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En test, Vélos et accessoires

Les beaux coursiers

16-06-2014

Conago CLX 3.0 / 3700$ / colnago.com

La réputation de Colnago et de Look comme grands équipementiers des meilleurs cyclistes professionnels n’est plus à faire. Grâce à leur présence constante sur les circuits pros, les deux marques sont imprégnées jusqu’à la moelle de la sueur des grands champions de l’histoire du cyclisme moderne. Bien que bon nombre d’amateurs rêvent des Colnago C59 ou Look 695 vus sur les Grands Tours, nous étions curieux de voir comment ces fabricants parviennent à exprimer leur savoir sur des vélos moins onéreux. Nous avons donc mis à l’épreuve deux montures destinées à un public fervent, mais qui affichent des ambitions et des prix plus modestes.

Colnago a peu besoin de présentation. La marque est aux avant-postes dans le monde du vélo de route et a su conserver son image distinctive au cours de ses 60 années d’existence. La notoriété de la feuille de trèfle du logo de Colnago est absolue et s’immortalise dans ses cadres, la forme des tubes en reprenant les courbes.

Le CLX 3.0 se situe au milieu de la gamme Colnago et fait partie de sa famille de vélos Endurance, qui s’adressent à une clientèle cyclosportive, et qu’on prend soin de distinguer des vélos Racing, les M10 et C59/C60.

Notre vélo d’essai arborait une peinture blanc perle riche et lustrée à souhait, avec des accents de vert et de rouge qui rappellent le drapeau italien. Sans pour autant soulever de grandes passions, l’esthétique du cadre plaît à tous coups. Visuellement équilibré, il nous rappelle qu’on a bien affaire à un Colnago. Le cadre est massif, mais ses lignes fluides intègrent parfaitement l’imposante fourche au pivot de 1½ po et la tige de selle semi-profilée.

Le cadre du CLX 3.0 est composé d’un triangle avant monocoque ainsi que de haubans et de bases collés. Colnago affiche ouvertement l’origine taiwanaise du cadre et vante, sans en détailler les spécificités, la qualité de sa fabrication qui serait nettement supérieure à celle des cadres fabriqués en Chine. Le CLX 3.0 peut recevoir tant une transmission mécanique qu’une transmission électronique. Les butées des gaines mécaniques s’enlèvent facilement à l’aide de deux vis, et le cadre est pourvu des trous nécessaires au passage des câbles électriques. Les orifices sont cachés par des capuchons en caoutchouc, dont l’ajustement était douteux sur notre vélo.

Le CLX 3.0 est offert en huit tailles, dont la nomenclature est pour le moins déroutante. Colnago utilise la longueur actuelle (mesure jusqu’à la jonction du tube de selle/tube horizontal, même si ce dernier est plus incliné qu’horizontal) pour nommer ses tailles plutôt que d’indiquer la longueur effective (qu’elle corrige si le tube horizontal est incliné en traçant une ligne horizontale). Il faut donc ajouter 4 cm pour avoir l’équivalence réelle des tailles. Sinon, la géométrie est caractérisée par un angle de selle relâché, une longue douille de direction et un tube supérieur court. Il en résulte une position conservatrice, courte et relevée.

Vendu en vélo complet, le CLX 3.0 est prêt à rouler. La transmission Shimano Ultegra ainsi que le guidon et la potence Deda sont fidèles à leur efficacité habituelle. Nous avons été agréablement surpris par le confort de la selle Italia X1, aux couleurs de Colnago. Le freinage est l’affaire des étriers maison X-Brake One, dont le rendement est adéquat, mais tout de même inférieur aux freins Shimano. Le CLX 3.0 exige l’utilisation d’une gaine de frein arrière pleine longueur, ce qui ajoute une sensation d’élasticité dans le freinage. Les roues, aussi étiquetées Colnago, sont robustes, mais aussi très lourdes. Elles auraient avantage à être remplacées par des roues plus performantes.

Le comportement routier du CLX sert bien son public cible. La conduite neutre et prévisible ne demande pas d’attention particulière, permettant au cycliste d’apprécier le paysage sans avoir à se concentrer outre mesure sur le pilotage. L’enchaînement des virages se fait avec aplomb grâce à la stabilité inhérente du vélo, secondée par la très grande rigidité du train avant.

Cette même rigidité et le fait que le cadre ne soit pas particulièrement léger inhibent sensiblement sa réactivité. Les montées au train et les sections sur le plat roulées à pleins gaz sont agréables, mais l’engin demeure allergique au changement de rythme. On a ici affaire à un grand routier, pas à un puncheur! Comme c’est souvent le cas pour les vélos en composites un peu lourds, le cadre absorbe bien les petites vibrations en restant collé à la route, alors que les impacts plus importants sont moins bien gérés, donc vivement perçus par le cycliste.

Colnago atteint son objectif, qui est de créer un vélo spécifique à une utilisation cyclosportive. Le CLX 3.0 met de côté les artifices techniques et la réduction du poids à tout prix pour offrir un vélo dont les qualités de fiabilité et de facilité de pilotage sont portées par le style distinctif et la classe associés à la marque légendaire.

Look 675 / 5000$ / lookcycle.com

Look se définit sans complexe comme un manufacturier créatif et foncièrement anticonformiste, comme en fait foi son impressionnante feuille de route. Pédale automatique, cadre aérodynamique en carbone, fourche, potence et tige de selle intégrées ne sont que quelques exemples d’innovations inscrites au portfolio de la compagnie française. Le 675 s’inscrit dans cette lignée de produits qui promettent d’enrichir l’expérience cycliste.

Le fabricant a conçu son 675 dans le but d’offrir aux cyclosportifs à la forme physique ou à la flexibilité perfectible le plaisir inégalable de piloter un vélo digne de la marque, racé et fougueux. Le design est donc orienté vers l’optimisation du rendement tout en permettant une position de conduite relaxe, compacte et redressée.

Il en résulte un vélo qui fait immanquablement tourner les têtes, en raison de son poste de pilotage unique. Le concept mis de l’avant, baptisé Direct Drive, consiste à contrer la perte de rigidité d’une douille de direction allongée en venant y associer un tube horizontal surélevé, donc dans le prolongement même de la potence. De ce fait, le 675 favorise une position conservatrice du guidon sans avoir recours à une panoplie d’entretoises sous la potence. Celle-ci se retrouve plaquée contre le roulement du jeu de direction, assurant une grande rigidité de tout le train avant du vélo. Visuellement, le concept fonctionne, car malgré la position haute du guidon, le vélo conserve un look racé, voire furtif. La potence A-Stem spécifique au cadre renforce cette image musclée avec ses formes angulaires. L’ajustement final de la position passe par la sélection de la potence appropriée parmi les 11 combinaisons de longueur et d’angle offertes.

Look précise que la fabrication du 675 consiste à draper le cadre en trois sections distinctes qui sont jointes au moulage, donnant une structure monocoque. Selon le fabricant, cette technique assure un meilleur contrôle de la position des fibres dans les zones critiques du cadre. Les tubes au volume restreint annoncent un confort évident, confirmé sur la route. On a aussi pris soin de former les haubans telles des lames de ressorts, plates et cintrées. Le cadre intègre avec une classe évidente les ports spécifiques aux transmissions électroniques EPS et Di2 en plus de permettre le passage interne des gaines mécaniques. La finition est impeccable, et le style visuel correspond à l’image de la marque. En enfourchant le 675, on se rend compte qu’on a affaire à un vélo plus haut qu’à l’habitude. Le dégagement à l’entrejambe, réduit d’environ 1,5 cm en raison de la position du tube horizontal, pourrait être problématique pour certains. Aussi, comme le vélo n’est offert qu’en cinq tailles, l’acheteur devra être prudent et s’assurer de la rigueur de son étude posturale avant d’arrêter son choix. Heureusement, Look fournit les valeurs de stack and reach (hauteur et portée) de ses vélos, une méthode moderne et fiable pour déterminer la taille du cadre.

Dès les premiers tours de pédale, on prend connaissance de l’ADN du 675: c’est un coursier, pas un flâneur. Le vélo est agile et prompt, bien plus qu’on ne pourrait le penser pour un cadre de 1150 g, et reste stable quelle que soit la vitesse. Un coup d’œil aux spécifications confirme que le bolide trouve son équilibre en jouant la carte des contrastes. L’angle de direction relâché favorise la stabilité et l’absorption des chocs, mais l’utilisation d’une fourche au déport moyen résulte en une chasse importante, procurant une touche de fébrilité à la direction. Le vélo réagit donc à la moindre impulsion au guidon, tout en conservant une bonne stabilité. Les relances, tant sur le plat qu’en montée, sont dynamiques, et on prend plaisir à toujours vouloir en donner plus. Heureusement, cette nervosité ne se fait pas aux dépens du confort, comme quoi la rigidité à tout prix n’est pas nécessairement gage de vives sensations. La seule ombre au tableau est un léger déséquilibre entre la rigidité du train avant et la relative souplesse de l’arrière du vélo, ce qui laisse une perception de flottement de la roue arrière lorsque le vélo est poussé très fort en accélération.

Vous aurez compris que le Look 675 n’est pas un vélo destiné aux balades peinardes. Par contre, il promet de combler les cyclosportifs qui n’ont pas, ou plus, la flexibilité d’un coureur pro, mais qui recherchent un vélo enivrant pouvant leur procurer de vives émotions.

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