il établissait un nouveau record de l’heure dans une catégorie d’âge créée spécialement pour lui. Pas mal pour un type qui a vu les soldats allemands débarquer dans son village… en 1914 !

Ce n’est pas la première fois que Bob Marchand attire ainsi l’attention sur lui. Le 17 février 2012, en Suisse, l’homme né le 26 novembre 1911 a réalisé le record de l’heure en cyclisme sur piste dans la catégorie des 100 ans et plus (24,1 km/h), aussi un inédit à l’époque. Puis rebelote: le 31 janvier 2014, il améliore sa propre marque en parcourant 26,927 km en une heure.

Fait intéressant, cette performance n’est que 50,6 % moins rapide que celle de 54,526 km du détenteur du record mondial, Sir Bradley Wiggins, rapportait le journal scientifique Age and Ageing en 2016. Selon les auteurs de l’étude en question, Robert Marchand est le centenaire dont le déclin du rendement athlétique est le moins prononcé comparativement à des coureurs, lanceurs et nageurs d’âges semblables. De là à lui décerner le titre de meilleur athlète centenaire, il n’y a qu’un pas à franchir.

La nature du sport pratiqué par Robert compte dans l’équation, souligne Véronique Billat, chercheuse en physiologie appliquée à l’exercice à l’Université d’Évry, en France. «C’est la preuve que le vélo est un sport très approprié au vieillissement», dit celle qui a accompagné Robert Marchand dans la réalisation de tous ses records. « Il avait 100 ans lorsqu’il m’a contactée pour me faire part de ses ambitions. C’était la première fois que je travaillais avec un athlète aussi âgé… Il ne fallait pas avoir froid aux yeux ! » raconte-t-elle en entrevue avec Vélo Mag

« En deux ans, la VO2max du centenaire a grimpé de 31 à 35 ml·kg·min-1 , une valeur équivalente à celle d’un homme de 45 ans. Mieux encore: la puissance aérobie maximale (PAM) de Robert Marchand est passée de 90 W à 125 W, une hausse de 39%. Rien que ça ! »

Véronique Billat, chercheuse en physiologie appliquée à l’exercice à l’Université d’Évry, en France

Tout au long de cette collaboration, la scientifique a récolté des données sur le cycliste centenaire. En 2016, elle en a partagé certaines dans un papier publié dans le Journal of Applied Physiology. Les résultats sont soufflants : en deux ans, la VO2max du centenaire a grimpé de 31 à 35 ml·kg·min-1, une valeur équivalente à celle d’un homme de 45 ans. Mieux encore: la puissance aérobie maximale (PAM) de Robert Marchand est passée de 90 W à 125 W, une hausse de 39%. Rien que ça !

Le secret de ces améliorations? La cadence de pédalage, affirme tout de go Véronique Billat. «Dès le départ, c’était sa principale limite: il tournait les jambes à environ 70 tours par minute. Bref, il pédalait en force et se fatiguait assez vite», a-t-elle constaté. Après deux ans d’entraînement à plus haute vélocité, Robert Marchand pédalait désormais à 90 tours par minute. Une autre clé du succès a été la prescription d’entraînement basée sur les sensations, de même que le bon volume d’entraînement du cycliste: 5000 km par saison.

Bien sûr, le caractère de l’individu y est pour beaucoup. «On m’a beaucoup questionnée sur la génétique de Robert. Pourtant, c’est son comportement qui marque les esprits : il est tourné vers ce qui est possible plutôt que vers ce qui est perdu. Il est également très à l’affût de ses sensations, qu’il connaît par cœur. La vérité, c’est qu’on n’arrive pas à 106 ans en jouant au mariol.»

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