Les appareils de mesure de la récupération indiquent quand vous entraîner et, surtout, quand vous reposer. Une promesse à relativiser.
Et si le bracelet Whoop qui coiffe le poignet des Mathieu van der Poel de ce monde constituait l’une des clés de leur succès ? Nous sommes en droit de le demander, tant l’idée derrière cette technologie portable est séduisante. À l’aide de capteurs optiques, ce gadget – et d’autres, comme l’anneau connecté Oura – mesure 24 h/24, 7 j/7 une foule de paramètres physiologiques qui, une fois agrégés, permettent d’estimer un score de récupération variant de 0 % à 100 %. Cet indicateur vaut de l’or : il donne la possibilité de mieux gérer au jour le jour son entraînement, par exemple en s’assurant que l’organisme s’est bien reposé des efforts de la veille avant de le fatiguer à nouveau.
Parmi les paramètres mesurés figurent des classiques, comme la fréquence cardiaque et la qualité du sommeil, mais aussi un moins connu : la variabilité de la fréquence cardiaque (VFC). En gros, ce sont les variations temporelles microscopiques entre les battements cardiaques. « Si notre cœur bat 60 fois par minute, il ne va pas toujours y avoir exactement 1 seconde entre chaque battement. Parfois, ça va être légèrement plus que 1 seconde et parfois, légèrement moins », illustre par courriel Antoine Jolicoeur Desroches, docteur en sciences de l’activité physique, auteur du livre Devenir triathlète, entraîneur et physiologiste de l’exercice.
Le calcul de la VFC renseigne sur l’état du système nerveux autonome. Lorsqu’on est stressé, comme lors d’un effort physique, le système nerveux sympathique s’active et le cœur bat plus régulièrement, ce qui diminue la VFC. Et vice versa : quand on se repose, le système nerveux parasympathique se met en branle, le cœur bat de manière plus irrégulière, et donc la VFC augmente. « De façon générale, une VFC élevée est souvent associée à un bon niveau de récupération, de forme physique et de réserve, [tandis qu’une] VFC basse peut indiquer de la fatigue, du stress, un surmenage ou un début d’infection », mentionne-t-il.
Un bémol coûteux
Hélas, accéder à ces données exige de mettre la main au portefeuille. Et pas qu’un peu : la société états-unienne Whoop demande de débourser plus de 300 $ par année (soit environ 25 $ par mois) pour la quatrième version de son bracelet ainsi que toutes les fonctionnalités associées. Sans abonnement, l’appareil arrête tout simplement le suivi – ce qui n’est peut-être pas plus mal, dans le fond. « Notre corps nous envoie beaucoup de signaux, que ce soit notre niveau de faim, de soif ou de fatigue, fait remarquer Antoine Jolicoeur Desroches. Nous avons souvent tendance à oublier ces signaux et à uniquement nous fier à des mesures [fournies par] des gadgets. »
Lui-même en sait quelque chose. Au cours de sa carrière professionnelle en triathlon longue distance, récemment terminée, le jeune athlète retraité a utilisé le bracelet Whoop pendant quelque temps, avant de finalement le délaisser. Bien que pertinente, l’information ainsi glanée ne valait pas son pesant d’or : « Je réalisais que je pouvais me fier [à mes seules sensations] pour avoir une idée de mon niveau de récupération. Il faut être un cycliste friand de données pour trouver cet outil intéressant et pertinent. » Pour les autres, le risque de s’en lasser rapidement est grand.
D’autres considérations sur ces technologies
1. Distinguer la VFC du score de récupération
Mesurer la VFC est plus complexe qu’il n’y paraît. En effet, il ne suffit pas de mesurer les légères variations en millisecondes entre les battements cardiaques pour l’obtenir : il faut par la suite soumettre cette observation à une analyse statistique relativement complexe afin d’en tirer des enseignements. Le problème avec les appareils comme Whoop est que le choix de cette méthode de calcul est fréquemment passé sous silence. De plus, « plutôt que d’indiquer la “vraie” valeur de VFC, on nous fournit une valeur sous forme de score de récupération », relève Antoine Jolicoeur Desroches. Un score qui, pour rappel, amalgame plusieurs données.
2. Connaître les limites des données
Vous souvenez-vous de ces ceintures à cardiofréquencemètre que jadis on se serrait autour du torse ? Elles ont beau être peu utilisées – du moins, chez les cyclistes amateurs –, elles ont néanmoins le mérite de fournir des mesures d’une bonne validité. « Mesurer la fréquence cardiaque et la VFC à partir d’un dispositif au poignet ou au doigt ne sera jamais aussi précis que de les mesurer avec une ceinture de fréquence cardiaque », souligne l’expert. Bon à savoir : il est possible d’obtenir une estimation de la VFC à partir de mesures de fréquence cardiaque au repos réalisées grâce à une ceinture, en ayant recours à une application comme HRV4Training ou Kubios HRV.
3. Contextualiser les données
Que vous vous fiiez à la VFC ou à un score de récupération, il est essentiel d’analyser des tendances sur plusieurs jours plutôt que de focaliser sur des mesures journalières, une erreur que plusieurs commettent. « Les variations quotidiennes [de ces mesures] sont normales », rappelle Antoine Jolicoeur Desroches. Les tendances doivent en outre être remises dans leur contexte avant d’être interprétées, par exemple pour tenir compte d’une récente (sur)consommation d’alcool ou d’une maladie. Bien sûr, on doit s’attendre à de fortes fluctuations quand on effectue une charge d’entraînement importante, comme lors d’un camp printanier.
4. Savoir utiliser les données
La question qui tue : adapterez-vous une séance d’entraînement si votre instrument de mesure de la récupération vous le commande ? Dans la réalité, plusieurs facteurs autres – dont certains subjectifs relevant de votre vie personnelle – pèsent dans la balance de cette décision. Autrement dit, la mesure de la VFC (ou du score de récupération) doit être pondérée plutôt que prise au pied de la lettre. « Pour ma part, comme entraîneur, je me fie davantage aux commentaires que mes athlètes m’adressent par écrit, note Antoine Jolicoeur Desroches. Les sensations de mes athlètes passent avant tout le reste. »
